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JEUDI 17 DÉCEMBRE 2009
DOSSIER
VISITEZ LE BURTON PARK
par Frédéric Mercier
Alors que la sortie d’ "Alice au pays des merveilles" est prévue pour avril 2010, Tim Burton expose actuellement ses dessins au Moma de New-York, fait l’objet d’une monographie écrite par Antoine de Baecque, l’historien des très sérieux «Cahiers du cinéma» et livre ces jours ci un recueil fleuve d’entretiens accordés au fameux journaliste anglais Mark Salisbury. L’enfant jugé «bizarre » d’hier est devenu une véritable institution au point d’incarner la normalité d’aujourd’hui. C’est certain, le singulier Tim Burton fait consensus.

Une marque de fabrique gothique

En 1994, L’étrange Noêl de Monsieur Jack sortait précédé de la mention : Tim Burton présente… On dut attendre 2009 et l’arrivée sur les écrans du beau Coraline pour faire enfin honneur au réalisateur des deux films : Henry Selick. Burton, en effet, avait tout juste travaillé quelques semaines sur ce conte de Noel ténébreux. Il en avait dessiné l’atmosphère dans un long poème écrit quinze auparavant et qu’il avait toujours rêvé d’adapter, depuis ses débuts comme animateur chez Disney sur Rox et Rouky et Taram et le chaudron magique. Le film de Selick empruntait à Burton en particulier un imaginaire sombre et gothique, ainsi qu’une volonté de toujours traiter l’horreur par la délicatesse et l’humour. C’est que Burton est devenu au fil des années l’ambassadeur et l’icône d’une imagerie gothique reconnaissable entre mille. D’ailleurs l’adjectif « Burtonien » est rentré dans le langage courant comme jadis celui de« Fellinien », un cinéaste qu’il avoue admirer. Tim Burton appose donc sa marque de fabrique dans tous les films, réussis ou ratés, qu’il conçoit depuis 1982, année où il réalisa Vincent, son premier court, une splendeur de film d’animation artisanal et hommage à l’acteur de films d'épouvante Vincent Price, son idole depuis toujours.

Le créateur d'un monde attractif

Alors que l’on attend avec plus ou moins d’impatience la sortie de son Alice aux pays des merveilles, on peut s’aventurer à penser que Burton va au fil des années inspirer de nouvelles attractions aux studios Disney desquels il dépend. Imaginez un Burton Studio à Marne la Vallée avec ses boutiques de babioles établies le long d’une avenue de pavillons de banlieues aux couleurs pastelles semblables aux demeures des habitants d’Edward aux mains d’argent, à ce jour son film le plus singulier et dans lequel il a recréé l’ambiance de Burbank où il passa sa jeunesse. On trouverait au milieu du parc, le grand château aux formes expressionnistes où fut inventée des doigts de Vincent Price, la créature aux doigts d’acier. Des dinosaures taillés dans des buissons couvriraient de grandes allées où déambulerait sur des vélos rouges luisants Pee Wee Herman, l’ersatz de Jerry Lewis, en train de rire comme un demeuré. Entre chaque buisson, on apercevrait des énormes gorilles en train de se faufiler furtivement tels les singes de son adaptation totalement ratée de La planète des singes, de loin son plus grand échec artistique à ce jour. On pourrait serrer la main de l’infâme Pingouin, prendre par la taille des dizaines de Catwoman sexy mais toutes semblables dans leurs costumes en PVC. On se ferait prendre en photo aux côtés de Batman, le super héros à qui il consacra deux films très noirs. On dégusterait des friandises et des gâteaux dans la chocolaterie de Willie Wonka, le héros glacial de Charlie et la chocolaterie, sa critique volontairement aseptisée de l’usine à rêves. Les plus jeunes pourraient se faire maquiller et couper les cheveux en pétard, à l’image de Burton lui-même, dans la taverne crasseuse du vindicatif Sweeney Tod où on leur servirait en guise de mets graisseux des sandwichs frits en forme de membres humains. L’attraction consacrée à Big Fish, son film le plus sentimental sur le devoir de raconter des histoires, permettrait en échange de quelques euros de voir se refléter son avenir dans les yeux d’une sorcière de pacotille.

