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Sortie
LE GUERRIER SILENCIEUX de Nicolas Winding Refn
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lundi
8
mars
2010
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par Frédéric Mercier
Après la trilogie macabre de Pusher, l'étrange Bronson, Nicolas Winding Refn poursuit sa quête de style et bâtit un poème hallucinatoire et pompier souvent impressionnant, parfois ridicule.
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POUR UN CINÉMA DE LA SUBJUGATION |
Toute tentative de formalisme a généralement mauvaise presse, notamment en France où l'on associe les expérimentations ostentatoires à des crises d'ego types, des bombances de torses narcissiques. Certains y échappent comme Resnais par exemple, totalement exempté des inquiétudes de la critique qui n'aime pas que l'on s'impose avec fracas. Montrer lourdement rime ici avec démontrer sa puissance et rien n'effraye tant que les désirs baroques d'assujetissement du spectateur, pris en otage par la grandiloquence visuelle d'un artiste. Ainsi le nouveau film du danois risque fort d'être jugé saoulant, lourd et prétentieux.
Refn veut bâtir un cinéma de la subjugation, c'est à dire créer des films qui hypnotisent littéralement le spectateur et imposent en lui une stupéfaction à la hauteur de la découverte des premiers métrages Lumière ou du 2001, L'Odyssée de L'Espace de Kubrick qui semble vraiment être l'influence première de ce cinéaste comme nous l'avait déjà démontré Bronson, où il singeait le style de l'auteur de Orange Mécanique. Réussir cette subjugation est le plus difficile des paris pour un réalisateur: où il devient précieux, pompier et prétentieux et ses images vieillissent très vite comme dans la plupart des films des anglais Ken Russel, Nicolas Roeg et même parfois John Boorman. Ou, il y parvient avec le parfum de l'évidence, comme si ses tentatives formelles collaient naturellement à leurs sujets comme chez Kubrick, parfois chez son compatriote Lars Von Trier, et ce cinéma là risque de hanter longuement la conscience collective.
Le Guerrier Silencieux est un poème hallucinatoire, quasi muet comme son héros dont on semble épouser le point de vue sourd et stoïque. Le cinéaste alterne en un savant montage des plans ultra composés sur une musique angoissante qui n'est pas sans rappeler celle composée par Vivian Kubrick pour Full Metal Jacket. Plans longs et magnifiquement composés sertis de filtres bleus, rouges ou d'une teinte blafarde où l'on attend dans la durée que la violence, barbare éclate et fasse jaillir le sang par grosses giclées vermillons.
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LES SILENCES VOYANTS |
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Hypnotisant, le film narre les rencontres d'un guerrier borgne et muet accompagné d'un gamin blondinet flippant qui parfois exprime les pensées de son mentor. Qui est il, que veut il, que cherche t il, que combat il, où veut il aller et pourquoi, le film n'apportera au fin peu de questions à tout cela. Au début, il appartenait à un barde qu'il suivait de longues dates et dont il parvint en fin de compte à se débarrasser. Ce guerrier a commis des fautes, perdu sans doute des êtres aimés. Il est un corps de cinéma sur lequel on peut s'amuser à poser toutes les fictions du monde. Sur son chemin, cette bête sauvage croise des païens sanguinaires et des chrétiens non moins barbares, en route pour les Croisades. Comme dans ses précédents films, le cinéaste peint une humanité abject, où les individus perdent croyances et morales dès que leurs besoins primaires ont cessé d'être satisfaits. Le cinéma de Refn tent à déshabiller l'humain de ses oripeaux sociaux et à le montrer tel qu'il est, comme une bête sanguinaire qui a su par moment masquer ses instincts derrière quelques un semblant de culture.
Son guerrier est donc un corps fascinant de fictions à inventer ou alors un personnage sans grand intérêt: gros crâneur qui ne parle pas et qui broie les organes, éviscère et ampute dès que l'on s'approche de lui. Chez certains auteurs, on en ferait un débile authentique. Chez Refn, ces silences lui confèrent de la dignité et du mystère. Bien entendu, on pourrait y voir la caractérisation du cinéaste qui fait lui-même un gros effort comme son acteur pour être remarqué. Ces longs silences méprisants, signes d'une pseudo sagesse new age, sont aussi voyants que le cinéma iératique de Refn. Bien entendu, ce cinéaste ferait passer John Boorman pour du Bresson mais reconnaissons lui plutôt d'oser, à contre courant, pratiquer un art de moins en moins usité aujourd'hui où le réalisme des Dardenne est devenu l'académisme de notre époque. Souvent fascinant, parfois épuisant et ridicule à force de solennité, Le Guerrier Silencieux déteint sur la production actuelle. On attend avec quelque impatience de voir si Refn va ou non continuer à nous imposer ses silences spectaculaires.
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FICHE |
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Date de sortie cinéma 10 mars 2010
Réalisé par Nicolas Winding Refn Avec Mads Mikkelsen, Maarten Steven, Jamie Sives
Titre original : Valhalla Rising Long-métrage britannique, danois. Genre Aventure Durée 1h30 min Année de production : 2009 Distributeur : Le Pacte
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