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PORTRAIT
MINNELLI, LE DANSEUR INQUIET
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dimanche
24
janvier
2010
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par Frédéric Mercier
Avec Stanley Donen, c’est le maître des comédies musicales kitsch de la MGM comme Un Américain à Paris et Tous en scène. Mais l’apparence enjouée de ces opérettes familiales dissimule une nature sombre et pessimiste que révéleront les splendides mélodrames de sa fin de carrière avec Kirk Douglas et surtout Robert Mitchum.
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INQUIÉTANTE ÉTRANGETÉ |
Au seul nom de Minnelli, on voit apparaître des danseurs extravagants en kilt, des ballerines en tutu mauve, et des décors bariolés où se dandinent avec grâce Fred Astaire et surtout Gene Kelly, le comédien fétiche du cinéaste. Ce goût pour le spectacle total lui vient d’une enfance placée sous le signe du music-hall. Minnelli disait de lui-même qu’il était « né en 1903 sous un chapiteau ». En effet, dès l’âge de trois ans, il se produit dans le théâtre familial, au coté de ses parents, comédiens itinérants. Esthète raffiné, amateur de peintures, il enchaîne les petits boulots artistiques et dégote finalement un poste de décorateur à Broadway. En 1940, il est remarqué par Arthur Freed, le génial producteur de la MGM avec qui il allait révolutionner les comédies musicales pendant près de vingt ans jusqu’à l’apothéose de Gigi, une romance endiablée qui sera couronnée de neuf oscars.
Mais le musical a toujours été dénigré par le bon goût et les biens pensants et on a souvent reproché à Minnelli d’être superficiel, léger et bien mièvre. C’est mal le connaître tant derrière le vernis policé des grands numéros musicaux peaufinés avec un soin maniaque, on peut déceler un ton singulier, à la fois joyeux et inquiétant.
Dès Le chant du Missouri, son troisième long métrage et sa première collaboration avec sa future femme Judy Garland, il teinte cette doucereuse chronique nostalgique de touches obscures. Il porte ainsi une attention particulière à dépeindre la soirée d’Halloween au cours de laquelle, selon ses propres termes: « les enfants se voient commettre toutes sortes de méfaits, brûlent des pieds, coupent des gorges.». Séquence bien étrange qui déjà démontrait combien Minnelli n’était pas qu’un simple artisan à fabriquer de la guimauve. Bien avant David Lynch par exemple, on peut le ranger parmi les premiers cinéastes à avoir su traduire en image « l’inquiétante étrangeté » du subconscient.
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LE VISAGE MÉLODRAMATIQUE |
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C’est à partir d’un poème de Robert Louis Stevenson, le célèbre auteur du Docteur Jekyll et Mr Hyde, qu’il donne les titres des deux films qu’il tournera avec Robert Mitchum : Undercurrent (Lame de fond) et Home from the hill (Celui par qui le scandale arrive). Le premier est un polar psychanalytique et gothique comme Hollywood en a produits des dizaines dans les années 40 après le succès de Rebecca d’Alfred Hitchcock. Autour de cette histoire d’une ingénue interprétée par Katharine Hepburn et qui tombe amoureuse d’un loup déguisé en prince charmant, il construit une atmosphère terrifiante qui n’a rien à envier au maître du suspense. Il donne alors au jeune Mitchum le rôle étonnant d’un frère moribond que l’on fait passer pour mort. Il utilise le corps solide, robuste du comédien comme preuve flagrante qu’il n’est pas mort. Dans ce film de commande, s’expriment tous les doutes de Minnelli sur la possibilité ou non de marier le rêve à la terrible réalité d’un monde aux allures de théâtre ténébreux et sanglant.
