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MARDI 15 SEPTEMBRE 2009
ÉVÉNEMENT DVD DE LA SEMAINE
HARVEY MILK de Gus Van Sant
par Frédéric Mercier
Loin des expérimentations arides de sa tétralogie, Gus Van Sant ose avec Harvey Milk, le biopic hollywoodien traditionnel. Avec ce film politisé, GVS se sert d'une des figures martyres de la cause homosexuelle pour dénoncer certains abus contemporains faits encore aujourd'hui à la communauté gay.

Classique par sa manière de reprendre par la chonologie les codes du biopic , Harvey Milk trouve aussi son souffle par quelques audaces de mise en scène et une belle interprétation de Sean Penn.

Le film réussit à trouver sa place dans le parcours d'un cinéaste qui alterne, tous les quatre films, oeuvres de studios et productions indépendantes. Après avoir manifesté son désir de fabriquer des oeuvres pures, Gus Van Sant revient dans le monde en faisant tonner ses engagements politiques grâce à la figure d'un leader politique pour lequel il semble éprouver admiration et sympathie.
DANS CE DOSSIER

Un film politisé

Le film retrace le parcours politique de Harvey Milk, premier élu homosexuel américain, jusqu'à son assassinat.

La première surprise de cette hagiographie est de relater les faits exclusivement politiques de Harvey Milk. Au lieu de narrer comme dans les autres biopics l'enfance de son héros, Gus Van Sant et son scénariste Dustin Lance Black commencent le récit au moment où Milk s'apprête à fêter ses quarante ans. C'est le premier héros vraiment mature du cinéaste de Gerry,bien que Milk soit animé d'une fougue juvénile qui lui permet de gravir assez vite les échelons du pouvoir pour faire entendre sa cause. Milk, en effet, arrive à quarante ans à San Francisco et, avec son amant, il investit le quartier dit de Castro de San Francisco. Hippie en débarquant sur la côte ouest, Milk va vite comprendre l'influence des médias sur la politique et se débarrasser de ses cheveux longs et de sa barbe pour adopter un uniforme plus conventionnel.

Harvey Milk montre assez bien de quelle manière se pratique la politique aux Etats Unis. Le film raconte comment un vieil enfant va se hisser à de hautes prétentions hiérarchiques en jouant le jeu des médias, en faisant des compromis dans la sphère privée des bureaux et des couloirs d'assemblée, en pratiquant le lobbying. Pour raconter ce parcours obligé, Gus Van Sant se permet quelques coquetteries de mise en scène qui donnent un second souffle au scénario ouvertement politique et classique de Dustin Lance Black. En insérant des petites fenêtres colorisées dans lesquelles apparaissent des intervenants au téléphone, il montre la rapidité et l'efficacité des lobbies. C'est aussi une manière pour le cinéaste d'insérer de la couleur et de la fantaisie dans un film qui, malgré son caractère classique, s'avère assez discursif.

Détournement des images

Le cinéaste opte pour des teintes ordinaires qui à la fois confèrent au film un grain d'époque mais aussi lui permettent de mêler la romance de Milk à des images d'archives. Sur ce travail de jointures, Gus Van Sant radicalise le procédé jusqu'à l'abstraction mais toujours dans un cadre ouvertement politisé. Il reconstitue des images existantes, il use de scènes d'actualité sans différencier les unes des autres. Elles se mélangent sans qu'il soit aisément décelable de séparer la réalité de sa reconstitution. Il réinvente, par exemple, quelques discours tenues par Anita Bryant, opposante farouche d'extrême droite à Harvey Milk. Ces saynètes sont insérées de manière en apparence chaotique pour amuser et faire sourire tant les arguments de l'ex chanteuse paraissent aujourd'hui absurdes. Ce détournement se fonde sur la pratique même de l'activisme gay qui souvent détourne la propagande homophobe. Anita Bryant, de par sa situation familiale revendiquée, ses prises de position, évoque bien entendu irrésistiblement Sarah Palin lors des dernières élections présidentielles américaines.

