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JEUDI 25 FÉVRIER 2010
PORTRAIT
LES NOUVEAUX DÉMONS DE DICAPRIO
par Frédéric Mercier
Shutter Island marque à ce jour la quatrième collaboration de Martin Scorsese et de Léonardo Dicaprio, acteur capable d’incarner l’ambiguïté fondamentale qui anime chacun des personnages du réalisateur de Casino.
DANS CE DOSSIER

Du brun au blond

Ils étaient deux aux derniers Golden Globes pour remettre à Martin Scorsese le Prix Cecil B. deMille célébrant l’ensemble de sa carrière. Il y a encore quelques années, il eut été impensable d’imaginer un autre acteur que De Niro pour remercier le réalisateur des Affranchis de sa large contribution à l’industrie du divertissement. Mais dorénavant, DiCaprio est associé à la légende scorsesienne. Si De Niro personnifie l’esprit contestataire du réalisateur du Nouvel Hollywood, DiCaprio incarne la partie récente, plus spectaculaire de son œuvre. En troquant le brun héros de Taxi Driver pour la blonde star de Titanic, Scorsese s’est offert une nouvelle jeunesse, enfin réconciliée avec les grands studios contre lesquels il s’était forgé dès les années 70 son style vif et tranché.

Depuis trente ans, Scorsese peinait à adapter le roman de Herbert J. Asbury Gangs Of New York. A l’aube de l’an 2000, il trouve enfin la solution grâce à DiCaprio qui, auréolé du succès de Titanic, peut aider au financement du projet. Il a été présenté au cinéaste par De Niro qui l’avait rencontré sur le tournage de Blessures Secrètes en 1993 et s’était avoué impressionné par la prestation du comédien alors âgé de 19 ans. Le cinéaste confie à DiCaprio le rôle d’un jeune homme désireux de venger son père en assassinant son mentor, le terrible Bill The Butcher. Scorsese pense d’abord à De Niro pour jouer le boucher mais cède finalement sa place à Daniel Day Lewis que Scorsese avait déjà dirigé dans Le Temps de L’Innocence, autre film se déroulant à New York en 1860. Sur le visage angélique de Dicaprio se dessinent déjà quelques traits inquiétants qui donnent de la substance à son interprétation et rendront de plus en plus crédibles ses personnages par la suite.

Des démons dissimulés

Pourtant, quand le film sort en 2002, personne n’ose imaginer que l’acteur sera dorénavant de toutes les aventures du cinéaste. Scorsese accepte ainsi de réaliser Aviator à la condition que Dicaprio prenne une partie de la production en charge. L’amour du cinéaste pour le vieil Hollywood transpire par tous les bords d’Aviator, Dicaprio incarne Howard Hugues, célèbre magnat des années 30, délirant producteur de cinéma, aviateur hors pair et patron de la TWA. On eut encore quelques raisons de s’inquiéter de voir la jeune star endosser les habits d’un personnage aussi fantasque. Mais il donna tort à tous ses adversaires tant il semble habiter du fantôme de Hugues. Son visage enfantin renforce l’impression que l’illustre nabab fut un grand gamin rêveur mais aussi un gosse capricieux, pétri de névroses infantiles. Visage illisible où se devinent parfois candeur et perversité qui ont toujours été les composantes des personnages de Scorsese, partagés entre la sainteté et la chute tels Jack La Motta dans Raging Bull ou Travis Bickle dans Taxi Driver. L’acteur est capable de passer en un rictus, du séducteur ingénieux au sociopathe ahuri. A la sortie du film, même ceux qui ne l’apprécièrent pas, reconnurent l’excellence de ce comédien, repéré au début des années 90 dans un sitcom.

Cette ambivalence est pleinement exploitée dans Les Infiltrés, à ce jour le grand triomphe commercial de Scorsese et l’occasion enfin de remporter l’Oscar du meilleur film et du meilleur réalisateur. Remake d’Infernal Affairs, célèbre polar hongkongais, Les infiltrés conte le parcours d’un flic infiltré dans un gang et qui affronte un mafieux dissimulé dans la police. Face à lui, Matt Damon qui est aujourd’hui à DiCaprio ce que fut jadis Al Pacino à De Niro, un double de cinéma. Tout au long de ce film brillant sur l’ambiguïté du bien et du mal, les visages des deux acteurs semblent se confondre au point de devenir indissociables. DiCaprio joue le flic aspiré par le Mal comme jadis son personnage dans Gangs of New York était pris d’affection pour l’assassin de son père.

The rise of theordore roosevelt

Il est donc à parier que le comédien soit à son aise dans Shutter Island, adaptation d’un best seller de Denis Lehane, l’auteur à qui l’on doit déjà Mystic River qui avait inspiré Eastwood. Il y campe un détective qui recherche une patiente disparue dans un asile psychiatrique sur une île. Mais le personnel de l’hôpital se montre suspect à son égard, et se décide à le garder prisonnier. Comment leur donner tort en vérité, puisque sur le visage de l’acteur, Scorsese semble avoir retrouvé l’aspect impénétrable qui faisait jadis la saveur des anti-héros joués par De Niro : une intériorité qui peine à s’exprimer, un masque dissimulant de profonds démons qui ne demandent qu’à sortir. En tout cas, un physiques étrange que Scorsese compte encore exploiter puisque la production de leur prochain film vient de débuter : The Rise of Theodore Roosevelt, un biopic sur la vie du singulier 26ème président des Etats Unis.

>>  MAIS QUI EST LE 67ÈME PATIENT?


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