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Sortie de la semaine
IN THE AIR de Jason Reitman
mercredi
27
janvier
2010
par Frédéric Mercier
Dans la veine de Thank you smoking, Jason Reitman poursuit sa critique acerbe et douce à la fois de la société américaine au travers d'un personnage d'individualiste patenté campé par Georges Clooney. Malheureusement le film s'essouffle dans sa deuxième partie quand il se transforme en une comédie romantique consensuelle.




DU STYLE ET DU PANACHE
Affirmons le d'emblée: Jason Reitman a du style. Le fils du négligeable Ivan Reitman, réalisateur de grosses comédies censées être kools des années 80 tels que Jumeaux et Ghostbusters n'a pas son pareil pour épingler les travers de la société américaine, affronter les sujets sensibles, avec une certaine douceur, un vrai détachement qui s'apparentent à une forme d'élégance. En quelques traits savoureux, grâce à un montage inédit et une capacité réelle à marquer son empathie pour chaque personnage, du plus secondaire aux héros de ses films, Reitman dresse des portraits attachants et comiques. Dans son précédent succès Juno, il réussissait à tirer son épingle du jeu d'un sujet très casse-gueule (une mère-enfant) en suivant pas à pas les doutes et les hésitations de son héroïne, en transformant en scènes douces amères, souvent fortes drôles, les situations les plus dramatiques qui contiennent généralement de lourdes morales. Rendons lui donc grâce et aussi à Georges Clonney pour rendre sympathiques ce personnage de quadragénaire individualiste qui passe ses journées dans les airs pour aller licencier des anonymes dans toutes les sociétés du vaste pays étasunien.

Figure étrange et aberrante que cet homme charmant, décontracté, sans attaches familiales ou amoureuses, qui préfère fuir sans cesse ses responsabilités en cumulant les miles et en dormant chaque nuit dans des Hilton de passage. Ainsi, toute l'exposition du film marche plutôt bien tant Reitman use de mille ficelles pour nous faire regarder l'aberration de cette vie, nous coller aux basques d'un individu peu fréquentable sur le papier. Clooney déploie tout son talent de Cary Grant du XXIème siècle pour nous rapprocher de lui gra^ce à ses sourires, sa décontraction naturelle. On découvre donc au fur et à mesure que cet homme qui a une peur maladive des responsabilités que lui imposent toute relation à autrui, comprend et assiste toutes ces personnes qu'il doit virer sans motifs. Reitman pêche parfois en accumulant les réactions outrées, calmes, ou larmoyantes des malheureux salariés licenciés sans autre forme de procès. Il dénonce aussi la déshumanisation des méthodes employées par des sociétés rongées par la crise financière et qui, pour réaliser des économies, pensent sérieusement à foutre à la porte les gens sans dorénavant avoir à les rencontrer mais simplement en usant d'ordinateurs. Défendant son job, Clooney embarque avec lui une jeune arriviste qui apprendra à ses cotés la difficulté de leur tâche. Le dispositif d'accumulations de portraits d'anonymes renvoyés arrive à son terme quand la petite diplômée sans expérience comprend la cruauté de son boulot en voyant un vieux cadre pleurer tout seul dans son bureau. C'est la limite de ce type de cinéma social américain, censé être virulent alors qu'il est insignifiant, puisque c'est le spectacle (le spectacle des larmes) qui doit faire sens et éclairer une conscience totalement inexpérimentée à la vie.

 
COMÉDIE ROMANTIQUE MOLLE

Mais malheureusement Reitman veut trop en faire et fait glisser le sens social de cette modernité sur le terrain de l'intime. Et, incapable de regarder les êtres autrement qu'au travers de jolies vignettes, il bâtit dans la deuxième partie de son film une comédie romantique et existentielle longue et insignifiante. Comprenant la vacuité de son existence sans attaches, le héros désire finalement construire une vie rangée, à l'ombre des aéroports, avec une femme de sa trempe rencontrée dans un hôtel de passage. Le film vire ainsi au consensus mou, semant le parcours intérieur de Clooney d'épreuves révélatrices comme un mariage où les personnages doivent tout dire, tout révéler d'eux mêmes, pleurer beaucoup et rendre enfin opérante une morale familiale bien terne. C'est dommage parce que Reitman montrait de lui-même par sa capacité à croquer les situations une empathie réelle et jamais hautaine. Impression qui se désagrège malheureusement à mesure qu'il tombe dans le panneau qu'il était censé dénoncer.

 
BANDE-ANNONCE ET FICHE TECHNIQUE



Date de sortie cinéma : 27 janvier 2010

Réalisé par Jason Reitman
Avec George Clooney, Anna Kendrick, Jason Bateman

Titre original : Up in the Air
Long-métrage américain.
Genre : Comédie
Durée : 1h50 min
Année de production : 2009
Distributeur : Paramount Pictures France

 



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