Réputation sulfureuse

Lou a un tas de problèmes. Des problèmes avec les femmes. Des problèmes avec la loi. Trop de meurtres commencent à s'accumuler dans la juridiction de sa petite ville du Texas. Et surtout, Lou est un tueur sadique et psychopathe. Lorsque les soupçons commencent à peser sur lui, il ne lui reste pas beaucoup de temps avant d'être démasqué...
Précédé d’une sulfureuse réputation The Killer Inside Me déboule enfin sur les écrans français, prêt à attiser les regards de puritains frileux, avides de sexe SM et de violence extrême. Le film a bénéficié ainsi d’un buzz habilement concocté à base de rumeurs et coups de théâtre : Jessica Alba se serait enfuie en se voyant casser son joli minois à coups de poings tandis que le jury berlinois en aurait perdu son latin. Winterbottom a aujourd’hui une envieuse place dans un système de caste où chacun aime cultiver sa (fausse) singularité : il serait le cinéaste prolifique le plus polyvalent de la planète, passant sans sourciller du documentaire écologique au film de genre (Un Coeur Invaincu, The Road to Guantanamo). Dans son dernier film, adapté d’un roman qui déjà avait inspiré un film en 1976 à Burt Kennedy, il s’essaye au film noir sulfureux, texan, sudiste, et vénéneux. En le conduisant par une voix off opaque, une violence rare qui surgit par intermittences, un ton sardonique, il tente surtout d’égaler Les Frères Coen sur leur propre terrain, un espace qu’ils ont presque entièrement réinventé voilà déjà vingt cinq ans. Le film est donc placé sous le sceau d’un esprit malin et débonnaire, machiavélique qui se croit supra intelligent incarné par le meilleur acteur américain de la nouvelle décennie : Casey Affleck. Acteur ambigu, toujours au bord du précipice, au charme inquiétant, aux dents acérés, et à la voix, surtout, de fausset grâce à laquelle il perce toutes les toiles qu’il habite.

À l'image du tueur

Le cinéaste aborde mille et un thèmes généraux avec un style prétendument invisible, classique, volontairement transparent et qui jamais ne s’ignore ou ne ménage ses effets. Dans son excellente critique parue dans Charlie Hebdo, JB Thoret écrit « n’est pas Howard Hawks qui veut ». En fait, Winterbottom chercherait le secret du réalisateur du Port de l’Angoisse en feignant la discrétion. Tout le génie d’Hawks consistait à réussir là où le cinéaste anglais passe son film à nous montrer tout ce qu’il essaye de faire.
Les pistes, les sujets sont ainsi frôlés, sans jamais être réellement traités. Rien n’est absorbée dans ce pensum sur la banalité du mal qui distille les indices d’une réflexion qui se regarde sans cesse penser. Réflexion par ailleurs superficielle d’un auteur qui se donne des airs d’auteur et veut prouver aux spectateurs sa supériorité à la fois sur les personnages qu’il filme et les spectateurs qu’il espère mettre face à leurs propres ambiguïtés. Avec ses effets SM éculés et sa psychanalyse superficielle, il paraît éminemment ringard et à coté de la plaque.
En fait, le réalisateur prend aux Coen ce qu’il y a de moins ragoutant dans leur cinéma : une fausse opacité nombriliste, une assurance à vouloir montrer que l’on a compris des choses censément complexes et géniales que le commun des mortels ne pourra sans doute pas atteindre avant d’avoir décortiquer tout le corps du film.
D’où une désagréable impression de suffisance auteuriste, hermétique et refermée sur sa propre satisfaction. The Killer Inside Me avance donc à mesure qu’il s’enferme sur lui-même et se dérobe. A quoi bon les private jokes de la fin où le film ose même quelques phrases de pseudos mises en abyme d’exercice de style complaisant : « Toi, tu n’as pas de texte. » Au film noir qu’il cite et qu’il singe, le film s’agrège surtout quelques coups de théâtres providentiels, une fausse fatalité dénuée de sens. Le film n’est jamais un monde en soi d’où l’impression d’artificialité de ses multiples effets.
A son corps défendant, on pourrait targuer que ce long métrage ressemble à son affreux héros, glacial et suffisant, malin et totalement dépourvu d’intérêt.
Ce n’est pas pour autant un vrai nanar, ni une vraie séance totalement insignifiante. Mais le film ne trouve jamais son ton : entre le pensum maniériste et le polar apocalyptique et terrifiant. C’est au mieux un bon John Dahl prétentieux (là où le charme de certains John Dahl réside dans leur vraie naïveté), au pire un exercice parfois brillant mais qui tourne totalement à vide à force de se regarder en dedans.

Fiche et bande-annonce

Date de sortie cinéma : 11 août 2010
Réalisé par Michael Winterbottom
Avec Casey Affleck, Jessica Alba, Kate Hudson, plus
Interdit aux moins de 12 ans
Long-métrage américain , britannique . Genre : Thriller , Drame
Durée : 02h00min Année de production : 2009
Distributeur : Mars Distribution