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Fin d'annÉE
LE PALMARÈS DÉFINITIF 2009
lundi
28
décembre
2009
par FRÉDÉRIC MERCIER
Tous les rédacteurs de Cinema-take.com ont rendu leur verdict: nous publions leur liste respective avant d'établir un classement définitif des films qui auront marqué l'année 2009.

Dans un premier temps, j'ai essayé d'établir un classement moyen en fonction des goûts de chacun des rédacteurs. Ensuite , je donne ma propre liste des films de l'année et je m'explique dessus. Enfin, en fin de page, je reviens un peu sur cette année qui fut si étonnante parce que le cinéma se cherche en ce moment et a refusé de s'établir sur ses convictions du passé. Dans ces conditions, comment s'étonner que le vainqueur de l'année soit Alain Resnais puisqu'il continue à 87 ans, mémoire du cinéma s'il en est, à tenter des expérimentations.




DIX FILMS POUR UNE GRANDE ANNÉE
Par ordre alphabétique:

24 City de Jia Zhang-Ke
Amerrika de Cherien Dabis
District 9 de Neill Blomkamp
Les Chats persans de Bahman Ghobadi
Gran Torino de Clint Eastwood
Les Herbes folles d’Alain Resnais
Inglorious Basterds de Quentin Tarantino
Un Prophète de Jacques Audiard
Vincere de Marco Bellochio
Welcome de Philippe Lioret

Cocorico. Un seul film revient de liste en liste et il est français. Il s'agit des Herbes Folles d'Alain Resnais. Oeuvre qui étrangement est en tête de toutes les listes que nous avons découvertes chez nos confrères, aussi bien sur Internet que dans les journaux. L'octogénaire auteur dHiroshima, mon amour a réussi à surprendre tout le monde alors qu'à chaque fois nous savons par avance que nous allons découvrir de lui un film de qualité supérieure. Ce qui fait la différence chez Resnais tient à cette manière délicate, ludique de toujours utiliser le cinéma comme un jouet ou un laboratoire d'expérimentations folles. Dès ses premiers films, Resnais tentait des paris osés: mêler l'intime et l'histoire, le texte littéraire, l'intimité et le drame universel dans Hiroshima, mon amour, la folle liberté du nouveau roman dans L'année dernière à Marienbad, le film de fantômes et l'introspection métaphysiques dans L'amour à mort, les bulles de la bande dessinée dans I want to go home, les chansons populaires pré enregistrées dans On connait la chanson. Un film de lui en dit long sur son rapport singulier et follement rock'n'roll au cinéma: Mon oncle d'Amérique, cet objet étrange où l'on observe des personnages se déchirer tandis qu'un éminent scientifique tente de tirer des conclusions d'expériences scientifiques sur des rats. Dans le désormais classique Les herbes folles, il épouse la langue heurtée, à rebours de Christian Bailly, s'immisce dans l'intériorité de chacun grâce à un procédé original de voix off apposée sur le texte du roman. Il innove à chaque plan, aidé pour cela par la sublime texture qu'apporte le grand chef opérateur Eric Gautier qui déjà avait fait des merveilles dans le précédent film de Resnais, l'incroyable Coeurs.

Présents dans deux listes: Un prophète, à mon sens, un chef d'oeuvre absolu boudé par une certaine critique qui désirait se faire remarquer en n'adhérant pas au consensus. On peut toujours se méfier effectivement des consensus mais il faut aussi faire très attention au jaillissement d'egos démesurés de plumitifs qui jadis étaient passés à coté de 2001, de tout Pasolini et tant d'autres. Pour mieux se faire voir, ils continuent à nous empêcher de bien voir.

Toujours présents dans plusieurs listes, l'incroyable 24 City de Jia Zhang-Ke, sans aucun doute l'un des plus étonnants cinéastes de la planète. Documentaire sur une région en pleine reconstruction, 24 city émeut à chaque plan et donne à voir, comme tous les films de Ke, l'état actuel d'une Chine partagée entre ses traditions et une modernité qui l'étreint, la fait avancer et reculer à la fois.

