A regarder les thèmes, à y admirer la puissance de la mise en scène, on jurerait que Park Chan Wook est de retour alors qu'il s'agit là du nouveau film du réalisateur de Bitter Sweetlife et Deux Soeurs. Comme on le voit depuis quelques années, le polar coréen jongle avec deux déterminants: la cruauté glaciale dans un environnement glauque et nocturne pour la plastique et le polar qui semble s'essouffler puis reprend son souffle en mêlant, in fine, flics et assassins dans une même boue morale. J'Ai Rencontré Le Diable ne fait pas exception à la règle. L'assassin diabolique est plus terrible que tous ses prédécesseurs, plus sanglant, froid et dénué de scrupules. Son assaillant vengeur plus monstrueux encore que lui et leur duel se transforme vite en règlement de compte stérile, puéril, sadique et bien entendu sanglant dans le Grand Guignol.
Le cinéaste, cherchant à renouveler le genre, choisit essentiellement de miser sur la surenchère de la cruauté jusqu'à son point paroxystique. Ce sera aux choix des amateurs: le découpage du talon d'Achille, l'éclatement du crâne au marteau, le repas de chair humaine. Entre trois membres éviscérés, on pourra admirer un agent vomir, un doigt chercher un micro dans sa merde et quelques coulées de bave à révulser un Voerheven. Pas de psychologie finalement ici, malgré quelques dialogues poussifs qui tentent de donner une justification éthique aux agissements barbares de ses deux héros débiles et aux choix de mise en scène systématiques de son réalisateur. Ainsi Jee-woon Kim choisit toujours de faire réagir au coup par le coup, à la douleur par la douleur. Il faudrait peut être un jour s'interroger sur ce qui interrogent tant les coréens sur la vengeance, le sang et la douleur. Et pourquoi, ils usent à ce point du cinéma pour se soulager de sacrées envies de faire du mal à ceux qu'ils n'aiment pas. Saint Sulpicien en diable, J'ai rencontre Le Diable pourrait donc bien être le quatrième volet de la trilogie de la Vengeance de Park Chan Wook mais sans la beauté burlesque qui, en fin de compte, fait tout le sel du réalisateur d'Old Boy.
Que les amateurs soient au passage prévenus: The Murderer, nouveau polar coréen, sort dans quinze jours et il n'y a pas moins de deux cents types qui se font charcuter avec un marteau et une hache.
Frédéric Mercier