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DIMANCHE 16 MAI 2010
FESTIVAL DE CANNES 2010
LES ÉTRANGERS DE CANNES 2
par THOMAS DEMOULIN
Pendant cette quinzaine cannoise, cinema-take.com propose une petite revue de presse internationale. La France est un si petit pays...
DANS CE DOSSIER

Der Tagespiegel

La revue de presse a ceci d’extraordinaire qu’elle confirme ce que les sciences de la communication, le cinéma documentaire et l’art en général ne cessent de montrer ou de démontrer : l’information n’est jamais neutre et désintéressée. La vérité n’est pas l’aune à laquelle on mesure sa valeur. Mais alors quoi ?

Le journal berlinois a dépêché sur la Riviera Jan Schulz-Ojala, l’un de ses critiques : les lecteurs peuvent suivre son carnet de voyage au jour le jour. Les impressions procurées par une promenade dans les rues commerçantes de Cannes un samedi matin sont l’occasion, lorsque l’on a l’esprit de système éduqué par Hegel et les valeurs de la raison pure, d’une réflexion sur le film d’Oliver Stone, Wall Street 2. « L’avidité est utile, l’avidité est bonne, l’avidité est un moteur. L’avidité clarifie les relations, va droit au but ; l’avidité est l’essence de l’évolution. L’avidité sous toutes ses formes – l’avidité pour la vie, pour l’amour, pour l’argent, pour la connaissance – telle est l’origine de l’avènement de l’humanité ». Cette sentence tirée du premier volet de l’histoire de Gordon Gekko avait beaucoup marqué le critique allemand. Elle le conduit à voir en Oliver Stone un brillant analyste du pouvoir, positionné à gauche – et ce malgré, note le critique berlinois, le jeu et les enjeux d’une présence au festival.

Ce jour-là, Jan Schulz-Ojala n’écrit pas un article avec lequel il est facile de faire de l’humour. Il dit en quelques lignes des choses pointues et profondes sur les points de focalisation dans la narration de Wall Street 2. Comme souvent dans la pensée allemande, on sent partout la puissance de la culture cultivée, et on se dit que les critiques français (par exemple ceux que j’ai vus hier dans le bon hebdo télé de Serge Moati) sont vraiment, en comparaison, de petits buveurs de cocktail ayant grandi dans de jolis salons très bien insonorisés. En tout cas, le critique du Tagespiegel célèbre le jeu de Michael Douglas, très investi depuis le début dans cette suite.

The Daily Times Pakistan

Alors, là où l’Européen avance une réflexion inquiète sur la vanité des valeurs traditionnelles dans le contexte d’une société en chute libre ; là où l’on sent les préoccupations d’un monde vieillissant mais pas encore libéré de la pesanteur de son enveloppe charnel, le Pakistanais s’éclate et fait passer le champagne parisien pour au austère et triste breuvage.

Car oui, contrairement à ce que des médias occidentaux toujours scrupuleux à coller aux longues barbes de ce que certains pays comptent de vieux partouzards pas très courageux et jaloux de leurs jeunes beautés, il existe au Pakistan toute une jeunesse qui, elle, ne paraît pas très encombrée des scrupules de ses aînés.

Le bref article du Daily Times ne s’intéresse ni au gros film américain ni à ses exégèses métaphysiques européennes : il titre et braque ses projecteurs sur la présence de Bollywood à Cannes. L’incarnation de cette présence du monde indo-pakistanais est triple (là-bas, les histoires d’incarnation, c’est toujours complexe) et complètement féminine. Le rédacteur, anonyme d’après ce que j’ai cru voir, décrit en détail les robes et les attraits de Deepika Padukone, Aischwarya Rai et Mallika Sherawat. Pour la promotion du film Hisss, son actrice, Mme Sherawat, a prévu de danser avec un gigantesque python (américain) le dimanche 16 mai, à l’hôtel Majestic. Les mensurations de l’animal, je veux évidemment parler du reptile, sont données par le journaliste, qui donc a fait l’effort de se renseigner. Mais comme il parle en feet et en pound, je peux juste vous dire « gigantesque ».

C’est un peu léger comme manière de faire de la critique de film, me direz-vous. Le Daily Times Pakistan ne dit rien sur Hisss, pourtant projeté à Cannes ?

Non. Mais un journal pakistanais s’enthousiasme pour Bollywood et parle très naturellement de ce cinéma indien comme d’un cinéma pour tous les peuples indiens. Alors, n’est-elle pas là, la revendication la plus forte d’une identité culturelle librement construite, en dépit de tous les pouvoirs y faisant obstacle ? Et la valeur de l’information dans tout ça ? Pas la vérité, oh non, mais plus modestement la pertinence : l’ancrage « ici et maintenant dans un territoire », la détermination d’un « agenda », la proposition d’une orientation « dans un espace et un temps que nous puissions dire vraiment nôtres », comme le dit Daniel Bougnoux.

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