Aux dernières nouvelles, on aurait appris que Roman Polanski se serait engagé en 1993 à verser 500 000 dollars à sa victime dans le cadre d'un règlement confidentiel. Somme qui n'aurait sans doute pas été entièrement honorée. Aujourd'hui, en attente d'extradition, le cinéaste est attendu aux Etats-Unis pour étudier devant la Cour de Los Angeles l'abandon de charges demandé. S'il encourt toujours une peine de prison pour un crime commis il y a plus de trente ans, le cinéaste devra aujourd'hui répondre de ses actes devant la justice américaine qui n'admet toujours pas que l'homme se soit enfui. Cette question de la fuite précipitée demeure l'un des problèmes les plus ardus de cette affaire: Polanski a-t-il fui pour échapper à une peine que ses avocats estimaient inopérante? Une instruction certes truquée dans la mesure où l'affaire avait été prise en charge par un juge partial, décidé à se faire élire en bâtissant autour de ce crime un cas exemplaire de règlement de comptes entre une Amérique conservatrice et une contre culture en perte de vitesse à la fin des années 70?
Depuis plus de dix jours, les multiplications de soutien au cinéaste affluent tandis que l'opinion se divise au sein de la classe politique. A droite, comme à gauche, c'est le syndrome de la girouette. Personne ne sait où se placer et chacun cherche à faire entendre sa position comme si, de cette affaire, on allait être jugé par l'histoire: il y aurait d'un coté les résistants, de l'autre les collaborateurs. Reste à savoir qui résiste à quoi et avec qui collabore-t-on? Nos politiciens, non contents de s'assassiner chaque semaine à l'assemblée ou dans les communiqués de presse, sur France Inter tous les matins, ou dans les colonnes des quotidiens, ont saisi l'affaire pour exprimer leurs positions en fonction des positions des autres. On se tire dessus, à gros boulets, sous prétexte de défendre ou non la cause d'un cinéaste qui, chaque jour, gagne en pouvoir symbolique. L'affaire Polanski se fait l'écho d'une angoisse moderne sur le caractère peu déchiffrable de notre monde: les idéaux d'hier sont ils aujourd'hui l'apanage des aristocrates et des nantis? Quel réflexe doit on avoir entre conception d'une justice punitive à l'américaine et idéal d'un système préventif comme la France en rêve depuis des lustres?
Quoi qu'il en soit, malgré les tractations douteuses passées entre les USA et la Suisse que rappelle Jack Torrance sur notre forum, la bonne nouvelle de cette petite affaire devenue exemplaire par les médias, c'est que pour une fois, personne ne sait où et comment penser. Retour à bâton rompue de l'histoire avec un grand H où l'homme moderne doit cesser d'user d'un prêt à penser, sortir de sa spécialité respective, pour réentrer au coeur d'une interrogation morale qui d'une certaine manière l'engagerait totalement.
