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LA DERNIÈRE TRAVERSÉE DE KELLY REICHARDT
JEUDI 23 JUIN 2011
La dernière Piste" est un beau western qui confirme l'immense talent de Kelly Reichardt, cinéaste qui mêle de films en films une réflexion à la fois sur le statut des femmes et les mythologies de la frontière et des pionniers américains. Après avoir donné à Michelle Willams le rôle d'une hobo à la croisée des chemins dans l'attachant Wendy et Lucy, elle trimballe cette fois son actrice fétiche à travers l'Oregon désertique en 1845. Avec quelques colons, la jeune femme traverse l'immensité d'un territoire inexplorée où ils se perdent et cherchent désespérément, littéralement et métaphoriquement un oasis, voire un arbre de vie.

Richardt a le don d'exprimer avec évidence la solitude, la peur et ainsi la petitesse, la vulnérabilité de ces hommes et de ces femmes égarés sur un continent inconnu qui n'a plus du tout l'air d'un quelconque paradis. Elle cadre son film dans un format carré qui laisse deviner le hors champs répétitif, interminable d'un paysage désertique monotone et sans promesses. Son souci du réalisme, qui s'exprime parfois par quelques plans très longs, rompt définitivement avec quelques imageries trop romantiques du passé. Face à Michelle Williams, un personnage de cow boy à peine de pacotilles incarne théoriquement tout ce contre quoi le film oeuvre et trouve sa raison d'être: bavard, hâbleur, fabulateur, couard, barbare et raciste. Il est l'inverse de La dernière Piste, l'exact opposé de ce à quoi aspirent moralement et pour leur Nation son héroïne et sa cinéaste.

Néanmoins, un surcadrage symbolique, une manière parfois un peu trop zélée de faire dire le sens des choses-notamment dans la partie indienne- inscrivent trop ce western dans notre époque, donnant l'impression que Reichardt regarde le monde de son héroïne avec des yeux trop modernes. Ainsi l'histoire de la pensée libérale se fait trop entendre, ne rendant pas forces et évidences à chacun des gestes. Cet excès d'intentions, d'ambitions louables surcharge le film qui lorgne vers le didactisme d'une réflexion très construite sur l'altérité.

La fin abrupte, sèche fera sans doute jaser. Reichardt a sans doute voulu laisser la place au spectateur de faire son choix pour qu'il découvre lui même et en toute honnêteté son propre rapport à l'autre et à l'indétermination de la vie. Malheureusement, la fiction tournant court, ce final reste théorique et frustrant, ne réussissant pas à distiller une quelconque émotion quant à l'avenir de fantômes du passé laissés errant sur la piste de leurs destinées. C'est dommage. La théorie manquant ainsi -et on voudrait dire une fois de plus- de faire de La Dernière Piste l'immense western qu'il aurait dû être.


édito de Frédéric Mercier
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