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NON CRITIQUE D'AMOUR
VENDREDI 27 AOÛT 2010
Il n'aurait pas été désobligeant de consacrer une critique à "Crime d'Amour", le polar d'Alain Corneau. Pourtant, nous nous en abstiendrons. Non que le film soit épouvantable ou génial. En fait, cette histoire de manipulation psychologique s'avère assez ratée, plutôt téléphonée, manquant cruellement de mordant. Corneau semble toujours craindre de tomber dans la lourde satyre sociale. A force de retenir sa patte, de prendre ses distances dans une image ouatée, dans une direction froide, il ôte à "Crime d'Amour" un petit grincement qui se serait avéré ô combien nécessaire. Grincement de dents, de ton qui aurait donné un peu de punch à ce programme informatique criminel, équation mathématique sans âme que l'on regarde sans aucune passion. Corneau applique sagement un schéma "langien" jusque dans la résolution de ses cadres. Il semblerait que le cinéaste baroque du "Deuxième Souffle" ait craint à nouveau les représailles du carcan naturaliste français qui lui reprochait son tâtonnement dans les espaces colorés du polar hong kongais, version Johnnie To.

Mais alors pourquoi ne pas le dire, le structurer dans une critique digne de ce nom? Tout simplement parce que j'ai aimé "Crime D'Amour". Je l'ai même adoré pour certaines raisons qui le rendent rédhibitoire à d'autres: Ludivine Sagnier. Tandis que la première partie du film repose sur les épaules frêles de Kristin Scott Thomas qui a volé ses poses à la Glenn Close de "Damages"; Sagnier tente de lui ravir le cadre. Il se passe entre les deux actrices la même chose qu'entre les deux personnages. Un face à face obséquieux de jeu intériorisé. La scène d'humiliation publique est à ce titre emblématique: une caméra a filmé dans le parking, un espace semblable à des coulisses où Sagnier hurle son désespoir d'avoir été mal mise en scène. Scott Thomas lui dit d'ailleurs qu'elle a vu son vrai visage et qu'elle n'est désormais plus dupe de son personnage. "Crime d'Amour", c'est "Qu'est-il arrivé à Baby Jane" à l'heure de la mondialisation.

En vieillissant Sagnier garde en voix le fantôme de la Lolita qu'elle fut. Elle n'est plus que l'ombre d'une pin up qui s'essayait à la comédie. Etonnant de voir d'ailleurs combien elle joue des rôles fantomatiques: dans "Les Chansons d'Amour", elle décède au bout d'une demie heure et hante ensuite les protagonistes. Dans "La Fille Coupée en Deux", elle reprend un rôle des années 50 et joue sa carrière pour rester à la télévision. Chez Ozon, elle est toujours coincée dans une fiction très mathématique. Une fois de plus, chez Corneau, elle tente de voler le beau rôle et le gros plan à une actrice plus mature.

Film après film, Sagnier, héroïne fantomatique de polars programmatiques, construit une oeuvre. Comme Alain Corneau qui lui donne ici un beau rôle.

Avant la rentrée de la semaine prochaine, ce serait un péché de ne pas aller voir le meilleur film de 2010: "Poetry".


édito de Frédéric Mercier
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