accueil cinema-take : critiques de films et sorties cinéma

MARDI 3 NOVEMBRE 2009
À NE PAS MANQUER
SIN NOMBRE de Cary Fukunaga
par Frédéric Mercier
A peine quelques semaines après la sortie du passionnant documentaire du regretté Christian Poveda à l'intérieur d'une maras salvadorienne , un jeune cinéaste californien filme l'odyssée ferroviaire à travers le Mexique d'un couple improbable poursuivi par le plus puissant gang de toute l'Amérique latine. Passionnant film d'aventures sur fond d'analyse sociale, Sin nombre apporte un contrepoint romanesque au travail de Poveda.
DANS CE DOSSIER

Les maras

La jeune Sayra a quitté avec son père et son oncle le Honduras pour gagner les Etats-Unis où ils pourront recevoir une aide providentielle. A la frontière mexicaine, ils embarquent sur un train de marchandises qui va lentement traverser le pays du Sud au Nord. Sur le toit d'un wagon, Sayra fait la connaissance de Casper, membre d'une faction mexicaine de la Mara Salvatrucha, un puissant gang armé.

Il y a un mois sortait La vida Loca, ultime enquête de Christian Poveda à l'intérieur de la 18, l'une des plus puissantes maras salvadoriennes. Dans Sin nombre, une partie de l'action se situe au sein de la Mara Salvatrucha, ennemie jurée de la 18. L'une des précieuses informations véhiculées par Sin nombre est de montrer l'étendue gigantesque du réseau des maras à travers tout le continent américain. Quand un événement a lieu au sein de la MS établie au Chiapas, les membres à Véra Cruz sont aussitôt informés. Quand ils perdent de vue leur proie, les gangs veulent en informer leurs chefs établis aux Etats Unis. Pour qui trahit la MS, la mort n'est dès lors plus qu'une question d'attente tant les maras n'oublient jamais et couvrent leur rayon d'action au-delà des frontière de chaque pays.

Ce qui étonne aussi, c'est combien les modes de vie, d'appartenance, de reconnaissance sont semblables dans les deux gangs. Même manière de renchérir dans la violence jusqu'à oublier les causes des assassinats successifs. La MS et la 18 s'entretuent au fil des générations, formant de nouvelles recrues pour reprendre en main les armes et dissiper encore le sang. Le poids de la transmission est l'un des nombreux sujets que le jeune cinéaste va traiter dans ce film ambitieux qui réussit à brasser de la matière romanesque sans jamais négliger l'aventure humaine et son contexte social.

Le réalisateur, dont c'est le premier film, a le don de savoir ancrer d'emblée son histoire sur un terreau concret: on y découvre les bidonvilles dans lesquels s'agitent les gangs, on voit les enfants cohabiter avec eux, les hiérarchies préétablies, les rituels pour faire partie de cette nouvelle famille recomposée. Aucun montage haché ou morcelé ne renchérit dans le spectacle de la violence. On est loin de La cité de Dieu qui fabriquait de l'image étonnante pour rendre la violence des bidonvilles fascinantes. Fukunaga s'intéresse plutôt à ses innombrables personnages. Sans jamais les prendre de haut, avec une vraie empathie, il décrit le chemin effectué par d'innombrables hommes et femmes qui ont choisi, pour certains, de prendre en main leur destin pour ne plus être des victimes consentantes des injustices sociales.

Récit à différentes cadences

Sur le train de l'espoir, les deux régimes de fiction vont se rencontrer et se mêler ingénieusement: récit d'aventures de Sayra et récit social de Casper. Le film se transforme ainsi en une odyssée aux frontières du Mexique. Très ingénieusement, l'action suit d'abord la cadence d'un train qui file droit et dont on connaît les étapes successives à travers le Mexique. A son bord, Casper ne fait qu'avancer sur un tombeau en marche. Les scénaristes vont alors encore faire dériver leur histoire en permettant à Casper et Sayra de descendre du train pour continuer leur odyssée commune. Les deux jeunes gens vont veiller l'un sur l'autre sans que l'amour n'intervienne pour autant. Ou alors, il s'agit d'un autre type d'amour, d'une reconnaissance de l'existence de l'autre, de sa force. Ils deviennent leur propre ange gardien tandis que derrière eux s'agite la meute meurtrière.

Sans cesse passionnant, haletant, avec une vaste galerie de personnages surprenants et difficilement saisissables, Sin nombre réussit le pari d'être à la fois un film de genre hargneux et un film d'auteur documenté qui appose un vrai point de vue sur la question de la violence sociale en Amérique latine. On regrettera néanmoins, juste pour faire la fine bouche, une direction d'acteurs souvent beaucoup plus prévisible que les réactions des personnages qu'ils interprètent. Ainsi quelques scènes théâtrales dénotent avec la fougue de l'ensemble et l'immense matière romanesque qu'elle trimballe avec elle. Assurément, l'un des premiers films les plus réussis que l'on ait vu depuis Hunger de Steve Mc Queen.

Casting complet




Réalisateur : Cary Fukunaga

Acteurs, rôles, personnages :

Edgar Flores
Rôle : Casper / Willy

Paulina Gaitan
Rôle : Sayra

Kristian Ferrer
Rôle : Smiley

Tenoch Huerta
Rôle : Lil Mago

Gerardo Taracena
Rôle : le père de Sayra

Guillermo Villegas
Rôle : Orlando, l'oncle de Sayra

Diana Garcia
Rôle : Martha Marlene

Damayanti Quintanar
Rôle : Clarissa

Catalina López
Rôle : Tante Toña

Distributeur France : Diaphana Films
Distributeur à l'étranger : Focus Features
Productrice : Amy Kaufman
Producteur exécutif : Pablo Cruz
Producteur exécutif : Gerardo Barrera
Producteur exécutif : Amy Kaufman
Coordinatrice de production : Laila Castillo

Scénariste : Cary Fukunaga
Compositeur : Marcelo Zarvos
Directeur de la photographie : Adriano Goldman
Directrice du casting : Carla Hool
Chef décorateur : Claudio Contreras
Directeur artistique : Carlos Benassini
Décoratrice : Aida Rodriguez
Costumière : Leticia Palacios
Maquilleur : Alfredo Garcia
Coiffeuse : Carla Tinoco
Maquilleuse : Carla Tinoco
Superviseur de production : Lorraine Samuel
1er assistant réalisateur : René Villarreal
Mixage : Santiago Núñez
Monteur son : Mark Gingras

Attachée de presse : Karine Ménard
Attachée de presse : Laurence Granec

>>  LA ROUTE de John Hillcoat


COMMENTAIRES DES INTERNAUTES

casper
« A voir !absolument! ... j'ai failli passer à côté, probablement à cause de la bande annonce qui sentait un peu l'eau rose, très justement évitée par le réalisateur. ... La rencontre est belle, la course, haletante et la réalité des Maras nous plonge dans un univers ignoré, et sordide.... Un grand film et un réalisateur à suivre »
17 novembre 2009
AJOUTEZ VOTRE COMMENTAIRE


CHRONIQUES RÉCENTES
TOUTES LES CHRONIQUES