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Événement portrait
JIM CARREY À LA CINÉMATHÈQUE
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mardi
2
février
2010
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par Frédéric Mercier
Depuis lundi, à l’occasion de la sortie de son nouveau film, la Cinémathèque française rend hommage au plus frappadingue des burlesques américains. Un honneur fait à un comique déjanté qui s’est aussi révélé un surprenant acteur dramatique. En fait, comme ses personnages mais aussi sa carrière, Jim Carrey est absolument insaisissable.
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UN BURLESQUE DÉBRIDÉ |
Il n’y a pas qu’en politique que parfois la France et les Etats-Unis n’arrivent pas à se mettre immédiatement d’accord. Dans le petit monde de la cinéphilie aussi, quelques controverses ont la vie dure. Prenez Jerry Lewis par exemple, le roi de la grimace. Chez nos voisins d’Outre Atlantique, on le considère comme un gentil pitre, tandis qu’en France on lui trouve du génie. Il y a donc des chances que la consécration faite à Jim Carrey par la Cinémathèque française suscite l’incompréhension. Car, comme son mentor, Carrey est d’abord célèbre pour l’hallucinante élasticité de son visage qui en fait l’attraction de comédies potaches et régressives tels Dumb et Dumber et Ace Ventura, un détective animalier dont il endossa les habits à deux reprises.
Aussi étrange que cela puisse paraître, le comédien d’origine franco-canadienne se décrit comme un enfant sage aimant dessiner. Vers l’âge de seize ans, son père, musicien de jazz, lui met le pied à l’étrier en l’engageant à mettre à profit son don de grimacier dans des cabarets de Toronto. Mais le succès n’est pas au rendez-vous et il se décide à partir à Los Angeles avec mille dollars en poche. Après quelques apparitions discrètes, notamment dans Peggy Sue s’est mariée de Coppola, il débute vraiment sa carrière en 1989 dans Objectif Terrienne, au coté de Damon Wayans, l’un des auteurs de la prolifique franchise des Scary Movie, qui l’engagera par la suite dans sa série culte In living color. Mais le comédien n’obtient une consécration internationale que quatre ans plus tard dans The Mask, une comédie endiablée où il excelle à plagier les personnages délirants de Tex Avery.
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REFLET DE LA FRÉNÉSIE MODERNE |
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Véritable toupie électrique, Carrey semble sortir d’un cartoon. Sur son étonnant site internet, il évolue dans une bande dessinée fantaisiste. Un univers proche des rêveries enfantines qu’il aime habiter comme dans Les désastreuses aventures des orphelins Beaudelaire, mais surtout The Grinch de Ron Howard et le récent Le drôle Noël de Scrooge de Robert Zemeckis, deux contes de Noel très populaires aux USA. Dans chacune de ces fables, Carrey glisse dans la peau de personnages inquiétants. Avec lui, on ne sait jamais sur quel pied danser : il peut se montrer séduisant ou malveillant, débile ou malin. Il a en fait tout du Disjoncté, titre d’un film trop méconnu de Ben Stiller où il se transforme en une télé vivante et mime sur son visage l’hystérie de la petite lucarne. Une performance épuisante qui lui valut d’être considéré comme l’acteur burlesque capable de révéler la monstruosité et la frénésie de notre société médiatique et infantile.
Il est vrai que ses délires survoltés sont aussi drôles qu’effrayants. Dans Fou d’Irène des Frères Farelly, à force d’encaisser les coups sans réagir, son gentil personnage se dédouble et devient un sale type. A la fin de ce grand succès où il partageait la vedette avec Renée Zellweger, qui fut à l’époque sa compagne, les deux faces antagonistes de son personnage schizophrène s’affrontent pour les doux yeux de la star de Bridget Jones. Il faut avoir vu l’acteur se frapper lui-même, se contorsionner au sol dans toutes les positions pour saisir son génie comique halluciné.
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LA FACE APAISÉE |
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Il aurait pu en rester là mais il refuse à plusieurs reprises de tourner les suites de certains de ses immenses succès comme Bruce, tout puissant ou Dumb et Dumber. Comme la plupart des grands clowns américains, tel Woody Allen, il veut prouver qu’il est avant tout un comédien capable de briller dans tous les registres. Ainsi, en 2000, quand il reçoit un Prix d’interprétation décerné à un rôle comique dans Man on the moon de Milos Forman, il s’étonne que l’on qualifie de drôle cette satyre impitoyable de la société du spectacle.
Dans The Truman Show de Peter Weir, il se montre tendre et ingénieux dans le rôle d’un candide dont la vie s’avère être un feuilleton télé. Dans The Majestic de Franck Darabont, hommage nostalgique à l’Âge d’Or hollywoodien, il est parfait en amnésique cinéphile. Mais c’est dans Eternal Sunshine of the spotless mind de Michel Gondry qu’il a littéralement bluffé le monde. Plutôt sobre, malgré une scène où il redevient un bébé, il est bouleversant au coté de la titanesque Kate Winslet.
En fait, de ses premières émissions comiques au début des années 80 à son prochain film qui sort le 10 février, I love you Philipp Morris, Carrey échappe à l’analyse. Qui pourrait s’étonner que Courtney Love lui avoue à la fin de Man On the moon, « Il n’y pas de vrai toi», une phrase adressée personnellement à l’acteur qui a avoué s’être confessé dans ce film où il incarne Andy Kaufman, un comique américain que personne n’a jamais pris au sérieux.
Lien avec la cinémathèque française, conseultez les horaires des projections: http://www.cinematheque.fr/fr/projections/hommages-retrospectives/fiche-cycle/jim-carrey,231.html
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