The L.A. Times

Le Los Angeles Times ne pouvait pas ne pas mettre à sa une ce qui se passe à Cannes, cette petite ville habituellement peuplée d’octogénaires venus du nord de la Loire pour y couler des jours plus doux à leur santé, et envahie pour un bref instant par trois milliers de journalistes d’environ quatre-vingt pays. John Horn ne s’y trompe pas et désigne le Festival de Cannes pour ce qu’il est : le plus grand marché aux films du monde.
Mais alors que cette réalité doit paraître grossière et scandaleuse pour une part notable de la nomenclature française, dont on sait pourtant qu’elle n'est pas du tout hypocrite en matière d’argent et dont on devrait vanter de manière épique l’indépendance à l’égard des institutions de toutes sortes, l’Américain prend l’affaire très au sérieux. Il saisit l’occasion du Robin Hood, le re-distributeur de monnaie du Moyen-Âge, pour informer ses lecteurs des stratégies commerciales des studios et des producteurs.
Selon David Kosse, président d’Universal International, un employé au contrat précaire, donc, Cannes est un point d’orgue dans le lancement d’un film. Le producteur du film de M. Scott précise : « le festival est l’occasion de ravir l’attention du monde en un même instant ». Le positionnement hors compétition, en ouverture du festival, assure l’épatement du film sur toute la surface du globe. En théorie du moins, car il faut compter avec quelques obstacles.
John Horn rappelle d’abord que la participation à la Quinzaine de Cannes coûte dix fois plus chère qu’un lancement effectué sur place, à Hollywood. La production de Robin Hood reconnaît une facture de 5 000 000 $ pour les frais de toute l’équipe. Un chauffeur, ai-je lu, est payé 100 € de l’heure : mais pourquoi donc écrire cette revue de presse ? Alors, a priori, l’opération reste très rentable, sauf quand les critiques se mettent à publier des gentillesses.
La réception critique joue donc aussi son rôle dans le succès ou l’échec commercial d’un film. John Horn rappelle les exemples récents de Da Vinci Code, réalisé par Ron Howard, et de Marie-Antoinette, par Mme Sofia Coppola. C’est vrai que j’ai vu le premier cité, deux fois, même, par esprit de rigueur : on rit, du moins, et l’on s’attend à voir surgir Franck Dubosc dans les moments les plus intrigants.

The Independent

James Mottram, pour le britannique The Independent, n’a pas beaucoup ri, lui, en voyant le mythe anglais Robin revisité par Ridley Scott. Il déjoue quelque peu les pronostics de son confrère américain qui pensait qu’un réalisateur anglais et une vieille histoire européenne pouvaient d’emblée séduire le Vieux Continent. Apparemment nous aurions des préjugés qui nous rendraient prompts aux préférences nationales ou communautaires.
Heureusement, James Mottram pourrait rassurer certains sur notre sens moral et l’enracinement de notre indépendance d’esprit. Il décoche quelques flèches sur un film qu’il trouve trop long et aussi froid qu’une bise septentrionale.
À lire ses critiques, il apparaît que c’est surtout le jeu des acteurs qui est visé. La virilité de Russel Crowe est perçue comme un machisme inadapté au personnage. La comparaison plaisante avec un inspecteur du fisc est même avancée (cela dit, certaines fonctions sont, en un sens, héroïques, et contribuent à leur sombre manière à redistribuer les richesses… ). J’ai quand même cru comprendre qu’il préférait l’acteur océanien aux prestations passées de Kevin Costner. D’autres rôles en prennent pour leur grade, notamment le shérif de Nottingham. Tout ce que l’Angleterre peut compter d’admirateurs du voleur justicier, fidèle au cœur de lion, pourrait donc être déçu par cette épopée testostéronée.
Cet accueil plutôt sceptique est à comparer avec la réception qu’en a faite ici Frédéric Mercier. Mais alors, serions-nous victimes du préjugé ? Ou bien est-ce tout simplement que nous savons encore nous amuser au cinéma ?
