Le Soir

Pour le quotidien belge, Fabienne Bradfer retranscrit un large extrait de la conférence de presse tenue par Abbas Kiarostami. Le mieux est de vous faire partager ces paroles :
« Je tiens à évoquer un sujet face auquel on ne peut rester indifférent et sur lequel on ne peut pas ne pas s’exprimer. Un sujet dont il est question ici puisque nous sommes dans le cinéma et que c’est le cinéma qui est mis à mal. En tant que tel, je suis profondément attristé de la situation de Jafar Panahi [Le cinéaste iranien membre de droit du jury cette année, ndlr].
Ce que je peux dire de façon certaine, c’est qu’un cinéaste soit emprisonné est en soi intolérable. Il n’est possible ni de rester indifférent, ni de cesser d’espérer. Car je crois qu’à un moment, tous seront obligés de reconnaître que s’il y eut un tel soulèvement, une telle mobilisation par seulement dans les cercles de l’art en Iran et dans le reste du monde, il faut apporter une réponse à ces sollicitations. Pour ma part, dès mars, j’ai réagi publiquement à travers une lettre ouverte qui est apparue sur le site du New York Times et dans un journal iranien. J’y fais allusion à la situation que subit Jafar Panahi mais aussi tous les cinéastes iraniens et notamment les cinéastes, notamment les cinéastes indépendants qui vivent dans une pression permanente, qui ne peuvent pas exercer leur métier.
Si Jafar a dû s’inscrire dans l’illégalité pour faire un film clandestinement, ce n’est pas à lui qu’incombe la responsabilité de cette situation mais bien aux autorités qui l’empêchent d’exercer son art. Donc quand ils mettent un cinéaste, un artiste en prison, c’est l’art entier qui est emprisonné. C’est à ce titre—là que nous devons nous exprimer. Si le gouvernement iranien encore aujourd’hui ne souhaite pas libérer Jafar Panahi, veut le garder dans ses geôles, il est au moins redevable d’une explication. Car je ne comprends comment on peut considérer comme un crime un film qui n’a pas encore été fait. On ne peut l’accuser que d’une intention. C’est particulièrement injuste.
De longue date, le gouvernement iranien met des bâtons dans les roues du cinéma indépendant. Il a du mal à respecter les cinéastes indépendants. Il a du mal à respecter la liberté des cinéastes. A force, on en a pris acte et on continue à créer. Mais on est victime d’un malentendu. Le gouvernement pense que si un film marche dans les salles, marche sur le plan international, c’est parce qu’il y a allégeance avec l’étranger. Ce qui est évidemment complètement faux.
A ce jour, je n’ai jamais eu peur pour ma personne en Iran. Mais la peur ne relève pas de la raison. Cela dit, avec l’incarcération de Jafar Panahi, je constate qu’on a franchi une certaine limite en Iran. Là, on me demandait de rappeler Téhéran et j’étais plein d’espoir d’une bonne nouvelle. Vous voyez comme l’écart est immense. Mais l’issue sera peut-être positive car en Iran, tout arrive de manière impromptue. Même les bonnes nouvelles. »
Tchadenligne.com

Je me suis également demandé ce que la presse tchadienne pouvait dire du film de Mahamat-Saleh Haroun, Un Homme qui crie, remarqué ici. Abdoulaye Salah suit le parcours de ce cinéaste habituellement très loin des croisettes et autres promenades en front de mer. Les articles qu’il lui consacre retracent son parcours et retranscrivent la substance de quelques entretiens donnés par ce réalisateur de 50 ans.
Et bien, d’abord, ce que je viens d’écrire est idiot car ce cinéaste tchadien connaît bien les mers françaises. Formé au cinéma au bord de la Seine, l’homme a aussi étudié le journalisme à Bordeaux. Il vit en France depuis 27 ans.
Il signe son premier long métrage en 1999, c’est Bye-Bye Africa. En 2002, Abouna est projeté à Cannes à la Quinzaine des Réalisateurs. Quant à Daratt, Saison sèche, il obtient le Prix Spécial du Jury à Venise ; nous sommes en 2006. En 2007, le MoMa lui consacre une rétrospective. Au milieu du tintamarre de certains médias (lesquels ? Où ?) constituant malgré eux, peut-être, une classe de gens à part, le quidam n’a-t-il pas l’impression que l’on condescend a inviter certains, en les qualifiant « d’inconnus » ? Or le fait est que, pour le cinéma, Mahamat-Saleh Haroun est tout sauf un anonyme débutant. C’est, grâce à lui, son pays et ses hommes que l’on apprend à connaître. À propos d’Un Homme qui crie, il a dit : « Il y a tant de conflits sur ce continent en déshérence. L’Afrique a raté ce qui est fondamental dans sa culture : la transmission. Entre les pères de l’indépendance et la génération suivante, la cassure a généré la violence et l’impossibilité d’ouvrir un horizon politique stable ». Ah ? Mais l’Europe a-t-elle mieux réussi la transmission intergénérationnelle ? La voix de l’homme africain, n’en déplaise à un certain monsieur très connu en France, n’est-elle pas tellement bien entrée dans l’histoire qu’elle nous renseigne sur nous tous ?
Abdoulaye Salah, faisant écho au cinéaste de son pays, déplore la présence si ténue de l’Afrique au festival de Cannes. On n’y a pas vu de film africain depuis 1997 et « Kini et Adams », d’Idrissa Ouédraogo. Aujourd’hui, c’est un autre rédacteur de tchadenligne.com, El H. Massiga Faye, qui revient sur ce qui, pour de nombreux Tchadiens, est un immense événement. Ici, à cinema-take.com, saluons-le donc aussi comme tel.
