accueil cinema-take : critiques de films et sorties cinéma

MERCREDI 17 NOVEMBRE 2010
DERNIÈRES SORTIES
MOTHER AND CHILD de Rodrigo Garcia
par Frédéric Mercier
Film de script un peu bébête et consensuel, Mother And Child est aussi un beau mélodrame polyphonique et comportemental qui, à mesure qu'il progresse devient invraisemblable et, paradoxalement, très émouvant.
DANS CE DOSSIER

Poursuivre la tradiction moderne du mélodrame polyphonique

Aujourd’hui, Elizabeth, sa fille, est une brillante avocate. Elle n'a jamais tenté de retrouver la trace de sa mère biologique jusqu’au jour où elle tombe enceinte. De son côté, Lucy voit enfin son rêve d'adopter un enfant se réaliser. Confrontées simultanément à d'importants choix de vie, ces trois femmes verront leurs destins se croiser de manière inattendue.

Mother And Chid est un vrai mélo. Un film qui, sous prétexte, d'analyser différents faits sociaux contemporains a d'abord l'ambition d'user les kleenex. Désormais, la forme polyphonique, ou chorale, est devenue l'un des écueils du mélodrame. En multipliant les personnages pivots, en faisant se croiser les destins tout en maintenant leur exclusivité dans le récit, les artisans ont constaté que cela permettait de tirer quelques décilitres de larmes supplémentaires. A l'heure des séries TV fleuves, des informations 24/24, il faut isoler un personnage dans un cadre avec d'autres histoires pour rendre crédibles les malheurs qui vont l'accabler. C'est peut être ce refus d'emprunter cette voie creusée jadis par Robert Altman, le maître de la chorale, qui rendait l'année dernière Precious un peu ringard, abracadabrant et finalement d'un lyrisme douteux.

Mother and Child (tout un programme) est produit par Innaritu, c'est à dire aujourd'hui le grand faiseur de larmes internationales 1. Avec son ancien scénariste, Guillermo Arriaga 2, Innaritu a normalisé la forme polyphonique au genre mélodramatique. L'année dernière d'ailleurs, Arriaga réalisait son premier film: déjà le très émouvant Loin De La Terre Brûlée avec Kim Bassinger et Charlize Theron. Sur un sujet à peu près commun- les relations entre des femmes et leurs enfants sur différentes générations- Rodrigo Garcia choisit deux actrices à peu près semblables en termes de notoriétés et d'images: Naomi Watts (qui confirme de plus en plus qu'elle est aujourd'hui la plus accomplie des stars hollywoodiennes) et Annette Bening. Seulement, là où Arriaga cherchait à son tour le lyrisme désertique, cotoyant le fantastique; Garcia (et Innaritu) choisit un cadre urbain, plus distancié.

1: Nous mettons de coté Almodovar qui est bien plus que cela même si ses mélodrames sont les plus beaux du monde.

2: Retrouvez en bas de page nos liens vers notre entretien avec Guillermo Arriaga, notre éditorial consacré à lui et notre analyse de Loin de La terre Brûlée.

Tourné autour du pot avant de s'y jeter

En termes de mise en scène, malgré des contextes différents, le résultat ne diffère pas tant que cela même si Garcia fait preuve d'une réelle science du découpage et du cadrage. Ce n'est jamais génial, c'est d'un classicisme efficace stupéfiant. Il découpe en trois ou quatre plans une scène intime pour aboutir sur un champs-contre champs des plus banals. Il s'agit d'arriver au coeur du sujet en douceur, de s'y laisser glisser pour ne pas se montrer impudique. Observer les silences et mettre de la psychologie sur les comportements. A cet égard, la scène de coït entre Watts et Washington pourra en exaspérer plus d'un tant chaque geste est censé trahir l'intimité profonde des deux amants. Watts confirme ainsi, par exemple, à quel point son personnage cherche à tout contrôler sans jamais se laisser aller. Fausse impudeur en vérité de Garcia qui dissimule le spectacle du mélodrame pour mieux tourner autour avant de s'y précipiter. De la même manière qu'il tourne dans un espace qu'il découpe savamment, Garcia tourne longtemps autour de son sujet -l'adoption- avant de plonger tête baissée dedans.

Le résultat s'avère diablement émouvant: les trois destins de femmes se croisent, s'entre croisent sans se toucher, sans vraiment se frôler. Garcia peut ainsi plonger dans quelques belles idées de scénaristes que nous ne révélerons pas pour ne pas gâcher les larmes qui jailliront sans doute dans le dernier tiers du film. Si on ne croit plus un instant à ce qu'il veut nous faire gober après avoir longtemps joué les sociologues de comptoir, le film, à force d'avoir tourné autour du pôt en préparant sa fin, s'achève ainsi en apothéose. Avec sa musique trop douce et banale, sa mise en scène d'une fausse pudeur, sa manière de ne pas vouloir solliciter les larmes qu'il vient vous arracher à la fin avec ses ciseaux de monteur hors pair, Mother And Child est un vrai plaisir coupable, un peu neuneu, et certainement réussi.

Bande-annonce et fiche


Date de sortie cinéma : 17 novembre 2010

Réalisé par Rodrigo Garcia
Avec Naomi Watts, Annette Bening, Kerry Washington

Titre original : Mother and Child
Long-métrage américain , espagnol .
Genre : Drame
Durée : 02h05min
Année de production : 2008
Distributeur : Haut et Court

<<  RENCONTRE AVEC GUILLERMO ARRIAGA


AJOUTEZ VOTRE COMMENTAIRE