Gus Van Sant démonte ainsi les discours récents de politiciens qui pourraient sembler aujourd'hui moins réactionnaires, plus policés, que ceux prononcés dans les années 70. Son film s'inscrit de fait dans la bataille pour revendiquer les droits des homosexuels, combat auquel le cinéaste participe activement depuis 1991 et, plus récemment, à propos de la Proposition 8 qui a tant fait jaser Hollywood lors des dernières élections présidentielles. Cette mesure discriminatoire trouve dans le film son double au travers de la Proposition 6 contre laquelle s'est farouchement opposé Milk et qui préconisait de refuser la pratique de l'enseignement aux homosexuels.

Du double et du théâtre

Si le film reprend presque la chronologie des événements relatés déjà dans le documentaire qu'avait consacré Robert Epstein en 1983 à Milk (The times of Henry Milk), Gus Van Sant réussit à se hausser au dessus du niveau de l'hagiographie traditionnelle par la multiplication de thèmes et la caractérisation de personnages complexes.

Le double de Milk, thème récurrent au cinéma de GVS, est campé par l'acteur Josh Brolin dans le rôle de Dan White. Josh Brolin avait incarné il y a peu Georges W Bush dans le film qu'avait consacré Oliver Stone au dernier président des Etats-Unis. Stone avait lui-même pensé réaliser Milk avant Gus Van Sant. Si White est bien le double de Milk, cela tient moins à sa prétendue homosexualité (suggérée dans le film sans trop d'explications) qu'à sa manière de vouloir le pouvoir et d'user de tous les moyens pour parvenir à ses fins. Moins naïf à mesure que la pellicule se déroule, Milk joue le jeu politique avec de plus en plus de cynisme. Il lâche White quand il n'a plus besoin de lui alors qu'il avait accepté de le soutenir à propos d'une sinistre loi. Il sera indirectement responsable du futur suicide de White. La plupart de ses amants se suicideront les uns après les autres. Bête de scène politique, Milk semble ingérable dans le privé.

Sean Penn trouve un rôle en or tant Milk considère la politique à la fois comme une mission et comme un spectacle. Exactement comme l'acteur oscarisé pour ce rôle qui s'investit totalement dans son personnage sympathique, ambigu et sexué. Milk élabore toute une mise en scène pour débouler triomphalement lors d'une manifestation. Son amant se pend après lui avoir écrit qu'il s'agissait là de son dernier acte. Milk meurt en se détournant de son assassin pour regarder devant lui l'Opéra où la veille il avait assisté à une représentation de La Tosca.

Cette intuition d'un lien entre politique et théâtre est un classique de la pensée américaine qui veut que les leaders soient aussi de grands acteurs. Milk avait conscience de son engagement et du symbole qu'il représentait. Le film est narré en flash-backs à partir d'un enregistrement que Milk avait effectué pour la postérité. Il pensait réellement se faire assassiner. Tout le film montre le poids de la menace constante qui pèse sur les épaules du politicien. Il vient prononcer un discours triomphal alors qu'on vient de lui annoncer qu'il allait sans doute recevoir une balle. Mais surtout, il placarde sur la porte de son frigo la première lettre de menaces qu'il reçoit après être entré en politique. Il la colle devant ses yeux pour toujours pouvoir la regarder. C'est la clé du film: la croyance du cinéaste qui préfère regarder et montrer le danger pour ne plus en avoir peur et pouvoir ainsi l'affronter. De manière ouvertement politisée, Gus Van Sant signe ici sa profession de foi avec la douceur et l'empathie qui caractérisent son cinéma.

Date de sortie : 04 Mars 2009
Réalisé par Gus Van Sant
Avec Sean Penn, Josh Brolin, Emile Hirsch
Film américain.
Genre : Biopic, Drame
Durée : 2h 7min.
Année de production : 2008
Titre original : Milk
Distribué par SND

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