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Sur la personne de Mandela, on reconnaîtra plusieurs indices de la présence thématique du cinéaste: un homme solitaire qui ne parle pas de sa vie privée, a perdu une partie de sa famille, il s'est séparé de sa femme en 1992 à cause sans doute de divergences politiques. Il transmet au jeune capitaine de l'équipe son idéal en guise d'héritage. Mandela se bat pour l'unité nationale. Comme le rappelle un garde du corps du président sud africain, Mandela n'est pas un Dieu, c'est un homme comme les autres, avec ses failles et ses défauts. Autant de pistes qui montrent combien Eastwood cherche à apposer sa caméra sur l'action de Mandela. Seulement la prétendue pudeur du cinéaste à toujours rester en dehors du cadre intime n'opère pas dès lors que Mandela est réduit à quelques tics et à quelques phrases christiques. Quand Eastwood veut lui donner de l'humanité, il fabrique stéréotypes sur stéréotypes: Mandela drague vaguement, fait preuve d'un humour banal. Certes, il a peut être l'apparence d'un héros eastwoodien, mais le contraste avec le symbole n'opère pas du tout et prête plutôt à sourire. Le personnage devient une vague figure sans aucun relief, cantonnée entre clichés et preuves de son authentique sagesse. Eastwood donne ainsi l'impression désagréable de se prendre lui-même pour un vieux sage qui se raconterait au travers du fameux Prix Nobel de la Paix. Comme si le cinéaste cherchait à nous dire qu'il est un homme et pas seulement un réalisateur génial.
Malheureusement pour lui, la fin de son film est si lourde, si bête en vérité, qu'elle donne plutôt la sensation que le vieux sage américain méprise un tantinet son public, comme il prenait jadis de haut certains de ses personnages d'origine modeste. Ainsi il ne lésine pas sur la pub où les rugbymen apprennent aux enfants des townships à manier le ballon ovale et autres séquences putassières mal servies par l'affreuse soupe musicale de son fils, Kyle Eastwood. Enfin, c'est l'apothéose: durant un quart d'heure de match, mal filmé, sans amour aucun pour le rugby, au ralenti, en amplifiant les sons, il exalte la victoire sans une once d'idées de mise en scène. Il lui suffit pour cela de raccorder sur quelques lieux d'Afrique du Sud où les spectateurs de toute classe sociale assistent médusés à la retransmission. On se croirait vraiment dans The Truman Show de Peter Weir, et tout autre film archi-codé où le monde s'accroche à son héros symbolique pour gagner son droit à la liberté.
Si le fait du film était joué d'avance, Eastwood perd à force d'impatience et de paresse. A certains endroits, on le retrouve, le reconnaît, comme lors d'épisodes amusants avec les gardes du corps blancs et noirs forcés de travailler ensemble. Quand le film s'extrait du pensum sérieux, moralisant, politique; bref quand Eastwood cesse un instant de jouer les vieux sages, on trouve à Invictus de vrais qualités dans sa légèreté. Quant à Matt Damon dans le rôle du capitaine des joueurs sud africains, il n'existe pas, réduit à peu d'apparitions dont une particulièrement émouvante lorsqu'il visite la cellule qu'occupa Mandela.
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