Enfin, Les chats persans reste l'un des cris les plus forts portés au cinéma cette année. Oeuvre un peu bancale, mal montée, mal foutue en vérité; elle n'en est pas moins une manière radicale d'user le cinéma pour se faire voir et entendre. Conçu sans autorisation, le film raconte le destin de gamins qui ont décidé de jouer du rock à Téhéran malgré les lois répressives interdisant à la fois cette musique et aux femmes de chanter.
 
LES CHOIX DE FRÉDÉRIC MERCIER

1: Vincere de Marco Bellochio
2: Un Prophète de Jacques Audiard
3: Che de Steven Soderbergh (1 ET 2)
4: 24 City de Jia Zhang-Ke
5: Winnipeg, mon amour de Guy Maddin
6: Les chats Persans de Bahman Ghobadi
7: Fais moi plaisir d'Emmanuel Mouret
8: Tokyo Sonata de Kyoshi Kurozawa
9: Les herbes Folles d'Alain Resnais
10: Morse de Tomas Alfredson

+Star Trek de JJ Abrams
+ Wendy et Lucy de Kelly Reichard
+Canine de Yiorgos Lanthimos

Quelques mots sur mes choix...

L'année a été si riche que je permets de tricher un peu. Et puis, une contrainte aussi absurde que celle de dresser une liste de dix films autorise à ce qu'on la transgresse allègrement. Nassera Metmati qui s'est pliée à la règle m'envoyait à ce propos une autre liste de films. Elle m'assurait qu'elle pouvait à tout moment revenir sur la sienne. Moi-même, j'ai dressé plusieurs tableaux avant d'en garder un. Et d'ailleurs celui que je publie aujourd'hui n'a rien à voir avec celui d'hier et me plaît déjà moins que celui de demain.

Tout cela s'évère donc aussi aberrant qu'impossible puisque 2009 continue de renforcer en moi l'idée que "jamais le cinéma ne s'est mieux porté qu'en ce moment" comme le soulignait avec justesse le désormais vainqueur de l'année: Alain Resnais. Dans le domaine de l'entertainment, du divertissement de masse, du missile culturelle à longue portée américaine, j'ai conservé par devoir et honnêteté Star Trek pour la belle raison que peu de films m'ont donné autant de joie, certes enfantine, que ce manège conçu avec joie par le producteur de la série Lost. La bonne idée est d'avoir fait du vieux Kirk un cow boy de l'espace qui n'a rien à envier en gouaille à Han Solo. Il se fait chaparder sa belle copine par le très métro sexuel Spock alors que la galaxie est à feu et à sang. Une vraie série B ou Z à l'ancienne, avec des coups de pistolets lasers, des pirates de l'espace, des monstres des glaces, et des tas de bourres pifs.

Je mets donc Vincere en haut de ma liste parce qu'au moment où je le revoyais pour une seconde fois, je découvrais mieux l'oeuvre de Visconti et, il m'a semblé, que Bellochio faisait encore plus fort dans le mode opératique que son glorieux et défunt maître. Peu de films, ces dernières bonnes années pourtant, contiennent autant de visions que ce récit des mésaventures de la maîtresse du Duce. Entraîné par une musique que l'on croirait inventé par un musicien futuriste. C'est le film de l'année puisqu'il contient des images qui m'auront marqué à jamais.

Si je le pouvais, je braillerais encore et encore ma fascination pour le diptyque de Soderbergh consacré au Che. Parce que l'un des plus bankables auteurs hollywoodiens de la planète se permet de retenir les leçons de Rossellini pour ne pas faire n'importe quoi avec l'histoire.

Et puis, comme pour Alain Resnais, je suis gré au canadien Guy Maddin de continuer à travailler dans son coin un cinéma qui ne ressemble qu'à lui. Maddin est le plus maniériste des maniéristes, un auteur de muet en noir et blanc d'aujourd'hui. Un voyageur fou qui pénètre sa conscience pour en extirper des images de cinéma par l'intermédiaire d'une mémoire dérangée et pleine.





