TOM HANKS: SO BIG!

TOM HANKS: SO BIG!

Et si le film Big racontait en fait la vérité : si un gamin de dix ans s’était transformé en adulte sous les traits de Tom Hanks. Une histoire qui pourrait éclairer les rôles successifs de l’acteur aux deux Oscars qui a toujours su conserver son âme d’enfant sans jamais sombrer dans le cynisme de son époque.
Récit d’une aventure initiatique en culotte courte.

Un grand enfant

C’est le comédien fétiche des plus illustres cinéastes enfants hollywoodiens : Steven Spielberg, Ron Howard et Robert Zemeckis. Tel le héros de Big, l’un de ses premiers succès tonitruants, Tom Hanks semble avoir conservé une âme juvénile qui imprègne tous les films dont il est le héros sympathique et bougon. Acteur aux deux Oscars, star la plus prolifique de l’histoire en terme de succès commerciaux, vedette adulée dans son pays, Tom Hanks incarne, rôle après rôle, l’homme qui n’a jamais renoncé à ses rêves pour poétiser le réel.

Sa prime jeunesse ressemble déjà à un conte moral hollywoodien : né dans les années 50, il doit sans cesse changer d’école pour suivre son père, cuisinier itinérant. Le patriarche se remarie régulièrement et le gamin doit accepter ses nouvelles belles mères et surtout ses nouveaux demi-frères et sœurs. Une vraie situation spielbergienne si l’on peut dire, où un gamin, balloté à droite et à gauche, cherche une passion pour dissimuler sa timidité maladive. Il découvre ainsi le théâtre où il impressionne ses professeurs. Pendant un temps, il se fait groom puis entre à l’université, sidère un de ses enseignants en jouant La Cerisaie de Tchekhov. Sur les bancs de la fac, il fait la connaissance de sa première femme et devient père à l’âge de vingt ans. Il arpente longuement les plateaux de sitcoms au début des années 80 jusqu’à ce qu’il rencontre enfin, sous les traits du jeune rouquin Ron Howard, la providence tant attendue.

Le reste va donc presque couler de source, comme le scénario programmatique d’une success story: Tom Hanks enfilera les succès comme des perles au point de devenir l’acteur le plus prolifique en terme de cartons planétaires. Dans Splash, le chérubin s’étonne à peine de tomber amoureux d’une sirène. Dans Les Banlieusards du caustique Joe Dante, il se fait le meilleur copain d’un pré ado qui passe ses journées d’oisiveté à espionner ses voisins. Dans Dragnet, il s’amuse à parodier les films policiers comme s’il jouait aux gendarmes et aux voleurs

Un bel enfant

La première immense consécration vient donc avec Big, joli film de Penny Marshall qui s’avère une confession de l’acteur: un gamin se transforme en adulte sous ses traits enfantins. Si le film prône, selon une formule eighties, de savoir conserver son esprit juvénile, il est désormais temps pour lui d’affronter le monde en adulte. Première perte d’innocence donc avec l’insuccès retentissant du satyrique Bûcher des Vanités de De Palma où le public n’apprécie pas de le voir grimé en bourgeois égoïste et veule. On ne parvient pas à comprendre qu’un grand môme comme lui se montre si détestable et pathétique.

Dans Nuits Blanches à Seattle, il convole tel un ado en rut à la recherche de la femme enfant idéale: la pimpante Meg Ryan, qu’il retrouvera par hasard et par mail dans la première comédie pré facebook de l’histoire : Vous Avez Un Message. Dans les années 2000, il troquera d’ailleurs la blondeur de la petite Ryan pour la brune et juvénile Audrey Tautou dans Da Vinci Code.

Le milieu des années 90 sonne sa consécration avec les deux Oscars mérités coup sur coup pour ses prestations géniales dans Philadelphia et Forrest Gump. Avec Philadelphia, il prend conscience de la mort, du sida et des dangers de la sexualité. Dans Forrest Gump, il raconte la deuxième partie du XXème siècle américain tel un enfant qui tenterait d’expliquer la Grande Histoire à un adulte. Ainsi, sur un banc, en dévorant des chocolats, il s’amuse à « un jeu dont il est le héros », jeu de rôle édifiant où l’on rencontre des présidents comme si l’on croisait des rock stars, où l’on parcourt l’Amérique à pied et où l’on reste amoureux de ses primes amours sans renoncer à tourner la page. Deux Oscars viennent saluer ses prestations courageuses et marquantes. Il a donc enfin reçu les meilleurs diplômes qui soient, ayant égalé seul le Palmarès prestigieux de l’un de ses pères spirituels: Spencer Tracy.

Ces deux diplômes le certifient donc comme un véritable comédien et une star. Il n’a plus à souffrir de timidité, à courber l’échine devant les grands ou à en faire des tonnes pour se faire aimer. Il peut désormais marcher la tête haute, affirmer sa personnalité, même si régulièrement, pour se faire plaisir, il prête sa grosse voix inimitable à son copain le cow-boy Woody dans la saga des Toy Story. Il sauve aussi tous ses amis lors d’un chouette voyage dans l’espace qui tourne malheureusement au cauchemar dans Apollo 13. Pour clamer son amour du rock, il réalise son premier film, le charmant et coloré That Thing You Do.

Un enfant naïf ou cynique

Dans Il Faut Sauver Le Soldat Ryan, il débarque en Normandie et affronte mille dangers pour ramener un copain auprès de sa mère. Dans Seul Au Monde, il fait l’apprentissage de l’âge adulte par la solitude d’un Robinson Crusoé. Il doit apprendre à se débrouiller tout seul comme un grand. Une expérience qui n’empêche pas sa belle imagination d’enfant de l’aider à oublier parfois les dures réalités de la vie : il croise sur son parcours une gentille baleine, tandis qu’il se fait un bon copain de son ballon de volley-ball. Ses rêves de gosse, sa Foi inébranlable l’empêchent d’avoir à se tracasser avec des problèmes éthiques: dans La Ligne Verte, il tente d’oublier la peine de mort, le cancer d’une amie en imaginant qu’un gentil géant puisse accomplir des miracles, sauver une souris et apaiser les âmes. Au début des années 2000, il essaye de se faire peur en incarnant un cynique cambrioleur dans Ladykillers des affreux jojos Coen et surtout il se grime en assassin dans Les Sentiers de La Perdition de Sam Mendes où il tue enfin le père symbolique et réalise que désormais, à presque 50 ans, les gens n’ont peut être plus de raison de le considérer comme l’enfant de Big qu’il est pourtant resté.

Pour preuve, il se fond dans un dessin animé pour pouvoir, au terme du Pôle Express, rencontrer enfin le Père Noël. La seule fois de sa carrière où on l’a senti vraiment énervé, c’était peut être dans son meilleur film : Arrête Moi Si Tu Peux. Face à lui, un autre homme enfant, Léonardo DiCaprio, tentait de lui voler la vedette en se faisant passer à son tour, grâce à mille tours de passe-passe, pour un aviateur, un médecin et un avocat. Se sentant menacé, Hanks le poursuivait à travers les Etats Unis, connaissant toutes les combines de son rival. Mais comme dans les cours de récré, cette histoire là se finissait aussi très bien. Après s’être chamaillé, les deux gamins étaient devenus les meilleurs amis du monde.