Dans des barques en bois, sur une rivière de sang, on voguerait au milieu d’arbres démesurés et inquiétants avant de voir apparaître furtivement la silhouette du cavalier sans tête qui hante la ville de Sleepy Hollow. Sur un manège, on s’aventurerait dans les soucoupes volantes des martiens déments de Mars Attacks, parodie des serials de science fiction de sa jeunesse mais aussi critique acerbe des films catastrophes façon Roland Emmerich. En effet, sans Mars Attacks, pour lequel il retrouve une seconde fois Jack Nicholson, serait-il vraiment possible de se rendre compte à quel point un film comme 2012 paraît aujourd’hui totalement obsolète et déjà ringard ? Tandis que les plus audacieux s’embarqueraient dans une nacelle lancée à toute allure dans les loopings de l’imaginaire fiévreux et délirant de Beetlejuice, l’exorciste frappadingue qu’avait interprété avec bonheur Mikael Keaton dans un film que la célébrissime critique américaine Pauline Kael considérait déjà, au moment de sa sortie en 1989, comme un classique de la comédie macabre. Quant aux parents, aux cinéphiles, aux nerds de tout âge, ils pourraient aller revoir dans un drive-in des années 50 l’intégralité des navets d’Ed Wood, le médiocre réalisateur de Plan 9 from outer space à qui Burton dédia un film absolument personnel et émouvant dans lequel il s’interrogeait sur sa situation d’auteur « bankable ».

À la fois dans le système et toujours en marge

Il est vrai que le cinéaste s’est toujours mis plus ou moins en scène dans ses films qui portent, à quelques exceptions près, le nom de leur héros. Avec Edward, Burton animait sous les traits de son acteur fétiche Johnny Depp, un monstre créateur et dangereux à la fois, un être associal mais foncièrement bon. Quinze ans plus tard, dans l’un de ses chefs-d’œuvre Sweeney Todd, Depp reprêtait son faciès à un homme plus mûr, ayant remplacé ses doigts aiguisés par des lames de rasoir. Désormais, le nouvel Edward cherche à se venger de ceux qui jadis l’ont rudoyé et évincé hors de la cité. Aujourd’hui Tim Burton, l’ancien gamin solitaire et anormal règne sur ce monde de créatures humaines qu’il continue à juger plus étranges et malfaisantes que les monstres qu’il met en scène.

Mais le Burton Parc ne serait pas tout à fait complet sans la musique foraine et joyeuse de Danny Elfman pour accompagner chacun de nos pas dans ce pays étrange mais que Burton a toujours su rendre inquiétant et familier à la fois. Tel est l’avenir de ce cinéaste, peut-être aujourd’hui le plus célèbre des réalisateurs américains apparus à la fin des années 80 : devenir le reflet inquiétant de Walt Disney, son envers ténébreux mais en tout point exact en terme de machinerie commerciale, comme Halloween dans L’ Etrange Noël de Mr Jack se faisait le pendant de Noël ou comme le monde des vivants paraissait tout aussi lugubre que celui des morts dans son film d’animation Les noces funèbres. Cinéaste de l’inversion donc et des paradoxes, Tim Burton est devenu une industrie à créer des images repoussantes mais attachantes, l’inventeur d’une saugrenue mythologie romantique américaine pour le XXIème siècle.

ACTUALITÉS:

.Tim Burton - Entretiens avec Mark Salisbury
Mark Salisbury , Tim Burton
Sonatine éditions Parution : 18/11/2009
Edition : 1ère édition
Nb de pages : 302 pages
Format : 19,5 x 23

.New York, l'expo Tim Burton au MoMA (Museum Of Modern Art) se déroulera du 22 novembre 2009 au 26 avril 2010 !

.Sortie mondiale d'Alice Au Pays Des Merveilles: avril 2010







COMMENTAIRES DES INTERNAUTES

ichabod crane
« Excellent article monsieur Cinéma-Take, tout y est, bravo! »
17 décembre 2009
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