 
L'ANNÉE 2009

L'année est moins partagée qu'en 2008 entre ceux qui auraient d'un coté suivi l'enseignement de Méliès et de l'autre ceux qui se réclameraient des Lumière. La bataille entre les Pialat et Terry Gilliam (de retour avec un film mal aimable où l'imagerie réaliste l'emporte sur son imaginaire débridé) est moins visible qu'auparavant. Il se passe un curieux mélange de sensibilités, d'approches et d'imageries dont témoignent les multiples oeuvres réalisées avec des caméras domestiques. Ces procédés rendent compte d'un certain brouillage, d'une perte de repères. Comment ne pas nous étonner que deux des plus grands succès de l'année: Avatar et Paranormal Activity soient aussi les films respectivement les plus chers et les moins chers de l'année en terme de production? Il y va d'une recherche que l'on serait tenté d'appeler universelle d'un moyen de percer l'image telle qu'on l'a conçue au XXème siècle. Cameron rêve de nous faire rentrer dans un monde factice et les autres de rendre le quotdien plus palpitant que la planète Pandora. Il y a un désir de sortir des imageries connues, de faire se rencontrer comme de grosses plaques tectoniques les écoles d'hier, les inventions du passé. Il faut trouer la toile ou se mouvoir dedans, redonner au cinéma sa capacité à faire réagir les masses (Les chats Persans; Welcome) pour qu'il s'éloigne de son modèle télévisuel qui parfois le supplante. Combien d'entre nous ont parfois affirmé que telle ou telle série télé valait mieux que tel ou tel film? Cette affirmation ne se fait elle pas la voix d'un regret: celui d'avoir perdu sa capacité d'enfant à rêver dans une salle obscure, à communier avec chacun?

Michel Ciment se plaignait récemment de tous ces petits films français qui comme Mère et fille ou le dernier Christophe Honoré se repliait sur soi, sur ses préoccupations domestiques. Si on doit user de termes à l'ancienne, comme les inventait les critiques politiques et virulents des années 70, on pourrait penser que ce cinéma là est réactionnaire. Il réagit à cette recherche insensée à créer du cinéma, à inventer l'imagerie du XXème siècle.

Entre le réalisme et l'art total, on trouve toujours des cinéastes très sérieux, très emphatiques, très conscients du pouvoir qu'ils détiennent comme le palmé Haneke ou l'auteur grec du étrange mais trop théorique Canine. Ces cinéastes là opèrent dans le registre de la métaphore. Ils travaillent des images pour traduire le monde. Ce sont des misanthropes qui utilisent beaucoup d'inventions, de trucs pour rendre opérantes de vieilles images aujourd'hui lointaines.

Au Japon, pour la première fois, on a vu une vraie révolution avoir lieu. Jusqu'à maintenant, le cinéma japonais faisait mine d'évoluer en exposant des oeuvres originales sur le plan formel tandis qu'au niveau des thèmes, il restait très traditionnel. Dans Tokyo Sonata et Still Walking, on a pu observer le modèle patriarcal exploser en mille morceaux. Constats de crise qui joint le Japon à une imagerie mondiale d'un monde en perte de repères. Le final de Tokyo Sonata compte à mes yeux comme l'épilogue le plus bouleversant depuis très longtemps.

Dans ce rêve commun d'inventer un mode de représentation inédit, Tarantino est un bon VRP du maniérisme néo classique: il veut raviver les mythes d'antan, les marier à un ton moderne, se rire du solennel et crier l'amour au Dieu Cinéma. Proposition alléchante pour chanter la gloire de notre art préféré qui se pose bien des questions en ce moment.

 



LES COMMENTAIRES DES INTERNAUTES :

MAZICA   a écrit le 18 janvier 2010 :
« 1/ Inglourious Basterds... 2/ The Chaser... 3/ Jusqu'en enfer... 4/ Still Walking... 5/ Noces Rebelles... 6/ Un Prophète... 7/ Mary and Max... 8/ In the loop... 9/ Tetro... 10/ Morse »
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