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Sortie de la semaine
LA ROUTE de John Hillcoat
mercredi
2
décembre
2009
par Frédéric Mercier
Adaptation aussi grandiose que convenue du best seller de Cormac McCarthy
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LITTÉRALITÉ AU LIEU DE SÊCHERESSE


À vrai dire personne n'attendait réellement de voir aussi vite La Route transposé à l'écran. Bien sûr, on pouvait se montrer curieux de découvrir le résultat d'une prompte adaptation d'un roman classifié "classique" au moment de sa sortie, avant même de recevoir le Prix Pulitzer. Quant à ceux qui avaient totalement aimé le livre de l'auteur de No country for old men, ils ne voulaient sans doute pas être embarqués dans le brouillage formaté hollywoodien d'une vision romanesque puissante, capable de déplier l'imagination de tout un chacun. En fait, cette transposition scrupuleuse du roman s'avère très exactement ce que l'on pouvait légitimement craindre: voir donc la grande page grise sèche et d'épure du romancier se transformer en chromo codifié à chaque plan.

Un père marche avec son fils sur les routes des Etats Unis après l'Apocalypse. Tentant de survivre sans trop savoir pourquoi, ils errent dans les décombres du monde à la recherche de quelques mets, d'un peu de carburant, tout en se protégeant de la menace éventuelle de hordes de cannibales.

Sur ce scénario digne d'un Mad Max, McCarthy apposait une écriture sans fioritures et rigoureuse. Au contraire, le passage à l'écran s'avère surtout littéral. Le cinéaste prend très au sérieux l'idée de fabriquer un mythe, désir manifeste de la plupart des auteurs américains. Tout ici relève de la plus pure impureté du cinéma: tout fait sens à chaque plan en déployant des références bibliques, mythiques, métaphoriques et allégoriques. Le grand Nick Cave signe sa partition la plus larmoyante, depuis L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford et qui souligne chaque mouvement, chaque effet et baigne l'atmosphère grise et léchée d'une aura triste et funèbre. Production prestigieuse oblige, le cinéaste invente quelques magnifiques tableaux mornes et spectaculaires à la fois: gigantesque ponts brisés sur des eaux recouvertes d'arbustes par milliers, océan voilée par des nuages où sur la sable s'entassent les détritus de notre monde consumériste. Tableaux pompiers et impressionnants, souvent inspirés et qui tiennent lieu de mise en scène totale puisque Hillcoat ne s'intéresse pas vraiment au sentiment de ses deux héros: il fait essentiellement se succéder des scènes sentimentales et poignantes à des scènes d'action pure. Il use d'une voix off pour citer la langue de McCarthy sans lui trouver d'équivalents cinématographiques tel Resnais dans Les herbes folles qui réussissait à convertir en terme d'images la langue saccadée à rebours de Christian Gailly. Le spectacle est donc le maître mot de cette allégorie poignante, déchirante et macabre.
 
UN PRODUIT ARTISANAL SÉRIEUX

La direction d'acteurs est malheureusement le point faible de la haute tenue artistique du film. Le gamin parle comme un ange, ajoutant à chaque réflexion son poids de littéralité, d'innocence affichée. Le beau Vigo pleure à chaque instant tandis que Charlize Theron, au cours de longs flashbacks, donne l'impression de se prendre au sérieux dès qu'elle ouvre la bouche. On a sans cesse à l'idée que les acteurs interprètent leur personnage avec une déférence grotesque, sans aucune spontanéité. On est loin évidemment du coup de grâce des frères Cohen avec No country for old men, film étrange et implacable, au suspens grandissant, porté par un Bardem maléfique et un final en totale rupture avec le reste de l'intrigue. Cette adaptation de La Route est donc un film académique au bon sens du terme,adjectif à user pourtant avec parcimonie comme on l'a souvent signalé sur ce site. Le film est un estomac puissant, ayant su digérer à peu près tout ce qui se faisait en matière de récit et de cadrage ces dernières années. Sans surprises pourtant, il semble calibrer pour susciter une réflexion superficielle et des émotions artificielles.

Entendons nous bien: cette adaptation n'a rien de honteux, elle manque juste d'audace, respectant scrupuleusement le roman sans apporter grand chose de neuf en terme d'imagerie.
C'est une oeuvre à Oscars en somme, sans véritables inventions, sans génie; une transposition classique et digne qui cherche à tirer vite et efficacement des larmes. On sent le respect pour le matériau originel, une certaine complaisance à traiter la matière d'un objet sacralisé, estampillé chef-d'oeuvre par l'Intelligentsia. Il renvoie en fait à toutes les adaptations trop rapides qu'Hollywood a réalisées en plus d'un siècle: tous ces romans d'Hemingway vus par Henry King, ennuyeuses, respectueuses, brillantes et dépourvues d'audaces. Le consensus culturel absolu qui jamais ne suscite de remises en question sur quoi que ce soit et renforce nos meilleures convictions. Bien entendu, on pourra toujours rétorquer qu'il y a eu, par exemple, Les raisins de la colère ou To have and have not. Mais c'est tout le problème: Hillcoat, c'est Henry King. Tandis que les Cohen ont plutôt tendance à être du coté des Ford d'aujourd'hui. Quant à Hawks avec To have and have not, il s'écartait du récit d'Hemingway pour trouver une équivalence de ton, dans la nonchalance. Pour le reste, on pourra s'émouvoir devant ce film sérieux, précis et vaguement inodore, en voyant le petit homme goûter aux joies de la civilisation en absorbant une canette de coca.





Date de sortie cinéma : 2 décembre 2009

Réalisé par John Hillcoat
Avec Viggo Mortensen, Kodi Smit-McPhee, Guy Pearce

Titre original : The Road
Interdit aux moins de 12 ans
Long-métrage américain.
Genre : Science fiction, Drame
Durée : 1h59 min Année de production : 2007
Distributeur : Metropolitan FilmExport

 



LES COMMENTAIRES DES INTERNAUTES :

HEIRKM a écrit le 1er juin 2010 :
« BON ET BIEN MOI JE LE VOIS CE SOIR. ON VERRA »
JULIEN a écrit le 26 avril 2010 :
« Franchement j'ai rien compris au sens du film. Encore une adaptation qui sert à rien. »
MICKAEL a écrit le 12 avril 2010 :
« un film tro bien »
GIGOT MORTENSEN a écrit le 04 décembre 2009 :
« Eh ben, elle est longue et chiante cette route, Pôpa... »
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