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Le film de la semaine
LES HERBES FOLLES d'Alain Resnais
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mercredi
4
novembre
2009
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par Frédéric Mercier
Une comédie sentimentale sans queues ni têtes. Resnais se détache des arrières plans conceptuels, systématiques, de ses précédents films pour se laisser glisser librement et en toute fantaisie.
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AU FIL DES MOTS |
Si on devait un jour créer le Prix Nobel du cinéma, c'est à Alain Resnais que l'on devrait le décerner. Isabelle Huppert a bien inventé un Prix Exceptionnel du Jury cette année à Cannes pour lui offrir une récompense, alors qu'elle voulait d'abord décorer Le Ruban blanc d'Haneke. Un Prix Nobel, oui, car l'oeuvre de Resnais est toute entière, singulière et compacte, créant et inventant sans cesse des formes nouvelles pour le cinéma, lui ouvrant des voix inédites dans lesquelles il n'hésite jamais à se perdre (et le spectateur avec) pour mieux les explorer et les tester. Resnais a toujours travaillé son cinéma comme un chercheur de laboratoires. Lui-même reconnait que s'il n'avait pas été cinéaste, il aurait fait de la recherche, tel le scientifique de Mon oncle d'Amérique, un de ses plus beaux films, un des plus beaux films tout court. Dans Les herbes folles, à 87 ans, il tente moins d'analyser un procédé que de mêler toutes ses figures en un grand poème libre et dégingandé, en forme d'hommage au cinéma.
La voix off familière d'Edouard Baer conduit le récit. Il est le narrateur omniscient qui lit d'emblée les pages du livre (1) qu'Alain Resnais a choisi d'adapter tout en modifiant le titre. La caméra suit des herbes folles laissées sur le trottoir, qui poussent indifféremment dans le sillon creusé à même le macadam. En suivant le texte, on voit une inconnue traverser les espaces au gré des mots, des pensées qui se chevauchent les unes aux autres. Tout le film pourrait agir ainsi comme un système de pensées, d'idées qui se cumulent, s'annulent, sautent du coq à l'âne en suivant une piste, un trou creusé dans le sol. Sabine Azéma joue cette inconnue, Mademoiselle Muir (2). Un jour en sortant d'un magasin de chaussures, elle se fait voler son sac jaune par un type dont on ne verra que le bras. Un peu plus tard, Georges (André Dussollier) découvrira dans un parking le portefeuille tombé du sac à main. Il viendra le rendre aux autorités et se prendra d'une passion toute romanesque pour cette inconnue dont le hobby (l'aviation) concorde avec ses rêves d'enfant. Épris du propre scénario qu'il s'est fabriqué, Georges harcèlera dans un premier temps Marguerite avant d'abandonner. Contre toute attente, c'est elle qui se sentira délaissée du jour au lendemain par cette présence bienveillante. A son tour, elle partira à sa recherche.
On croit d'abord que le film va épouser tour à tour l'intériorité de chaque personnage, glisser des pensées off vers la voix du narrateur, du texte au film façon Le journal d'un tricheur. Il ne ferait que cela, ce serait déjà un tour de force, une manière ô combien habile de fabriquer un pont entre le matériau littéraire et son adaptation au cinéma. Mais, au lieu, comme parfois dans ses autres films, de s'attacher à un seul principe fédérateur et conceptuel, Resnais se détache de son modèle, quitte le livre pour mieux y revenir et faire en fin de compte triompher le cinéma, les images, ses milles imageries (que l'on connait par coeur: des héroïnes de vieux films américains, au jingle de la FOX, du mot mythique FIN aux pastiches de polars ....). Il se débarrasse du livre et nous ouvre aux infinis possibilités du cinéma tout court.
(1): Incident de Christian Gailly aux éditions de Minuit, éditions où naquit le Nouveau Roman, courant littéraire auquel on a toujours rattacher Resnais qui adapta dans les années 60 Duras et Robbe Grillet (2): du nom de l'héroïne du film de Mankiewicz interprétée par Gene Tierney et qui tombait amoureuse d'un fantôme.
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FREE JAZZ |
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Resnais s'attache également aux imprévus de ses personnages, à leurs attaches sporadiques, leur volte face à la réalité. Jamais Marguerite ou Georges ne font très exactement ce que leur dictent leurs actes. Ils sont abandonnés à la spontanéité comme la mise en scène du vieil artiste qui semble nous dire qu'il y a toujours mille variations possibles sur un même thème, mille façons différents d'exprimer une idée. La mise en scène, si elle devait suivre un fil, est au service de ces impondérables: elle glisse, s'invente en permanence, joue avec le méta cinéma, et se cite elle-même quand elle ne singe pas la manière de Resnais. Une scène banale peut se transformer au montage en un suspens policier. Par l'utilisation du son, elle peut s'amuser à devenir une comédie sentimentale, voire un mélo. On s'engouffre dès le premier plan dans une béance ouverte et sombre au-delà de laquelle se niche sans cesse l'inconnu, le trouble. S'il y a une croyance dans le cinéma, c'est celle de filmer en dehors des mécanismes, en laissant libre cours aux velléités de l'existence, de la vie, des sentiments, des réflexions, de l'intériorité d'hommes et de femmes qu'aucun principe ne saurait diriger complètement.
