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LA MALICE CANNOISE (RETOUR DE FESTIVAL)
JEUDI 27 MAI 2010
Quelques heures avant de recevoir la Palme d'Or, Apichatpong Weerasethakul n'avait toujours pas trouvé de distributeurs en France. Il fallut donc qu'il reçoive son prix pour être enfin courtisé par des directeurs timorés qui craignaient encore que le grand artiste ne soit pas assez rentable. Le lendemain, un certain quotidien de la Capitale titrait "La Palme dort" pour donner en une formule décapante digne des Grosses Têtes, son avis sur le Palmarès dressé par Tim Burton et ses sbires. Le lendemain du lendemain, le surlendemain donc, un grand quotidien national reprenait exactement la même formule, mot pour mot, sans complexes.

Depuis quatre jours, la presse se bagarre autour du beau film du cinéaste thaï. Tout le monde semble s'étonner que cette année à Cannes, il n'y eut pas de films rigolos et sympathiques. Tout le monde regrette les années précédentes, et surtout la toute dernière qui fut, il est vrai, un cru bien jovial avec le burlesque "Un Prophète", le comique "Fish Tank", le régressif "Bright Star" et l'hilarante Palme D'Or: "Le ruban blanc" qui fait encore se taper sur les cuisses tous les spectateurs qui l'ont vu.

On s'étonne que Cannes ne soit pas plus léger donc, comme si les cinéastes devaient forcément trouver le monde et la récente crise économique sujets de gaudriole. Le seul cinéaste d'ailleurs a avoir traité des problèmes récents sur un mode mineur, c'est Oliver Stone dans son navrant "Wall Street 2" . En abordant la crise avec une ironie constante, le réalisateur de "W" ne donne aucune espèce d'importance à ce qu'il traite. Qu'espérer d'ailleurs d'un type qui donne des conseils sur l'économie mondiale et profite de la dite crise pour enfin faire de son film de 1989 une franchise rentable?

Pour revenir à nos moutons asiatiques, retenons le réflexe des spectateurs qui, dès qu'ils apprirent qu'un film thaï d'un cinéaste au nom imprononçable avait remporté l'auteuriste Palme D'Or, rejetèrent "Oncle Boonmee" sans même l'avoir vu. L'ignorance est mère de la bêtise. Ils ne valent pas mieux que ceux qui encensèrent le film avant de l'avoir vu, exactement pour les mêmes raisons. L'aveuglement est père du snobisme.

Cette Palme d'Or fut simplement l'une des oeuvres les plus réussies d'une sélection terne car, cette année, les cinéastes n'étaient pas très inspirés et parce que les autres grands auteurs sont encore en train de tourner. Tim Burton avait dit, avant de venir sur la Croisette, "vouloir être surpris". Il a récompensé ainsi le film le plus atypique de l'année, celui dont l'univers colle certainement le mieux au sien. Simplement, un film étrange, malicieux et parfois capable de subjuguer n'importe qui, à n'importe quel âge. Un film de fantômes et de revenants, un film de familles doux et mystérieux. Bref, une oeuvre réussie qui ne mérite pas d'être snobée par les distributeurs et dénigrée par des quotidiens incapables de regarder ce que les journaux concurrents titrent.


édito de Frédéric Mercier
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