"Inception" fera date! Le film marque les limites actuelles du système hollywoodien sur un plan technique. Bien qu'il ne soit pas en 3D, le nouvel opus de Nolan a atteint une frontière encore jamais dessinée en terme d'effets spéciaux. Et que dire du scénario s'il n'est pas à la hauteur des enjeux virtuels actuels. Le film constitue même ce qui se fait de plus étonnant sur cette question, bien au-dessus de tous les essais prosaïques que l'on a pus voir cette année à Cannes. Il n'est qu'à observer le récent film de Gilles Marchand qui s'avère dépassé en matière d'enjeux.
On peut s'étonner de voir à Hollywood fleurir autant de films qui racontent la nature du cinéma par l'entremise du rêve. "Avatar", comme son nom l'indique, se passait entièrement dans une cabine sécurisée. "Shutter Island" dépliait les contours névrotiques d'une âme prisonnière. Kubrick avait déjà entrevu ces métaphores du cinéma dans "Shining" puisque le médium se faisait la représentation du 7ème art. De Palma avait peut être était d'ailleurs l'un des premiers à tâté le terrain, avec une intuition fulgurante, dans "Carrie" et surtout dans le somptueux "Fury".
Nolan, sorte d'Escher contemporain, a toujours parlé du cinéma par les biais retors de son esprit labyrinthique. Il n'est qu'à se rappeler son meilleur film "Le Prestige" qui faisait du réalisateur un magicien, un manipulateur capable d'embarquer le public n'importe. "Inception" n'est donc pas entièrement novateur, il constitue le point de mire de ce débat traité en termes d'imagerie formatée à la sauce hollywoodienne. Ce n'est pas une critique que d'écrire cela mais juste une observation. Les rêves envahis par Nolan n'ont rien d'un univers onirique et prouve juste que les hallucinations du cinéaste sont infectées par une certaine imagerie.
Le film se montre plus intéressant, et plus drôle, d'ailleurs quand il aborde la question de l'acteur et des propositions illimitées de scénarios possibles. Les protagonistes tentent mille solutions, revoient leurs tentatives, s'essayent à d'autres alternatives comme les scénaristes aujourd'hui des séries US. On a pu voir il y a peu ce grand labo d'expérimentations dramaturgiques nommé "Lost" parachever son ultime tour de force. Durant les trois dernières saisons, les auteurs ont tenté mille possibles avec les flash forward, après avoir épuisé les ressources du flashback. Ils ont achevé la série en la repliant sur elle-même, en revenant à l'image initiale d'un oeil en train de s'ouvrir.
"Inception" raconte la même chose: le long cheminement d'une idée, la manière de briser le temps, d'étirer à l'infini le ralenti. Il est l'aboutissement à ces intuitions que caressent l'Amérique depuis l'irruption du numérique et l'explosion des séries. Pour le reste, n'est pas Lynch qui veut, le film manquant d'audace, de sensualité. Un Master Mind amusant, une astucieuse surenchère, quelque part entre la série "Mission: Impossible" et "Solaris" version Soderbergh.
