Richard était en fait mort

Richard Coeur de Lion n'a pas été fait prisonnier en Palestine. Les Croisades ne l'ont guère retenu loin de son Angleterre Natale et celle-ci ne doit pas patienter sous la terreur instaurée par le régent sanguinaire. Que nenni! Richard a été tué en France au cours d'un ultime siège. Ridley Scott, le Prince des superproductions historiques, nous le montre d'emblée: le geste est banal, presque affligeant, le bon roi a été frappé d'une flèche lancée par un manant dissimulé derrière les créneaux d'un château fort. Ainsi débute le furieux "Robin Hood" qui, comme son slogan l'affiche sur les tourelles du monde entier depuis au moins un mois, va nous conter comment est née la légende.
Le film s'impose dès la première image comme virile, emporté, furieux et violent. Même Lady Marianne tranche avec l'image vertueuse qu'on lui connaissait: c'est une veuve froide. Elle ne pleure guère la mort de son époux, accueille la nouvelle avec pragmatisme. Une véritable héroïne à l'ancienne, une femme de tête qui remercie particulièrement son défunt mari de l'avoir jadis détournée de son destin de vieille fille. Face à elle, Robin s'avère un archer athlétique, assez antipathique, malin et consciencieux. Il se révèle pourtant beaucoup moins intéressant que celle dont il aspire le coeur flétri. Comme à son habitude, Scott et son fidèle scénariste Brian Helgeland, ne peuvent s'empêcher d'inoculer un trauma matriciel à notre héros: blessure enfantine dissimulée dans son inconscient et que son père de substitution (Max Von Sidow en aveugle sage et expérimenté) fera remonter à la surface par des méthodes bien psychanalytiques. L'histoire de ce guerrier qui se fait passer pour un camarade mort et dont il s'attache père et femme n'est pas, loin s'en faut, ce qu'il y a de meilleur dans cette aventure inédite de Robin des Bois.

Scénario faussement audacieux et mise en scène furieuse

Le scénariste opte pour un format long et agrège à son commentaire historique une narration très feuilletonesque héritée en large partie des leçons des séries TV de ces dernières années. Le film expose plusieurs personnages et, autour de chacun d'eux, autant d'histoires, de conflits en puissance. Ils vont tous être exposés les uns à la suite des autres jusqu'au combat final qui achèvera de poser les écheveaux de la légende célèbre que Scott s'apprête déjà à réaliser. A cause de ces fausses audaces scénaristiques, Robin Hood peine à dissimuler un sentiment de déjà vu: chaque scène intime s'achève sur un aphorisme lénifiant, chaque personnage semble prisonnier d'un destin commun à toutes les histoires de chevalerie. On sait à l'avance comment et pourquoi Robin devra affronter le nouveau roi, jaloux, envieux, fortement névrotique et rappelant aussi le vilain empereur de "Gladiator". Les âmes sombres chez Scott sont souvent peignées comme des Richard III, monarques incompétents, belliqueux et paranoïaques, doublés d'obsédés sexuels.
La mise en scène s'avère souvent aussi grandiose que les moyens employés à son service: milliers de figurants, reconstitutions prestigieuses, décors grandiloquents avec renforts numériques. Scott a cette singularité de fabriquer des superproductions historiques prestigieuses en étant avares de plans larges. Ainsi, comme à son habitude qui a ses fans et ses détracteurs, il privilégie les longues focales, les plans rapprochés qu'il fait alterner avec des plans américains et des inserts. Quand, il ose un plan large, sa rareté le rend d'autant plus impressionnant, révélant l'ampleur d'un spectacle total. Malgré quelques scories héritées de sa formation de publicitaire (ralentis et musique pompeuse à souhait), la réalisation s'avère parfaitement au service de son héros: à son image, elle est vigoureuse, dynamique et testostéronée comme il faut.

De l'intime au général

Elle est surtout légitime: elle effectue avec ses quelques rares plans généraux, la même opération que l'histoire. Ouvrir la figure de Robin vers d'autres perspectives historiques avant, dans le prochain opus, de revenir vers lui. Ce n'est pas tant la petite histoire de Robin qui intéresse le cinéaste mais ce qu'il dit et montre de son époque. Laquelle évidemment, par quelques truchements parfois douteux et autres raccourcis sans intérêt, éclaire la notre. Scott va donc chercher Robin, détruisant et confortant parfois son cliché pour lancer notre héros intemporel dans un combat historique. C'est ce qui fait surtout la singularité de ce "Robin Hood": prouver que Scott n'est pas un cinéaste de l'intime, un peintre des coeurs et des âmes de ses héros mais un artiste pompier capable de dessiner des batailles entières emportées sous le flot de ses furieux coups de caméra. Pour preuve: le générique pictural ultime qui clôt de très belle manière ce Robin des Bois plutôt réussi.
Réalisé par Ridley Scott
Avec Russell Crowe, Cate Blanchett, Max von Sydow
Titre original : Robin Hood
Long-métrage britannique , américain .
Genre : Aventure , Action
Durée : 02h20min Année de production : 2010
Distributeur : Universal Pictures International France
