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SI ONCLE BOONMEE GAGNAIT LA PALME D’OR
SAMEDI 22 MAI 2010
Si ONCLE BOONMEE WHO CAN RECALL HIS PAST LIVES d’Apichatpong Weerasethakul obtient la Palme d’Or, on risque de s’amuser. Imaginez les terrasses des cafés lundi quand on voudra en parler, quand votre interlocuteur vous demandera : « Eh, dis, tu l’as vu Si Oncle Machin who trucmuche de Apiblabla Weera ché pas quoi ! Prenez un instant à rêver des manchettes des quotidiens, des problèmes que vont devoir se poser les imprimeurs pour calibrer la bonne police et insérer assez de caractères sur la page. Projetez vous dix ans en avant quand on vous demandera quelle est votre Palme préférée et que vous répondrez, non sans quelque fierté, en articulant bien pour montrer que vous connaissez parfaitement votre affaire : ONCLE BOONMEE WHO CAN RECALL HIS PAST LIVES d’Apichatpong Weerasethakul.

Si on perd du temps à évoquer ce monde possible, ce n’est pas juste pour rire du long titre anglais d’une œuvre réalisée par un cinéaste au nom impossible. Ce film est tout simplement l’un des candidats sérieux pour la Palme d’Or. Il a pour lui de pouvoir plaire à Tim Burton : fantaisiste et poétique, c’est une machine à remonter le temps et à pénétrer les âmes, une exploration douce et mystérieuse dans les différentes réincarnations de l’oncle Boonmee. Au terme de sa vie, l’oncle Boonme voit d’ailleurs débarquer chez lui les fantômes de sa femme et de son fils disparu. Visites qu'il n'aime pas beaucoup car, en voyant revenir ceux qu'il a jadis aimés et qui sont déjà partis, Oncle Boonmee comprend qu'il va lui-même bientôt mourir. Son fils lui apparaît sous la forme d’un étrange singe aux yeux rouges. Méditant sur les raisons de sa maladie, Boonmee ira même jusqu’à voyager aux lieux de naissance de ses différentes vies antérieures.

Peuplé de monstres, de fantômes, d'esprits doux, remontant la Thaïllande jusqu'à son passé historique, évoquant la révolte militaire dite des "chemises rouges"; sibyllin, à la fois naïf, souvent étrange, mystérieux, incompréhensible, le film est une vraie expérience. Un vrai objet de cinéma sans poses, pas chichiteux pour un sou. Il mêle hommage à un certain cinéma fantastique thaï des années 50, travail d’expérimentations et scènes classiques ultra cadrées.

Le cinéaste n’a pas son pareil pour projeter son spectateur dans la forêt : bruits d’insectes, de feuillages. C’est une plongée, un voyage des sens parfois difficile à suivre. Mais qu’importe, l’ahurissement que le film suscite nous transporte. Nous le regardons défiler, médusés et charmés par tant d’idées, de savoir faire. On pense autant à Burton qu'à Kubrick mais aussi à Ozu et on se rend compte surtout que l’on ne connaît vraiment rien du cinéma asiatique et de la culture thaï. Le cinéaste avoue aimer « explorer les entrailles de cette machine à remonter le temps qu’est le cinéma ».

C'est assurément une démarche originale et passionnante qui, nous l’espérons, charmera le jury dont depuis 12 jours aucune rumeur ne transit. L’Autre Palme d’Or de cette année avec Poetry.


édito de Frédéric Mercier
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