La surprise est ainsi dans chaque plan: de la magnifique photo ouatée, blanche immaculée qui rappelle Coeurs ou les interludes ténébreux de L'amour à mort. Des inserts, des fondus enchaînés à priori obsolètes nous replongent dans les méduses d'On connait la chanson. Tout l'univers de Resnais ainsi s'affole, n'en fait qu'à sa tête avec ses acteurs fétiches (sans Arditi toutefois) auxquels il accole ceux de chez Bruno Podalydès, son meilleur élève à ce jour et dont le récent Bancs publics constituait une sorte de variation. Resnais ne perd pas non plus son regard à priori froid d'entomologiste et qui observe ses personnages se débattre comme les rats de Mon oncle d'Amérique. Seulement ici, au gré d'un jingle de la Fox, d'un décor de studio d'une banlieue parisienne intemporelle, de quelques fondus impromptus, d'une étreinte étonnante et inattendue, d'un rêve d'aviation (le cinéma de Resnais a toujours été proche d'un univers de grand enfant, d'un rêve enfantin passé entre les mains d'un petit maquettiste devenu ingénieur méticuleux), on y décèle plus de tendresse, plus de douceur qu'auparavant.
Pour ceux qui connaîtraient peu ou mal son cinéma, ses Herbes folles risquent de décontenancer. Il faut les accueillir comme une oeuvre d'art moderne, un gigantesque collage où se mêleraient des photos réalistes, des dessins à la manière d'oeuvres connues, des esquisses maniéristes, et des fusains cubistes. Reliées entre elles par un mince fil ténu où se nouerait un semblant d'intrigue. Il y a quelque chose de Borges chez ce cinéaste qui perd sans cesse le spectateur dans un labyrinthe fabriqué avec un souci extrême des proportions et du dessin final. En acceptant ce postulat ludique, d'un simple plaisir d'une composition fétichiste (on peut s'attacher aux souliers mauves, au sac jaune, à la braguette de Dussollier, à la répétition infernale des cris de douleurs des patients de Marguerite), d'une équation où l'inconnue persiste, de scènes multicolores où jamais le spectateur ne peut prendre d'avance sur des personnages qui sont et restent libres, on risque de se prendre d'affection (ou non) pour cet objet qui montre la voie d'un cinéma encore jeune. Resnais nous invite à bâtir autant de variations qu'il y a de caractères. Son film est une promesse de cinéma. Il faut rester patient, ne pas chercher à l'aimer immédiatement, savoir apprécier ce que l'on aime en lui.
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CASTING COMPLET |
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Réalisateur Alain Resnais r Acteurs, rôles, personnages André Dussollier Rôle : Georges Palet Sabine Azéma Rôle : Marguerite Muir Emmanuelle Devos Rôle : Josepha Anne Consigny Rôle : Suzanne Mathieu Amalric Rôle : Bernard de Bordeaux Michel Vuillermoz Rôle : Lucien d'Orange Roger Pierre Rôle : Marcel Schwer Sara Forestier Rôle : Elodie Nicolas Duvauchelle Rôle : Jean-Mi Emilie Jeauffroy Rôle : Zambo Le narrateur Edouard Baer La dame Annie Cordy Marcelin Palet Vladimir Consigny Sikorsky Dominique Rozan Mickey Jean-Noël Brouté Acolyte Elric Covarel-Garcia Acolyte 2 Valéry Schatz Acolyte 3 Stefan Godin Acolyte 4 Grégory Perrin Patient Paul Crauchet Patient 2 Jean-Michel Ribes Patiente Nathalie Kanoui Patiente 2 Adeline Ishiomin Patiente 3 Lisbeth Arazi Mornet Vendeuse de chaussure Françoise Gillard Vendeuse de montres Magaly Godenaire Caissière de cinéma Rosine Cadoret Serveur Vincent Rivard Passagère Dorothée Blanck Passager Antonin Mineo Passagère 2 Emilie Jeauffroy Jean-Baptiste Larmeur Patrick Mimouni Madame Larmeur Isabelle Des Courtils Elodie Larmeur Candice Charles Production Distributeur France StudioCanal Producteur Jean-Louis Livi Producteur exécutif Julie Salvador Coproducteur Valerio De Paolis Activités sociétés Production F Comme Film Coproduction France 2 Cinéma Coproduction Hassen Brahiti / Studio Canal Coproduction BIM Distribuzione Exportation/Distribution internationale Hassen Brahiti / Studio Canal Scénario D'après l'oeuvre de Christian Gailly Scripte Sylvette Baudrot Scénariste Alex Reval Scénariste Laurent Herbiet Scénariste Alain Resnais Equipe technique Directeur de la photographie Eric Gautier Directeur de production Philippe Roux 1er assistant réalisateur Christophe Jeauffroy Régisseur général Jérémie Chevret Chef décorateur Jacques Saulnier Costumier Jackie Budin Monteur Hervé De Luze Mixage Gérard Lamps Compositeur Mark Snow Mixage Jean-Marie Blondel Monteur son Gerard Hardy Ingénieur du son Jean-Marie Blondel Ingénieur du son Gerard Hardy Ingénieur du son Gérard Lamps Distribution Attaché de presse Laurent Renard Attaché de presse Leslie Ricci
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