L'événement a fait ce matin se lever tôt les festivaliers et autres journalistes qui dès 7h étaient pressés devant le Palais. Depuis longtemps, peut être Eyes Wide Shut, aucun film n'avait suscité une telle attente. Depuis presque un an, la bande annonce tourne sans arrêt sur le net, nourrissant désirs et spéculations autour d'un projet bien mystérieux. Il était donc à craindre que Tree Of Life ne puisse être à la hauteur des rêves des admirateurs de Terrence Malick.
Force est donc de constater, pour ma part, que Tree Of Life gagne son pari tant le film est aussi ambitieux dans les divers sujets philosophiques qu'il charrie que dans sa forme que d'aucun se sont empressés de comparer à celle de 2001, L'Odyssée de L'Espace. Autour des relations entre un père et son fils, et de l'absence d'un frère mort, Malick questionne les plus grands sujets métaphysiques, notamment dans des séquences ahurissantes aux confins de l'univers et des origines de la vie. Tree Of Life est l'un de ses films qui émeut autant par ce qu'il raconte que par la manière de la faire.
Néanmoins, le film épouse la forme d'un sermon fort solennel. Malick semble autant nous faire part de sa vision de la vie, de Dieu que de nous donner une leçon pour continuer à mener au mieux notre barque. Fidèle à sa méthode, on entend d'ailleurs tout du long du film, les prières intérieures des personnages qui se font l'écho de nos propres désirs. Tandis qu'il prouve une fois encore son sens prodigieux du montage.
Nous ne comprenons donc pas qu'avant la fin du film, on ait entendu un spectateur meugler sinon pour s'entendre lui-même au milieu du silence abasourdi de la salle. Peut être voulait il désolidariser sa voix du concert de louanges excessives qui avaient précédé la sortie. Le film sera très certainement critiqué, on jugera, je l'imagine, fort sévèrement, son esthétique (parfois inégale) et son message sibyllin. Mais, quoi qu'il en soit, il ne méritait pas cet aboiement vain mais plutôt d'être vu, histoire de mesurer une certaine idée ambitieuse du cinéma (un cinéma, il est vrai, qui intimide) et de retrouver le son si particulier des sermons du réalisateur des Moissons du Ciel.