A Téhéran, deux musiciens d'un groupe de rock indie cherchent à obtenir des visas et des passeports pour quitter l'Iran et jouer leur musique un peu partout dans le monde.
On dit souvent que les premiers disques de rock, s'il ne sont pas forcément les meilleurs de leurs auteurs, sont souvent les plus énergiques et les plus inventifs. Ils détiennent une puissance féroce, contenant toutes les revendications de leurs musiciens, l'expression de leur envie de changer le monde. Ils signent la jeunesse, comme énergie contestataire, pressée de changer la donne.
Les héros de ce nouveau film de l'auteur de Un temps pour l'ivresse des chevaux(2000) raconte comment de jeunes gens à Téhéran cherchent, grâce à la musique, à échapper à un système religieux délirant et répressif. Leur musique contient leur désir de vivre libres et de s'exprimer sans avoir à se cacher. Ces musiciens indépendants sont littéralement des artistes underground, se réfugiant pour pouvoir jouer, dans des lieux non exposés: caves, fermes de campagne, sous-sols clandestins. En Iran, la musique (guéna) est considérée comme impure puisqu'elle provoque gaieté et joie. Ecouter une femme chanter s'apparenterait même à un péché. Quant à la musique occidentale, elle est totalement prohibée. Les jeunes héros de ce film jouent tous l'épisode de leur propre vie clandestine, de concerts à l'ombre, à l'ombre des prisons.
Toutes les formes de la musique occidentale sont presque représentées au cours de leur itinéraire pour trouver les membres de leur futur formation: rock, pop, trip pop, rap, heavy metal, blues.... A chaque rencontre, on peut entendre un morceau interprété par ces jeunes iraniens sur fond d'un melting pop d'images saccadées du Téhéran actuel. Ville de miséreux arpentées par de grandes routes, immeubles en construction et HLM cachant les montagnes au loin. Les deux héros musiciens sont conduits sur le chemin de la liberté, hors d' Iran, par un optimiste infatigable, à la logorrhée véloce, tchatcheur en diable, qui s'improvise manager et apporte une touche bienvenue de burlesque à ce portrait macabre d'une société sclérosée qui endort sa propre jeunesse.
Film d'un état d'urgence donc, soutenu par l'énergie de ses formidables musiciens qui tentent de réaliser leurs rêves et simplement de s'exprimer. Les chats persans a été réalisé lorsque le cinéaste, lui-même musicien, découvrit aussi par hasard cette jeunesse peu connue et bien entendu jamais représentée à l'écran. Déjà censuré dans son propre pays, détesté des autorités, le cinéaste a dû tourner dans des conditions malheureuses ce portrait réaliste de la jeunesse de la capitale iranienne. Dix sept jours à filmer sur des scooters de jeunes gens considérés comme des voyous, sans cesse menacés de coups de fouets et autres amendes. Bahman Ghobadi sait déjà par avance que son film ne sera jamais distribué en Iran. Avec un peu de chance, il réussira peut être à le faire voir, par voie de marché noire où les jeunes peuvent s'échanger des copies de films interdits et occidentaux. Qu'à cela ne tienne, en racontant la vie de ses doux rêveurs de héros musiciens, en montrant l'énergie (sans la violence) qui les habite, il prouve à quel point il lui fut difficile de réussir à montrer au monde cet Iran de la liberté, ouvert au monde.