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NANNI MORETTI, L'HÉROÏQUE
MARDI 9 MARS 2010
Parce qu’il se sera retrouvé seul après la mort du grand cinéma italien, parce qu’il aura été témoin de la débâcle de la gauche de son pays, parce qu’il aura attendu qu’une improbable relève survienne, Nanni Moretti est un héros. Un combattif qui usa de toute sa fougue, de toute sa mauvaise Foi, pour assurer la permanence , ne pas laisser tous les efforts prodigués avant lui diparaître, avalés par la spirale médiatique de l’oubli instaurée par Berlusconi.

Quand il apparaît à la fin des années 70, on est en train de parler d’une crise de la cinématographie au pays de Fellini. Il ne s'apitoie pas: il fait des films. Alors que l'on se plaint d'une crise de la production, il créé sa propre société: Sacher Films. On a glosé à propos de la défection des salles, de la perte de mémoire où étaient relayés dans les limbes de l’histoire Rossellini, De Sica et les autres: au lieu de pleurer, il a bâti sa propre salle de cinéma et présidé à des Festivals aussi prestigieux que nécessaires.

Moretti, face à toutes les crises, tous les éreintements, tous les découragements, a répondu présent à force d’audace, de courage et de conviction. Il a opposé l’acte de Foi, l’acte de présence filmique au découragement qui survient en période d’incertitude et de défaite. Il ne s’est pas laissé endormir, gagner par la dépression et l’oisiveté qui grignotaient le Pays après les sublimes Festivités, prise d’une gueule de bois tonitruante.

Son histoire, c’est celle d’un processus historique qui combine l’altération du cinéma italien avec la corruption de la gauche de Bettino Craxi, pressée de créer des télévisions privées et de les vendre à leur seul nabab. Moretti, c’est l’étincelle de vie qui survit, la batterie de sécurité qui permet à la machine de repartir où, du moins, de ne pas périr d’un coup. A ce titre, son dernier film en date : Le Caîman peut être considéré comme un acte de résistance tonitruant et comme l’un des plus grands témoignages socio-politiques jamais conçus depuis longtemps.

Malgré tout, on le connaît mal, le réduisant à ce qu’il symbolise tout en le confondant (comme Woody Allen auquel son comique fut si souvent rattaché) avec son personnage antipathique, irrévérencieux et surtout absolument intransigeant. Tout au long de sa carrière, ce travailleur infatigable, tatillon et précis, a montré la différence entre l’agir et le dire, révélé les hypocrisies des grands discours, de la bien pensence stérile. Il a bâti un cinéma qui théorise avec humour la différence entre théorie et pratique.

C’est, avec Bellochio, le seul cinéaste italien représentatif des deux dernières décennies du spectacle de la vulgarisation de son pays. Quand on parle du cinéma italien des années 80, 90, c’est à lui que l’on songe bien que l’on connaisse aujourd’hui si mal son œuvre antérieure à Journal Intime. Tout un pan de sa filmographie reste à découvrir, ce que nous permet désormais le coffret de ses premiers films édité par les Editions Montparnasse.


édito de Frédéric Mercier
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