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Compétition officielle
THE HOUSEMAID de IM Sang-soo
jeudi
13
mai
2010
par Frédéric Mercier
Troisième film en compétition après les mitigés "Tournée" et "Rizhao Chongqing" (sur lesquels nous reviendrons plus longuement dès demain), "The Housemaid" du coréen IM Sang-soo est le premier grand film de cette compétition: un thriller glaçant et sardonique, inspiré d'un classique des années 60.




DES MAÎTRES ET DE LEURS ESCLAVES
Réinterprétation très libre du chef-d'oeuvre de KIM Ki-Young (1960), The Housemaid a fait souffler un vrai parfum de cinéma dans la salle Debussy. Ils étaient des milliers de journalistes à se presser pour assister au nouvel exploit du facétieux réalisateur d'Une Femme Coréenne (2003) et surtout du provocant The President's Last Bang (2005). Cet ultime long métrage ne fera donc pas mentir ceux qui apprécient ou redoutent les excés d'un cinéaste habitué à la controverse. Au travers d'une histoire somme toute banale sur les relations de pouvoir entre maîtres et serviteurs, IM Sang-soo réalise un film qui échappe sans cesse aux genres auxquels il se réfère.

Le film s'ouvre sur une scène absolument sans aucun rapport avec la suite de l'intrigue: séquence d'exposition hallucinée où au milieu d'un Séoul noctambule, où chacun s'affaire, une jeune femme se suicide en se jetant d'une terrasse. Son corps s'écrase au milieu de la foule qui ne s'en préoccupe pas. Séquence étonnante où des jeunes filles regardent vaguement ennuyées ce drame en fumant nonchalamment. Scène qui n'a donc aucun rapport avec le drame d'Euny (JEON Do-Youn), jeune servante qui échoue dans une famille de la très grande bourgeoisie coréenne. Elle a pour tâche d'obéir, d'effectuer toutes les tâches ménagères exigées et d'élever la petite héritière de la famille, sale gamine trop gâtée qui redoute la venue au monde de deux frères jumeaux. Euny est secondée dans son labeur par Byung-shik (YOUN Yuh-jung), vieille intendante usée et aigrie de la famille.

Si les premiers jours se passent plutôt bien, très vite la jeune femme répond également en secret aux exigences sexuelles du mari Hoon (LEE Jung-jae) qui n'a plus assez de coeur pour combler sa femme enceinte jusqu'aux coudes. L'irréparable aura donc lieu au cours d'une scène de sexe hilarante: Euny tombera enceinte. A partir de ce drame banal, de cette histoire mainte fois répétée, IM Sabg-soo va réussir à tromper nos attentes grâce à une mise en scène surprenante et baroque qui ne cesse de monter en puissance jusqu'à son ahurissant final.
 
TRANSGENRE

Mise en scène sans cesse surprenante donc qui fait basculer cette comédie de moeurs vers le thriller horrifique, le feuilleton, le mélodrame et, enfin, le délire ostentatoire qui ne manquera guère d'agacer les critiques férus de réalisme plat. Comprenant grâce à la servante que la jeune simplette est sans doute en cloque, la belle mère se décide donc à provoquer une fausse couche pour éviter un scandale qui entacherait le beau mariage de sa fille. Laquelle découvrant qu'elle a été trompée n'hésitera pas à humilier sa rivale, lui rappelant sans cesse la basse extraction dont elle provient. Suspens, comédie sardonique et cruelle (comme le cinéma coréen nous en offre chaque année) et étude sociale se mêlent savamment sous des mouvements de caméra complexes et magnifiques qui se promènent dans chaque recoin d'une villa aussi fastueuse que glaciale.

Véritable réflexion tonitruante et macabre sur les rapports de maître à esclave dans une société où l'ascenseur social semble bloqué, The Housemaid ne manquera guère de fasciner par sa maîtrise froide et d'agacer par sa surenchère sanglante quasi burlesque. Echappant à tous les grands genres qu'il singe avec délice (on pense énormément à Hitchcock), HOO Sang-soo offre le premier film singulier de ce 63ème Festival de Cannes.

 
FICHE

Réalisation Im Sang-soo
Acteurs principaux Jeon Do-yeon
Lee Jung-jae
Scénario Gina Kim
Sortie mai 2010
Langue(s) originale(s) Coréen
Pays d’origine Corée du Sud Corée du Sud

 



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