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MERCREDI 19 AOÛT 2009
SORTIE DE LA SEMAINE
LES DERNIERS JOURS DU MONDE de Jean-Marie et Arnaud Larrieu
par Frédéric Mercier
Abandonnant le mode burlesque de leur Voyage aux Pyrénées, les Larrieu retrouvent la veine douce, chaude et hédoniste de Peindre ou faire l'amour le temps d'un étonnant film catastrophe en mode mineur.

Joies hédonistes au bord de l'abyme

Un matin de juillet, Robinson, un ancien professeur de géographie, se réveille à Biarritz. Il fait beau et il décide d'arpenter la ville à la recherche d'un carnet pour y consigner ses souvenirs et l'aventure de sa vie. Un an auparavant, au même endroit, il y faisait la connaissance de Laetitia, superbe femme androgyne, avec qui il vécut une intense liaison. Pour elle, il quitta femme et enfant. Aujourd'hui, alors que la fin du monde approche, que les cendres tombent à gros flocons sur la plage du sud ouest, Robinson veut retrouver Laetitia qui a disparu subitement quelques mois auparavant.

Du citadin reconverti en guide de haute montagne d' Un homme, un vrai (avec le même Amalric), aux couples libérés, champêtres et partouzards de Peindre ou faire l'amour et Le voyage aux Pyrénées, les frère Larrieu inventent, film après film, une oeuvre hédoniste et joyeusement transgenre. On pouvait donc s'inquiéter de les voir s'aventurer du coté du film de genre pur, et du film catastrophe en sus, modèle s'il en est qui n'a jamais épousé (à quelques très rares exceptions près) les aspirations du cinéma français. Et, pourtant, leur dernier film est en grande partie une réussite tant ils réussissent à tenir sur la longueur le pari de faire se mariner le récit bigger than life aux errements érotiques et narcissiques d'un seul personnage, le taciturne Robinson campé par un Amalric les yeux écarquillés, toujours surpris, mené en bateau par tout le monde. Même si Les derniers jours du monde suivent les déambulations d'un seul personnage, le film joue avec les codes et les clichés de l'imaginaire américain pour les recentrer vers la France en leur donnant une puissance symbolique et métaphorique inattendue. Ainsi le road movie vire sur les routes du Lot, Mad Max est réinventé au coté d'une chouette en guise de mascotte,.

Le soleil se lèvera-t-il aussi?

On est en fait plus proche d'un récit picaresque antonionesque, façon Profession Reporter qui serait baigné lui-même, comme un vieux Wenders, de tout imaginaire apocalyptique et cinéphile américain qu'il s'agirait de faire glisser avec bonne humeur en France, dans le pays basque et jusque dans le Lot. Les Larrieu pratiquent ainsi le jeu des inversions avec les genres (récit intime et film catastrophe), les modes (mineurs et majeurs) et les sexes. La fin du monde approche sans qu'il soit tout à fait aisé d'en connaître la cause: s'agit il d'une guerre nucléaire ou des retombées d'une cataclysme écologique? Les fuyards en exode se confondent avec les touristes estivaux. Certains refusent de prendre la tangente comme si les affaires du monde étaient venues trop tôt gâcher la plénitude des vacances. L'humanité est donc vouée (et réinventée) au plaisir sans quoi le monde partirait plus tôt, déjà enseveli par l'hystérie citadine. Ce n'est donc guère étonnant que Paris s'écroule avant Toulouse et que ce soit ici, dans la ville rose aux portes du Sud Ouest, que l'on décide d'installer la nouvelle capitale hexagonale. Dans le sud, les affaires vont plus lentement, les hommes prennent plus le temps de vivre et surtout de s'enivrer. La folie du monde peine à s'insérer là où les corps vont leur rythme.

Les derniers jours du monde ressemblerait à une variation douce sur le mode du Soleil se lève aussi d'Hemingway bien que le film soit tiré de deux romans dont l'un au titre éponyme de Dominc Noguez. On y voit, comme chez le romancier américain, une dernière génération se grisant aux feriax chaotiques de Pamplune avant la fin du monde, alors que les héros d'Hemingway buvaient après l'Apocalypse de la première guerre mondiale pour oublier les images du passé. Tout s'inverse ici, Laetitia est plus grande, plus masculine que Robinson. Celui-ci ne s'occupe pas de sa fille, la laisse partir sur les flots. Les corps transis de passion se confondent avec les cadavres exhumés au bord de l'eau. L'exode se mêle aux promenades. On écoute dans l'indifférence la plus totale Manuel de Falla, Daniel Darc et Léo Ferré.

Loin des autres

Ainsi, parfois, à l'exode chaotique de La guerre des mondes se superpose cette nouvelle vision plus détendue, plus hédoniste de quelques âmes en quête d'une ultime raison, d'un corps auquel s'accrocher encore dans l'espoir de vouloir continuer à vivre. Ce manifeste du désir contre la routine est incarné par Laetitia elle-même qui guide les pas hésitants de Robinson. Apparue dans sa vie comme par enchantement, elle en disparaît tout aussi promptement dès que le désir s'étiole et que l'habitude la remplace. Ceux qui ne sauront apprendre à vivre au terme d'une aventure très symbolique aux portes de la vie y laisseront beaucoup tels les personnages tragiques incarnés par Catherine Frot et Sergi Lopez. Dans cet atmosphère de chaos où les corps débridés s'affranchissent des derniers impératifs sociaux, Robinson fuit l'emprise des autres dans l'espoir de gagner le corps de Laetitia, îlot lointain qui sans cesse se dérobe. Robinson, accompagné de sa chouette, se transforme ainsi comme le film, en un nouveau Don Quichote, un Mad Max basque, parti à la conquête de son rêve aux formes soyeuses, au travers d'un monde signifiant à l'agonie.

Date de sortie : 19 Août 2009
Réalisé par Jean-Marie Larrieu, Arnaud Larrieu
Avec Mathieu Amalric, Catherine Frot, Karin Viard
Film français.
Genre : Comédie dramatique
Durée : 2h 10min.
Année de production : 2008
Distribué par Wild Bunch Distribution



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