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LUNDI 2 NOVEMBRE 2009
SORTIE DVD DE LA SEMAINE
STILL WALKING de Kore-Eda Hirokazu
par Frédéric Mercier
Dans l'étalon chef-d'oeuvre Voyage à Tokyo de Maître Ozu, un couple âgé, reclus en province, rendait visite à leurs enfants trop occupés par leur vie sociale pour les accueillir convenablement. Cinquante ans plus tard, le Japon a changé son visage, et il faudra désormais compter avec Still Working de Kore-Eda Hirokazu, ou la visite d'enfants incertains de leur avenir et qui retrouvent en province leurs parents incapables de les recevoir les bras ouverts.

De l'ambiguïté des fantômes

Comme dans Un conte de Noël cette année, la famille japonaise de ce conte ci vit avec un fantôme de frère, mort trop tôt. Comme dans Tokyo Sonata, l'autre grand film japonais de cette riche année 2009, l'autorité du père est en train de diparaître, un membre du cercle ment et cache son chômage à ses proches. Le Japon croit à ses fantômes comme nous le savons. Dans Tokyo Sonata de Kiyoshi Kurozawa, le spécialiste du film fantomatique, la famille moderne était devenue le spectre du cercle traditionnel dépeint jadis par Ozu. Dans ce film-ci, un fantôme nourrit les sentiments, sauvegarde les ressentiments: on invite celui qui, en survivant, causa la mort de l'enfant prodigue. On le recueille une fois l'an pour mieux le détester, mépriser son inutilité, détester son obésité, rire de ses chaussettes sales. On le regarde une fois l'an s'humilier pour ne jamais oublier celui à qui il doit la vie. Mais serait-il si lourd, si pénible, si maladroit si subsistait encore l'enfant du cercle familial? Et surtout continuerait-on de se voir s'il ne fallait pas fêter chaque année l'anniversaire funèbre de sa disparition?

Le père peut ainsi rêver en regrettant que son fils disparu ne soit jamais devenu médecin à son tour. Il peut ainsi détester son autre fils qui n'a jamais suivi le parcours tracé pour lui. Ce deuil a creusé une béance dans la famille, inversé les destins, brisé le paisible écoulement d'une vie que l'on voudrait sans histoires, calme et apaisée comme cette après midi d'été caniculaire. Incapable d'avoir remplacé le souvenir de l'enfant mort, il cache son chômage comme pour s'excuser de ne pas avoir suivi le bon chemin. Pour que son père n'ait pas à lui rétorquer que s'il l'avait écouté, aujourd'hui il pourrait nourrir sa famille recomposée.

Chaque pièce de la maison, semblable à chaque cadrage, divise les tâches familiales, les caractères, les générations et les sexes. Dans la cuisine, les femmes papotent, nourries par le bavardage incessant de la soeur à la voix dérayée. A table, on se parle poliment. La brue rit et cache ses vrais sentiments. Lorsque un couple s'évapore, les politesses d'usage s'érodent: on en apprend mieux et plus sur chacun, sur ce proche devenu lointain. Les masques ne tombent pas, simplement ils s'éclairent illuminés par la lumière naturaliste et ensoleillée de la superbe photo. La mère continue d'écouter le tube de variétés sur lequel elle rencontra son mari. Dans la salle de bain, les hommes se parlent dans la baignoire, cadré tous deux ensemble dans un plan moyen, figure de style récurrente du film. La mère, dans l'eau, parle toute seule. Bientôt, lorsqu'un papillon battra de l'aile, elle dialoguera avec son fils mort.

Trois générations de femmes et autant d'âges pour les hommes de la famille. Les types marchent vers la mer avec leur démarche propre à leur âge; démarche qui accuse le temps, le temps qui passe: démarche claudiquante du vieillard suivi par son fils fatiguant dans les escaliers tandis que le jeune garçon court vers la plage, se rue vers la caméra comme dans un film de Renoir.

Tous les personnages de Still working se révèlent peu à peu sans jamais se laisser piéger dans un cadre. La mère si douce, si traditionnelle au début, se révèle superstitieuse, peu aimable, comploteuse, maligne, ragoteuse. Le père, si froid, si distant, finit par attendre avec impatience le retour des siens.

C'est l'ambiguïté de chacun que filme le cinéaste de Nobody knows, réussissant à capter un moment pure d'une vie avec ce très beau film ensoleillé et traditionnel, réalisé dans des circonstances de deuil. Louons le donc d'avoir réussi à enregistrer le trouble de chacun sans qu'aucun de ses personnages, jamais, ne puisse rentrer dans aucune catégorie .

Fiche technique



Date de sortie : 22 Avril 2009
Réalisé par Kore-Eda Hirokazu
Avec Hiroshi Abe, Yoshio Harada, Kirin Kiki
Film japonais.
Genre : Drame
Durée : 1h 55min.
Année de production : 2008
Titre original : Aruitemo, Aruitemo
Distribué par Pyramide Distribution



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