tintin et les mysteres de l adaptation

tintin et les mysteres de l adaptation

Depuis la fin de la guerre, cinéastes et producteurs s’échinent à donner du mouvement au plus fameux des reporters belges. Trente ans après sa rencontre manquée avec Hergé, Spielberg revient à la charge avec une adaptation qui sème le doute, même parmi les inconditionnels du père d’E.T. Il fallait donc s’interroger une dernière fois, avant de juger le film, sur la nécessité, la justification et la possibilité d’une telle entreprise.

Tintin, le retour

Sapristi, c’est reparti ! Le plus célèbre des journalistes houppés est de retour et il accapare l’actualité avec la démesure d’un super héros made in USA. Tintin a été réanimé, avec forces et moyens, surenchères et grosses machineries, effets spéciaux, 3D, synthèses et en « performance capture ». Le journaliste du petit XXème sera ou ne sera pas une mythologie de notre siècle numérique. Si cet épisode est un succès, si les américains marchent dans cette combine européenne, Peter Jackson a promis un deuxième opus centré particulièrement sur Le Trésor de Rackham Le Rouge. On parle même déjà d’un troisième jalon. Bref, les aventures de Tintin sont-elle encore une fois la franchise de demain ? Si un album d’Hergé est, à quelque microsecondes cosmiques près, vendu dans le monde, les gosses d’aujourd’hui, et en particuliers les yankees chez qui il n’est pas bien connu, vont-ils ou non courir derrière lui ? Vont ils ou non s’attacher à sa houppette, son chien maniaco-dépressif, son vieux rebus alcoolique, injurieux et pédant parfois et leur vieux copain gâteux, sourd et énervant à force de ne jamais regarder où il va ?

Le projet remonte à loin. Le rêve de réussir à animer Tintin à encore plus loin. On a commencé à penser montrer les pantalons à golf sur grand écran dès la fin de la guerre alors que la popularité d’Hergé ne cessait de croître. Quelques films fixes à diapos intégrées plus tard (et sans succès), une amie d’Hergé repère un drôle d’oiseau sur la plage d’Ostende et croit le reconnaître. C’est lui, c’est Tintin. Il est même affublé d’un patronyme qui pourrait avoir été imaginé par Hergé : Jean-Pierre Talbot. Tout sauf le nom d’une star. Insipide, fade, incolore, inodore et sans saveur, on croit détenir le vrai Tintin, celui du réel. On lui fabrique deux films (Le Mystère de La Toison d’Or et Tintin et Les Oranges Bleues) qui, malgré leur succès relatif, ne marquent pas vraiment les mémoires. Mais surtout, deux nanars qui énervent les tintinophiles qui s’insurgent contre les scénarios.

L’expérience en vues réelles ne fonctionnant pas, on réimagine une série de dessins animés, scénarisés par Greg, le père d’Achille Talon. Le Temple du Soleil est aussitôt fait, aussitôt oublié. Alors que Tintin Et Le Lac Aux Requins, si plus personne ne le visionne encore, a permis d’enrichir la collection d’un album supplémentaire sur lequel on revient parfois, en désespoir de causes, entre deux relectures des 23 aventures originales. Rien ne semble donc marcher. Et si Tintin ne tirait son charme que de ses poses bien encadrées dans ses strips parfaitement et régulièrement agencées ?

expériences peu convaincantes par le passé

Ce qu’on comprend quand on revisionne encore aujourd’hui ce film trépidant, sans temps mort, drôle et chaleureux. Mais surtout, effectivement, celui qui compte comme le plus fidèle à l’esprit de Tintin. Jean Paul Rappeneau, qui a écrit une grosse partie du scénario, l’a toujours affirmé haut et fort et on peut dire que lui-même par la suite, dans ses propres films, cherchera à la fois à retrouver l’esprit de la ligne claire et le rythme de la comédie de Philippe de Broca. Que serait Le Sauvage sans ce film ?

