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JEUDI 8 AVRIL 2010
PORTRAIT
MICHAEL POWELL RÉINVENTÉ
par Frédéric Mercier
Si Michael Powell est aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands cinéastes britanniques, il fut longtemps dénigré, notamment en France. Un long purgatoire dû peut-être à un désir constant de refuser le réalisme tout en bousculant les codes et la morale. Quoi qu'il en soit, son chef d'oeuvre peut être: Les Chaussons Rouges ressortent ces jours ci en salle dans une copie restaurée HD extraordinaire.
DANS CE DOSSIER

1.

Bertrand Tavernier et Martin Scorsese ne sont pas seulement de grands cinéastes mais aussi d’héroïques cinéphiles, capables de réécrire l’histoire en défiant les jugements péremptoires de la critique institutionnelle. En se réclamant de l’influence de Michael Powell, en défendant son œuvre corps et âme, ils ont permis de découvrir un créateur de rêves, ouvert à toutes les expérimentations. En tout cas, une œuvre avant-gardiste qui souvent eu bien du mal à coller avec son époque.

Né en Angleterre, en 1905, Powell fait ses débuts comme photographe de plateau, notamment sur Blackmail, le premier film parlant d’Hitchcock. La légende veut que ce soit lui qui ait suggéré au Maître le clou du film : une poursuite sur le dôme du British Museum. Le nabab Alexander Korda, producteur de To Be Or Not To Be d’Ernst Lubitsch, l’invite à coréaliser Le Voleur de Bagdad, remake grandiose du film original de Raoul Walsh.

Il fait la connaissance en 1939 d’Emeric Pressburger avec qui il va travailler pendant plus de quinze ans. Les deux hommes créent leur société de production: The Archers Films. Dans leurs génériques, ils signent: « écrit, produit et réalisé par Michael Powell et Emeric Pressburger » alors que l’un est préposé à l’écriture et l’autre à la réalisation. Durant la Deuxième Guerre Mondiale, le gouvernement leur demande de tourner pour la propagande. Commence dès lors ce que Martin Scorsese appelle : « la plus longue période de cinéma subversif qui ait jamais existé dans un grand studio ». Époque où ils parviennent à fabriquer une œuvre à la fois utile à l’effort de guerre et novatrice.

Dans Le 49 Parallèle, en contant l’odyssée de six nazis au Canada, ils parviennent à déconstruire la logique hitlérienne tout en s’attachant à rester proches de leurs personnages, finalement victimes d’une idéologie. Leurs anti héros sont souvent fortement influencés par le milieu dans lequel ils évoluent, telles les nonnes du Narcisse Noir, un mélo flamboyant et excessif en Technicolor. Avec leur décorateur Alfred Junge, ils reconstituent une Inde envoutante en studio. Sublimé par la photographie de Jack Cardiff, le film regorge de trouvailles visuelles qui rendront admiratifs Steven Spielberg et Georges Lucas.

2.

Winston Churchill voulut interdire le savoureux Colonel Blimp où les deux auteurs osent raconter l’amitié indéfectible d’un britannique et d’un allemand campés respectivement par Roger Livesey et Anton Walbrook, leurs acteurs fétiches. Une Question de Vie ou de Mort est un poème métaphysique situé à la fois dans le monde réel et dans l’au-delà. A Canterbury Tale et Je sais où Je Vais permettent à Powell de peindre avec tendresse l’Angleterre traditionnelle de son enfance. Pour A Canterbury Tale, il invente un raccord où un faucon lancé au Moyen Age se transforme en un avion militaire. Un montage qui annonce, s’il ne l’a pas influencé, le fameux os jeté dans le ciel de 2001, L’Odyssée de l’Espace de Kubrick. Je Sais Où Je Vais prouve qu’il est capable de bâtir un vrai spectacle romantique à partir de la plus simple des intrigues : une femme doit épouser un homme qui vit sur une île. Elle n’y parviendra jamais. On retrouve cette préciosité, alliée au désir de faire de l’art pour l’art, dans Les Chaussons Rouges et Les Contes d’Hoffman où la musique guide une mise en scène extraordinaire. Si Les Contes d’Hoffman est entièrement musical, Les Chaussons Rouges contient un ballet de 17 minutes où régulièrement Powell s’ingénie à changer la vitesse de l’image dans un même plan. Détesté des producteurs britanniques, il obtint néanmoins un grand succès aux USA ainsi qu’un Oscar.

En 1960, sort Le Voyeur, aujourd’hui son film culte. Mais à sa sortie, il est massacré par la critique qui le juge abject. Cloué au pilori par les bien pensants qui n’admettent pas son humanisme amoral, le film disparaît dans la honte. Comme Fritz Lang avec M Le Maudit, il avait tenté une fois encore de comprendre son bourreau : un garçon timide qui filme des femmes qu’il assassine. Mais le public puritain n’admet pas que l’on traite avec compassion un tueur sadique. Le Voyeur finit par détruire sa carrière. Il ne peut plus désormais tourner en Angleterre et part en Australie où il réalise entre autres Drôles de Zèbres, une satyre des mœurs australiennes.

Ruiné, dans l’incapacité de réaliser son rêve : une adaptation de La Tempête de Shakespeare, il est oublié jusqu’à ce que les cinéastes du Nouvel Hollywood se réclament de ses idées et de son style. Au début des années 80, ce séducteur (qui fut l’amant de Deborah Kerr) a épousé Thelma Shoonmaker, la monteuse attitrée de Scorsese qui les avait présentés. Mais c’est seulement aujourd’hui en France, grâce à des cinéastes donc et non à des critiques, que ses audaces fulgurantes d’aventurier de l’image resplendissent comme des sommets de beauté classique.

>>  LE NARCISSE DE MICHAEL POWELL


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