Vers le milieu des années 50, alors au sommet de sa gloire, il enchaîne quelques mélodrames désabusés et lyriques avec Kirk Douglas comme Les ensorcelés, un portrait au vitriol d’Hollywood et La vie passionnée de Van Gogh, peintre qui l’a toujours fasciné et où il désire exprimer la tension intérieure et tragique de l’artiste torturé. Avec Celui par qui le scandale arrive, il signe l’un de ses films les plus désespérés. Grâce à son sens inné du décor, il réussit en une seule séquence à présenter toute l’horreur du personnage interprété par Mitchum, patriarche tyrannique qui abuse de son pouvoir pour assujettir ses enfants et maintenir sa domination. Minnelli se montre tout aussi violent et fougueux que Nicholas Ray dans La fureur de vivre pour dépeindre des adolescents frustes écrasés par une société répressive et malade.
Au tournant des années 60, il incarne le classicisme contre lequel la génération du Nouvel Hollywood est en train de s’imposer. Il signe encore deux beaux films où la joie a fini par totalement disparaitre: Les quatre cavaliers de l’Apocalypse, un poème funèbre sur les horreurs de la Deuxième guerre mondiale avec Glenn Ford, et surtout, le méconnu Quinze jours ailleurs, fausse suite aux Ensorcelés où il retrouve Kirk Douglas pour délivrer une sorte de testament artistique désenchanté sur l’avenir du cinéma. Le ton en apparence léger des débuts n’est plus qu’un lointain souvenir.
A la fin des années 70, Martin Scorsese fait appel à Liza Minnelli, la fille du cinéaste et de Judy Garland pour lui rendre hommage dans New-York New-York,. Cherchant à retrouver le ton si personnel, si étrange de Minnelli, il y réussit en signant un film exaltant mais surtout passablement mélancolique.
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FILMOGRAPHIE |
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1942 : Panama Hattie (numéros musicaux) 1943 : Un petit coin aux cieux (Cabin in the Sky) 1943 : Mademoiselle ma femme (I Dood It) 1944 : Le Chant du Missouri (Meet Me in St. Louis) 1945 : L'Horloge (The Clock) 1945 : Yolanda et le Voleur (Yolanda and the Thief) 1946 : Ziegfeld Follies 1946 : Lame de fond (Undercurrent) 1946 : La Pluie qui chante (Till The Clouds Roll By) - scènes avec Judy Garland 1948 : Le Pirate ou parfois La Pirate (The Pirate) 1949 : Madame Bovary 1950 : Le Père de la mariée (Father of the Bride) 1951 : Allons donc, papa ! (Father's Little Dividend) 1951 : Un Américain à Paris (An American in Paris) 1952 : Les Rois de la couture (Lovely to Look at) 1952 : Les Ensorcelés (The Bad and the Beautiful) 1953 : Histoire de trois amours (The Story of Three Loves, sketch « Mademoiselle ») 1953 : Tous en scène (The Band Wagon) 1954 : La Roulotte du plaisir (The Long, Long Trailer) 1954 : Brigadoon 1955 : La Toile d'araignée (The Cobweb) 1955 : Kismet 1956 : La Vie passionnée de Vincent van Gogh (Lust for Life) 1956 : Thé et Sympathie (Tea and Sympathy) 1957 : La Femme modèle (Designing Woman) 1957 : La Passe dangereuse (The Seventh Sin) non-crédité 1958 : Gigi 1958 : Qu'est-ce que maman comprend à l'amour ? (The Reluctant Debutante) 1958 : Comme un torrent (Some Came Running) 1960 : Celui par qui le scandale arrive... (Home from the hill) 1960 : Un numéro du tonnerre (Bells Are Ringing) 1962 : Les Quatre Cavaliers de l'Apocalypse (Four Horsemen of the Apocalypse) 1962 : Quinze jours ailleurs (Two Weeks in Another Town) 1963 : Il faut marier papa (The Courtship of Eddie's Father) 1964 : Au revoir, Charlie (Goodbye Charlie) 1965 : Le Chevalier des sables (The Sandpiper) 1970 : Melinda (On a Clear Day You Can See Forever) 1976 : Nina (A Matter of Time)
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