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LUNDI 15 FÉVRIER 2010
SPÉCIALE BERLINALE
SUBMARINO de Thomas Vinterberg
par Frédéric Mercier
Le réalisateur de Festen signe un film romanesque, souvent démonstratif, sur les destins brisés de deux frères toxicomanes.
DANS CE DOSSIER

Fatalités et dérives

C'est parfois à Charles Bukowski que l'on songe devant ce nouveau film du réalisateur de Festen qui se penche une nouvelle fois sur les ravages familiaux et les fautes commises par les parents. Dans son grand succès, les gosses devenus grands échouaient d'une certaine manière leur existence à cause du patriarche familial qui les avait violés étant jeunes. La mère des deux jeunes héros au début de Submarino n'a rien à voir avec le grand bourgeois hypocrite et monstrueux de Festen. C'est une alcoolique à la dérive, sans doute sans le sou, qui échoue dans l'appartement et se traine pour arracher une bouteille de scotch. Elle ne dit rien, braille le nom de son alcool préféré et frappe l'aîné de ses fils qui tente de la dissuader de boire. Présence fantomatique, loin du corps massif, omniprésent du chef de famille de Festen qui obtenait le silence des siens en abusant de son pouvoir financier.

Deux braves gosses sont forcés de s'occuper de leur nouveau frère que leur mère est incapable d'élever. L'enfant mourra. Vinterberg filme séchement la découverte du corps inanimé du nourrisson. Vision cauchemardesque, rarement montrée au cinéma qui imprime la conscience du spectateur comme elle restera gravée à tout jamais, comme une croix trop lourde, dans l'esprit des deux frères.

Démonstratif mais traversé de beaux moments

Après cette première séquence, courte et radicale, le film redémarre sur un long fondu au noir. On suit désormais le destin de l'un des deux frères, quelques années plus tard. Devenu alcoolique à son tour, il vivote dans un taudis, abuse de son adorable voisine. Toutes cette longue séquence fonctionne à part entière comme une deuxième nouvelle dans le film. D'ailleurs on met un certain temps à comprendre l'identité de ce grand gaillard barbu, aux allures d'Ewan McGregor. C'est aussi la meilleure partie du film. Sur son chemin, il tombe sur un vieil ami, le frère d'un ancien amour. Obèse et puceau, le copain en question passe son temps à chercher la bagarre et à reluquer les femmes. Durant toute cette partie, Submarino échappe un peu à son caractère programmatique, fortement chrétien et mélodramatique. Le film devient une errance éthylique parfois très drôle qui rappelle vraiment l'univers de Bukowski.

Dans la troisième séquence, on découvre le frère cadet, devenu père à son tour, incapable de se désintoxiquer. Souvent touchante, cette ultime partie rejoint trop vite la piste annoncée du scénario, de la chute irrémédiable avec, au bout du compte, une sorte d'apaisement tragique. Le film d'ailleurs s'ouvre et se ferme par des fondus au blanc qui insistent sur la symbolique de la naissance et de la renaissance.

En fin de compte, Vinterberg a réalisé un film trop systématique à partir du roman du jeune écrivain danois Jonas T. Bengtsso. On sent trop vite les intentions de l'auteur. Son lyrisme cherche à faire tout signifier. Le film est parfois émouvant quand il s'abandonne à lui-même, narre juste la vie sans que celle-ci soit irrémédiablement placée sous le sceau de la fatalité. Ainsi, la deuxième partie émeut quand Vinterberg se laisse aller à ses penchants pour la chronique, la description de personnages border lines. Des moments de vérité jaillissent par endroit au milieu d'un plan architectural précis, glacial.

Fiche

Description : Film dramatique (Danemark) de Thomas Vinterberg avec Jakob Cedergren, Patricia Schumann, Dar Salim, Finn Bergh, Peter Plaugborg, Helene Reingaard Neumann, Morten Rose, Henrik Strube, Gustav Fischer Kjærulff, Mads Broe Andersen, Sebastian Bull Sarning - Musique de Kristian Eidnes Andersen

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