L'analyse brillante que Thomas Demoulin nous propose du dernier film de Brunot Dumont nous permet un instant de poser nos yeux sur Un Poison Violent, l'excellent premier essai de Katell Quillévéré. Situé dans une tradition naturaliste française qui comprendrait Renoir (pour la pudeur), Pialat (pour le choix d'une jeune comédienne qui n'est pas sans évoquer la Sandrine Bonnaire d'A Nos Amours) et surtout André Téchiné (pour le lyrisme et le choix des lumières naturelles), Un Poison Violent se fait la chronique des premiers émois pubertaires d'une jeune fille à l'heure de passer sa confirmation.
Sans jamais avoir l'air de disserter sur son sujet, la cinéaste privilégie et accumule les simples instants de vie pour rendre les tourments de son héroïne toujours plus intenses. C'est le sens du détail qui fait mouche ici tant ce premier long métrage semble habité des souvenirs d'adolescence de la cinéaste. La table de nuit d'un grand père où s'empilent des boîtes de médicaments, les premières lueurs du matin quand la vie vous sourit et qu'on entend des vieux 33 tours grésiller sur l'antique platine, Quillévéré prend le temps d'inscrire dans la durée chaque instant avec l'intensité et le sérieux d'une conscience enfantine.
La jeune fille s'interroge à mesure que sa communion approche sur son corps, son désir naissant pour son voisin, les érections intempestives de son grand père quand elle le lave. La justesse du regard, l'accumulation de longues scènes permettent à ce premier film d'échapper sans cesse au dilemme et à la démonstration. Rien de mystique chez elle mais sans cesse la volonté de retrouver le sérieux d'un âge révolu et d'un temps à jamais perdu.
Il s'agit là assurément du meilleurs film que l'on peut voir cet été sur les écrans où chacun retrouvera une partie de lui-même disséminée dans cette grande maison bretonne où tout semble vrai, juste et merveilleux. Le film , au coté d'Hadewijch de Dumont et de Thérèse d'Alain Cavalier, interroge avec pudeur les relations d'une jeune fille à la chose religieuse au travers de son corps et de son désir éperdu d'amour.