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Sortie de la semaine
INGLORIOUS BASTERDS de Quentin Tarantino
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mercredi
19
août
2009
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par Frédéric Mercier
Le cinéma est tout pour Tarantino. Ainsi, comment procurer encore des sensations grisantes de cinéma quand celui-ci perd peu à peu de sa fascination? Défenseur du 7ème art depuis ses débuts, le réalisateur de Boulevard de la mort trouve une nouvelle alternative en s'attaquant cette fois au film de guerre et en insistant dès la première scène sur l'aspect purement cinématographique et cinégique de sa démarche. Dans Inglorious Basterds, cinq chapitres, et autant de longues scènes logorrhéiques et polyglottes, convergent vers un final belliqueux, en forme de catharsis jubilatoire et sadique. Brillant mais inégal.
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WESTERN ET FILM DE GUERRE |
Une jeune fille juive fuit la ferme normande où sa famille a été décimée par un officier nazi surnommé le chasseur de juifs. Au même moment, un commando de six juifs américains sèment la terreur parmi les SS en scalpant leurs victimes ou en découpant sur leur front une croix gammée. Tous ces personnages seront présents quelques années plus tard dans un cinéma parisien pour la première d'un film commandité par Goebbels.
Après l'euphorie ludique de Boulevard de la mort, et ses hommages aux films de "casse" des années 70, Tarantino s'attaque cette fois au film de guerre sans toujours retrouver l'énergie débordante de son film précédent. Ses Inglorious Basterds sont des sadiques à peine plus évolués que les Douze Salopards immortalisés par Robert Aldrich. Si le film s'ouvre comme un western de Sergio Leone, s'il singe dès l'ouverture à la fois Le bon, la brute et le truand et La rivière sans retour de Preminger, il bâtit par la suite un huis clos particulièrement stressant mené par le bavardage incessant et obséquieux de l'officier Hans Landa campé par le truculent et polyglotte Christoph Waltz, justement récompensé cette année à Cannes. Landa est une sorte d'aspic et non de faucon, comme il le croit, qui cerne sa proie et la torture à force de questions pour mieux la dévorer. Superbe scène inaugurale, découpée avec justesse et sens, qui annonce un procédé que Tarantino va répéter jusqu'au vertige tout au long de ses cinq chapitres et jusqu'à son (déjà) fameux final dans une salle de cinéma parisienne.
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JEUX DE DUPES ET SOUPÇONS |
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Les dialogues triviaux de Tarantino sont donc au rendez vous et ils abondent tellement que, par moment, on se demande à quel point le cinéaste scénariste s'écoute ou se regarde écrire sans trop songer à son spectateur. Le dispositif inaugural de la première scène est à chaque fois répété: on parle de tout et de rien, on rit pour désamorcer ou consolider la violence rentrée, on use de politesse jusqu'à faire craquer l'édifice et les faux semblants. En fait, à l'image de ces longues conversations, et de ces jeux de dupes, Inglorious Basterds est une bombe à retardements ostentatoire où, en permanence, le climax et celui de chaque scène est remis à plus tard jusqu'à ce que la violence éclate. On peut se demander à quel point Tarantino s'amuse avec ses spectateurs habitués à son proverbial déferlement de sang et, à quel point, il joue au sadique avec les spectateurs pour mieux les faire jubiler quand l'hémoglobine finit par jaillir à coup de fusils mitrailleurs et couteaux.
On pourra toujours gloser sur le thème de la vengeance ici décuplé à l'infini. La jeune héroïne (Mélanie Laurent, encore un peu trop adolescente) use de sa violence intime pour donner du sens à sa propre vengeance. Elle n'est plus seulement là, par l'intermédiaire du cinéma, pour venger les siens mais pour venger le peuple juif au complet. Si on peut s'amuser du final, de ce que Tarantino jongle avec l'histoire pour le plus pur plaisir cinégique, il donne parfois l'impression de ne pas être aussi sincère que sa jeune héroïne. Comme s'il multipliait les indices, les références, les thèmes, les jeux, les dialogues brillants pour donner de la densité humaine à un scénario programmatique de bande dessinée. S'il s'amuse effectivement, et nous avec, de l'accent de ses marines (Brad Pitt est très drôle), le film, malgré ses clins d'oeil, ne survole jamais au-delà de son aspect théorique. Chez Tarantino, c'est le cinéma qui est censé faire jubiler. L'émotion doit naître de la satisfaction, de l'étonnement que peut encore avoir le cinéma à créer des sensations inédites dans un monde saturé d'images. Malheureusement inégal, le film ne procure que sporadiquement ce sentiment.
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CINÉASTE DU TOUT IMAGE |
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Il reste malgré tout un cinéaste éminemment moderne, capable de faire se rencontrer l'histoire et David Bowie, symbole d'un monde désormais emprunt de références, de culture pop, d'imageries. Il est l'un des seuls aujourd'hui à donner à penser un cinéma post maniériste, à l'heure du tout à l'image, de l'indifférence face à la violence la plus sourde, de l'aspect ludique de l'information. Tarantino est le faiseur des images fortes au moment où elles terminent de perdre leur pouvoir de fascination. C'est pourquoi, Inglorious Basterds reste un bel objet de notre temps dont on retiendra quelques scènes tendues comme du Hitchcock et quelques saillies verbales dignes de Mankiewicz.
Date de sortie : 19 Août 2009 Réalisé par Quentin Tarantino Avec Brad Pitt, Mélanie Laurent, Christoph Waltz Film américain, allemand. Genre : Guerre Durée : 2h 33min. Année de production : 2008 Interdit aux moins de 12 ans Distribué par Universal Pictures International France
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