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EVENEMENT
ROBERT SIODMAK A LA CINEMATHEQUE
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mercredi
2
juin
2010
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par Frédéric Mercier
Son œuvre compte une soixantaine de films tournés sur près de quarante ans en Allemagne, en France et aux Etats Unis. Mais le nom de Robert Siodmak reste attaché à une poignée de classiques hollywoodiens qui en firent Le Maître du Film Noir.
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UNE CARRIÈRE FRANÇAISE MÉCONNUE |
L’adjectif hitchcockien est aujourd’hui employé à toutes les sauces. Il suffit qu’une scène effraye un tant soi peu ou qu’une intrigue soit rondement menée pour y voir planer l’influence du Maître du suspens. Peu de cinéphiles useraient de même du terme siodmakien pour désigner un climat sombre où déambulent les ombres furtives de vénéneuses femmes fatales et de leurs amants criminels. Et pourtant, l’univers de Robert Siodmak est connoté, immédiatement associé au Film Noir dont il fut l’un des maîtres incontestables grâce à quelques classiques qui établirent et dépassèrent les règles de ce genre sous influence européenne apparu à Hollywood dans les années 40. Affublé d’un chapeau et d’une paire de lunettes dissimulant une blessure de jeunesse, Siodmak jouissait d’une réputation d’intellectuel jovial, de savoureux trublion. Mais celui qui fut l’ami de James Mason et Charles Laughton, cachait sous cette apparence enjouée une asociabilité maladive, une méfiance envers les institutions que trahit une œuvre désabusée et tortueuse débutée en Allemagne à la fin des années 20. Son premier film, le fameux Les Hommes, Le Dimanche écrit entre autres avec Billy Wilder, réussit grâce à un montage ingénieux d’images documentaires, à révéler sur un ton badin les contradictions de ses contemporains. Tumultes est un polar lugubre qui déjà peint les égarements d’un cœur tourmenté par une femme vénale, thème récurrent jusque dans sa période américaine où abondent les couples mal assortis, les mégères et les mantes religieuses. Le Secret Brûlant d’après Stefan Sweig est interdit par Goebbels et il quitte l’Allemagne en 1933. Arrivé à Paris, il parle si mal français qu’il aimera par la suite dire qu’il ne comprendra son premier film hexagonal, Le sexe faible avec Pierre Brasseur, que cinq après l’avoir tourné ! Il est le seul cinéaste allemand à réussir sa carrière en France dans les années 30. Si on peut oublier Le Roi Des Champs Elysées avec Buster Keaton, Mollenard avec Harry Baur est sacré meilleur film par le Front Populaire. Pièges possède déjà toutes les qualités de son œuvre américaine : récit inquiétant et insolite avec Maurice Chevalier et Eric von Stroheim sur un serial killer dont le procès avait défrayé la chronique en 1937. Avec une copie du film sous le bras, il fait la traversé de l’Atlantique à la veille de la déclaration de guerre.
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LE MAÎTRE DU FILM NOIR |
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Pour l’angoissant Deux Mains La Nuit, il fait des merveilles dans le genre du film de terreur gothique. Dans l’ambigu Double énigme, Olivia De Havilland interprète deux jumelles parfaitement identiques. Il précise son style austère, son ton emprunt de distanciation narquoise au service d’une intrigue où le bien et le mal portent le même visage. Ce maître de l’élégance est aussi un grand directeur d’acteurs, un fin sondeur des âmes tourmentées comme le prouvent Les Tueurs et Criss Cross (Pour Toi J’ai Tué) avec Burt Lancaster. Deux films qui feignent de se ressembler puisqu’ils content les tragiques destinées d’un triangle amoureux réuni autour d’une femme fatale. Narrés sous forme de flash back, ils sont pourtant forts différents: Les Tueurs, écrit par John Huston (qui ne fut pas crédité), semble abattu sous le poids de la fatalité. C’est l’une des œuvres étalons du film noir où chaque code semble appliqué avec une stylisation poussée à l’extrême. Ce film avec Ava Gardner s’ouvre sur une scène d’une tension insupportable, transposition parfaite de la nouvelle d’Hemingway dont il est tiré. Criss Cross est une histoire d’amour fou, où les personnages sont aveuglés par leurs passions qui tournent à l’obsession jusqu’au final sublime et déchirant. Son approche semi documentaire lui sied à merveille pour filmer la ville dans La Proie avec Victor Mature, une trépidante chasse au criminel menée par un policier tout aussi obsessionnel que sa proie. Le Suspect est un drame social où une fois encore les femmes exercent un pouvoir tyrannique sur les hommes. Chez lui, les criminels sont des victimes poussées à commettre l’inexorable. C’est ce qui explique le malaise qui persiste après leurs visions où, même si la morale est sauve, on reste à se demander si l’assassin n’est pas moins coupable que la société qui l’a engendré. Le Corsaire Rouge, délirant film de pirates où Lancaster, acrobate de formation, peut s’en donner à cœur joie dans des décors bariolés où se déchainent au XVIIIème siècle des tanks, un sous marin et une montgolfière. A son retour en Europe, il signe un réquisitoire violent et réaliste contre le IIIème Reich, considéré comme le premier film allemand à refuser toute forme de déculpabilisation : Les SS Frappent La Nuit.. Il émigre finalement en Suisse. Pour palier à des crises d’angoisse terribles, il accepta n’importe quel projet pour ne pas rester inactif jusqu’à sa mort en 1973. Lors d’un détour aux USA à la fin des années 50, moins de dix ans après son départ, il s’était rendu compte que la nouvelle génération ne savait plus qui il était, bien qu’elle connaissait ses chefs d’œuvre. S’il a réussi une œuvre déterminante, influente stylistiquement, cohérente dans les thèmes qu’il aborda avec franchise, toute une partie de sa filmographie reste méconnue et invisible. Des plaisirs troubles en perspective.
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LIENS ET DATES |
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