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MAX ET LES MAXIMONSTRES de Spike Jonze
mercredi
23
décembre
2009
par Frédéric Mercier
Adaptation inspirée et mélancolique d'un best-seller du livre pour enfants par le réalisateur de Dans la peau de John Malkovich.





DES DOUTES DE L'ENFANCE
De son premier long métrage, Dans la peau de John Malkovich, une scène est restée dans les annales: celle où Malkovitch lui-même pénétrait dans sa propre tête et regardait le monde à l'intérieur de son subconscient. Tous les personnages qu'il croisait étaient des répliques du fameux acteur et au lieu de sortir des phrases banales vomissaient à la place incessamment "Malkovich...Malkovich...". Dans Max et les Maximonstres, le fameux clipeur Spike Jonze systématise cette scène à tout son film. Il s'agit de pénétrer le subconscient d'un adorable monstre, Max, et d'en explorer les paysages bizarres. Toutes les bestioles que croise le gamin sont des parties de Max lui-même, des métaphores vivantes de ses angoisses, de ses rêves, de ses doutes, de ses peurs concernant l'abandon, la disparition d'un père divorcé, d'une soeur adolescente en pleine crise d'indépendance et d'une mère ayant décidé de retrouver un homme. C'est ce qui peut expliquer le rythme étrange et donc déconcertant de ce film qui épouse d'abord la structure d'un conte familier pour adopter ensuite la logique opaque du rêve en semblant se moquer de la linéarité classique du récit hollywoodien. Le film enchaîne ainsi les scènes durant tout le rêve sans progression dramatique évidente avant de redevenir un conte pour enfant avec sa morale et son aspect cyclique, fermé sur lui-même. Durant tout le voyage au pays des monstres, les répliques fusent, les séquences se superposent les unes aux autres, les décors changent en un instant.

Ainsi Spike Jonze, de films en films, pénètre l'esprit de ses héros, affronte leurs angoisses refoulées et expose leur égocentrisme fondamental. C'est un cinéaste du trajet en soi-même, du voyage au centre de l'inconscient. C'est ce qui fait de cette adaptation libre du fameux best seller Where the wild things are de Maurice Sendak publié en 1964, un conte à la fois étrange, distancié et pourtant vaguement familier et malaisant. Jonze filme l'enfance au plus près avec ce que cela comporte de violence et d'angoisse. Les fameux maximonstres, sous des allures de gros nounours, sont d'incorrigibles bavards qui textualisent les affres intérieurs de Max. Dès son arrivée sur leur île, ils veulent d'abord manger le gamin avant de le choisir comme leur roi, leur épicentre. Max a dorénavant pour tâche d'être à la hauteur de sa fonction, du rôle qu'il s'est inventé et surtout de maintenir l'harmonie impossible entre les êtres. L'île c'est le foyer décomposé où Max, égocentré sur lui-même, se croit capable de rapprocher les individus et de toujours continuer à être le centre d'attention de chacun. En faillant à sa mission, Max perd de son aura et, en fin de compte, grandit. En quittant le pays, c'est une partie de l'enfance qu'il laisse derrière lui pour dorénavant se frotter à la réalité.
 
L'INQUIÉTANTE FAMILIARITÉ

C'est à Minelli que l'on pense tout au long de ce film très singulier mais curieusement encore dépourvu d'un vrai ton personnel. La pop sautillante de "Karen O and the Kids" comble souvent le manque d'ambiance fondamentale de certaines séquences, les relie les unes aux autres et véhicule l'émotion par simple ajout. Pourtant Jonze ne manque jamais d'idées ou d'inventions pour exposer des décors étonnants, des lieux habités d'ondes inquiétantes. D'un point de vue graphique le film est personnel, singulier, il est assurément le théâtre d'un vrai créateur. C'est au niveau de la mise en scène que ce conte à "l'inquiétante étrangeté" ne convainc pas totalement. La caméra se déplace très vite pour mimer un certain déséquilibre de la pensée sans réussir à rendre l'intensité de chaque moment de l'enfance. Le montage saccadé sert comme la musique à réduire la durée au lieu de lui donner l'illusion de l'intemporalité. On a souvent l'impression que musique et montage servent à donner un cachet vaguement libre, punk au film. Une couche superficielle se superpose à l'univers si étonnant du cinéaste.

Si l'on songe à Minelli, c'est parce que Jonze aussi traite frontalement, sérieusement, l'univers onirique intérieur de chaque être. Le subconscient n'est pas que le théâtre d'un cauchemar ou d'un rêve comme chez les mauvais cinéastes. Il est une création vivante, organique, composée de joies, de doutes, d'angoisses. Un labyrinthe personnel où chaque être répète en écho les mots personnels, redondants de l'univers de celui qui délire. Dans Un Américain à Paris, Minelli mettait en scène le rêve d'un musicien. Il se voyait diriger un orchestre composé de musiciens ayant tous son visage. Il se voyait couvert d'applaudissements par une salle remplie de spectateurs ayant tous sa tête. Jonze ne raconte au fond que cela de film en film, de son essai déjà vieillot mais amusant sur Malkovich, à sa longue mise en abyme retorse d'Adaptation jusqu'à ce beau film qui sans doute fera date. Il a construit une sorte de film culte pour enfant. C'est à dire un objet insolite, violent, que les enfants regarderont avec familiarité mais qu'ils feront mines de détester devant leurs parents.

 

Date de sortie cinéma : 16 décembre 2009

Réalisé par Spike Jonze
Avec Charlotte Gainsbourg, Max Records, Catherine Keener

Titre original : Where The Wild Things Are
Long-métrage américain.
Genre : Fantastique, Aventure, Drame
Durée : 1h42 min Année de production : 2009
Distributeur : Warner Bros. France

 



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