Dès l’ouverture de L’Homme De Rio, un vol est commis dans un musée ethnographique calqué sur celui de L’Oreille Cassée, sans doute la principale influence du film. Même s’il ne s’agit pas de la statuette dérobée, on en voit une autre dans une vitrine qui a la même pose que Rascar Capac, la momie maléfique des Sept Boules de Cristal. La brave gardienne du professeur campé par Jean Servais rappelle également celle de L’Oreille cassée. Les personnages sont tous grimés comme chez Hergé, en quelques lignes, pourvus d’éléments qui les identifient immédiatement : ils sont gros ou maigres, barbus ou non, ils portent un parapluie ou une baguette. Les figurants sont vêtus d’étoffes de couleurs primaires, visibles et repérables. On retrouve l’esprit graphique et la tonalité comique d’Hergé. De Broca opte également pour une utilisation des ellipses typiquement hergéenne et une certaine régularité grammaticale dans l’enchaînement des plans qui correspond assez bien à la juxtaposition des strips dans les albums. Mais surtout, la grande invention est d’avoir réussi à en apporter le rythme étourdissant par la création d’un personnage pourvu des mêmes attributs que Tintin : le permissionnaire joué par Belmondo fonce tout de suite, court sans réfléchir et se retrouve embarqué à Rio, sans savoir trop pourquoi. Quand Agnès est enlevée (François Dorléac), il se précipite au travers de la fenêtre et enfourche une moto. Toujours vif, alerte, optimiste, naïf et brave, il est une possible incarnation de Tintin dans les années 60. Ce courage, ce rêve d’aventures sans cynisme anime aussi les péripéties d’Indiana Jones. Comment ne pas songer au Temple du Soleil et aux Cigares Du Pharaon en regardant Les Aventuriers de L’Arche Perdue ? Le troisième opus semble même animer d’une clarté, d’une certaine épure belge. Peter Jackson, quant à lui, est persuadé qu’Hergé était à la fois inspirée par les comédies américaines classiques et les Buster Keaton (à la fois pour les gags et le caractère aventureux et espiègle de son personnage). Mais on peut aussi y ajouter quelques traits hitchcockiens, quelque part entre Les 39 Marches et La Mort Au Trousse, notamment dans L’Affaire Tournesol. Bref, quelques doutes légitimes planent sur ce Tintin de 2011. Jusqu’à aujourd’hui, les puristes n’ont jamais aimé que l’on touche aux scénarios si savamment et méticuleusement agencés d’Hergé. Dans celui-ci, on mêle Le Crabe Aux Pinces D’Or (essentiellement pour la rencontre Haddock/Tintin) et Le Secret De La Licorne. Autre souci auquel s’étaient déjà confrontés Spielberg et pas mal de producteurs internationaux avant lui (dont Claude Berri), comment donner de la chair à un tel héros dont la simplicité et l’absence de passions le rendent immédiatement identifiable pour chaque lecteur ? A en croire, Spielberg, la « performance capture » aurait réglé ce problème. On reste pourtant sceptique, comme à chaque fois que l’on touche à l’une de nos madeleines. La technique pourra-t-elle réinventer le plaisir de la découverte des précieux albums cartonnés? La réponse est attendue.

l’homme de rio

Mais surtout, effectivement, celui qui compte comme le plus fidèle à l’esprit de Tintin. Jean Paul Rappeneau, qui a écrit une grosse partie du scénario, l’a toujours affirmé haut et fort et on peut dire que lui-même par la suite, dans ses propres films, cherchera à la fois à retrouver l’esprit de la ligne claire et le rythme de la comédie de Philippe de Broca. Que serait Le Sauvage sans ce film ?

Dès l’ouverture de L’Homme De Rio, un vol est commis dans un musée ethnographique calqué sur celui de L’Oreille Cassée, sans doute la principale influence du film. Même s’il ne s’agit pas de la statuette dérobée, on en voit une autre dans une vitrine qui a la même pose que Rascar Capac, la momie maléfique des Sept Boules de Cristal. La brave gardienne du professeur campé par Jean Servais rappelle également celle de L’Oreille cassée. Les personnages sont tous grimés comme chez Hergé, en quelques lignes, pourvus d’éléments qui les identifient immédiatement : ils sont gros ou maigres, barbus ou non, ils portent un parapluie ou une baguette. Les figurants sont vêtus d’étoffes de couleurs primaires, visibles et repérables. On retrouve l’esprit graphique et la tonalité comique d’Hergé. De Broca opte également pour une utilisation des ellipses typiquement hergéenne et une certaine régularité grammaticale dans l’enchaînement des plans qui correspond assez bien à la juxtaposition des strips dans les albums. Mais surtout, la grande invention est d’avoir réussi à en apporter le rythme étourdissant par la création d’un personnage pourvu des mêmes attributs que Tintin : le permissionnaire joué par Belmondo fonce tout de suite, court sans réfléchir et se retrouve embarqué à Rio, sans savoir trop pourquoi. Quand Agnès est enlevée (François Dorléac), il se précipite au travers de la fenêtre et enfourche une moto. Toujours vif, alerte, optimiste, naïf et brave, il est une possible incarnation de Tintin dans les années 60.

Ce courage, ce rêve d’aventures sans cynisme anime aussi les péripéties d’Indiana Jones. Comment ne pas songer au Temple du Soleil et aux Cigares Du Pharaon en regardant Les Aventuriers de L’Arche Perdue ? Le troisième opus semble même animer d’une clarté, d’une certaine épure belge. Peter Jackson, quant à lui, est persuadé qu’Hergé était à la fois inspirée par les comédies américaines classiques et les Buster Keaton (à la fois pour les gags et le caractère aventureux et espiègle de son personnage). Mais on peut aussi y ajouter quelques traits hitchcockiens, quelque part entre Les 39 Marches et La Mort Au Trousse, notamment dans L’Affaire Tournesol.

Bref, quelques doutes légitimes planent sur ce Tintin de 2011. Jusqu’à aujourd’hui, les puristes n’ont jamais aimé que l’on touche aux scénarios si savamment et méticuleusement agencés d’Hergé. Dans celui-ci, on mêle Le Crabe Aux Pinces D’Or (essentiellement pour la rencontre Haddock/Tintin) et Le Secret De La Licorne. Autre souci auquel s’étaient déjà confrontés Spielberg et pas mal de producteurs internationaux avant lui (dont Claude Berri), comment donner de la chair à un tel héros dont la simplicité et l’absence de passions le rendent immédiatement identifiable pour chaque lecteur ?