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MARDI 2 NOVEMBRE 2010
SORTIE DE LA SEMAINE
LA PRINCESSE DE MONTPENSIER de Bertrand Tavernier
par Frédéric Mercier
Adaptation laborieuse de Madame de la Fayette. Voulant donner tort à Sarkozy, le cinéaste a trop en tête de prouver la modernité des textes, des intrigues, des circonstances historiques pour se lâcher un peu et offrir à sa mise en scène ce qu’il lui manque cruellement : souffle et chair.

Des enjeux qui excèdent le film

Fervent défenseur de La Qualité Française (que certains critiques influents éliminèrent du catalogue du bon goût dans les années 50), Tavernier accumule les grands films populaires hexagonaux en se réclamant des indéniables qualités de ce carcan qui continue d’avoir mauvaise presse. La Nouvelle Vague n’a pas toujours eu raison, loin s'en faut, et Tavernier doit savoir que ces attaques portées par des jeunes turcs offensifs servaient jadis les intérêts de ces mêmes jeunes provocateurs talentueux. La Princesse de Montpensier est donc un film à double enjeux extra cinématographiques : redorer un certain pan du cinéma français tout en s’engageant contre le pouvoir en place et la politique culturelle de Sarkozy.

C’est beaucoup pour un film. Surtout quand celui-ci se borne à un seul point de vue : rapprocher le XVIème siècle passé et le présent. Tavernier a la main lourde en permanence et surligne chacune de ses intentions. Immense cinéphile, il pêche en commentant chacune des scènes qu’il filme. Durant plus de deux heures, on le sent derrière nous en train de gloser et de nous dire ce qu’il faut penser et comprendre grâce à une mise en scène pseudo transparente et d’inutiles travelings immenses censés embraser l’immensité d’un siècle recomposé. Une fois de plus, il fait appel à Jean Cosmos qui compose parfois de très belles répliques, parfois de lourdes tirades faussement littéraires, très pompeuses. Mais surtout, des dialogues ultra explicatifs. Les personnages nous disent à la fois exactement ce qu’ils pensent et exactement ce qu’il faut penser. C’est d’ailleurs parfois assez agréable pour le spectateur d’être ainsi mené en bateau par l’intrigue tout en ayant l’impression de posséder de grandes idées généreuses et humanistes.

Retour en arrière

Passons sur la mise en scène qui n’a pas évolué depuis que Joseph Plateau a découvert le phénomène de la persistance rétinienne, ces tableaux moins vivants que des ex voto, passons et venons en aux personnages. Mélanie Thierry, certes charmante et rieuse, hésite entre Grégoire Le Prince Ringuet et Gaspard Ulliel. Comment ce dernier pourrait il suggérer fougue, mort, suicide, passion et surtout chair ? Le jeune comédien ne suscite aucune forme de transgression. Sa diction, sa direction sont coincées, figées, écrasées par le texte. Aucun feu ne brûle ici. Ces jeunes gens semblent n’éprouver aucun désir l’un pour l’autre. La Princesse de Montpensier manque elle même d’ardeur alors qu’elle croit pêcher en permanence. Du coup, elle apparaît assez antipathique, peu moderne, quelque peu godiche et un rien sainte nitouche. La pauvre héroïne avait-elle été condamnée à l’avance par le cinéaste ? On ne le saura pas et ce n’est pas l’ultime regard caméra, ultime cliché cinéma, ultime pose ringarde, ultime honte, qui nous permettra de répondre à cette question.

PS: Nous avons écrit de longs articles sur Cinema-take à propos de Bertrand Tavernier. Nous admirons le critique, le cinéphile, le président de l'Institut Lumière et le cinéaste d'Autour de Minuit, L 627. Mais quand nous voyons l'affiche de ce film orné du slogan "PASSION" qui aurait écrit de la main même d'un critique du Parisien, nous nous demandons vraiment si les agents ne payent pas leurs propres critiques dans les grands quotidiens. Parce que s'il y a bien une chose dont cette Princesse est privée, et nous avec, c'est de passion!

Réalisation : Bertrand Tavernier
Scénario : Jean Cosmos, François-Olivier Rousseau, Bertrand Tavernier d'après la nouvelle éponyme de Madame de La Fayette
Durée : 139 min
Distribution [modifier]

Mélanie Thierry
Gaspard Ulliel
Grégoire Leprince-Ringuet
Raphaël Personnaz
Lambert Wilson
Michel Vuillermoz
Joséphine de La Baume
Jean-Charles Malclès
Julien Guiller
Mathieu Lourdel



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