Deux films belliqueux en ce moment épousent la forme d'archives télévisuelles: District 9 et Démineurs. Le premier est une fable de science fiction qui singe le reportage pour narrer la manière dont on parque des aliens dans un camps de réfugiés. Le second est un film de guerre sec, tiré en partie des mémoires d'un marine en Irak, et qui ne cesse de balancer la caméra dans tous les sens comme s'il s'agissait également d'un reportage télé. Que l'on prenne ou non ces tics contemporains pour de la plus value en matière de réalisme, ces procédés sont au cinéma ce qu'était jadis à la littérature le fameux effet du manuscrit retrouvé dans une bouteille.
C'est Voltaire approuvant le manuscrit de Zadig, lui-même retrouvé par l'improbable Sadi, le transmettant en un fougueux épître dédicatoire à l'imaginaire sultane Sherra. Les auteurs de fiction ont toujours eu recours à d'innombrables artifices pour donner de la crédibilité à leurs histoires, en s'ingéniant à inclure le lecteur/spectateur dans un processus de fiction. Il ne s'agit pas de dire que la réalité a été renforcée mais que nous sommes nous mêmes les acteurs d'un monde dont la réalité est au moins à la hauteur des histoires qui vont l'illustrer et, en fin de compte, l'éclairer.
Le fameux procédé de la caméra à l'épaule, dont on continue de vanter les louanges, la 3D dont on nous chante les vertus tous les dix ans, sont de simples moyens dramatiques. Ce ne sont que des effets au service de la dramaturgie. Ils permettent au spectateur de relâcher l'emprise de sa raison quand le spectacle commence. N'y a t il en fin de compte rien de plus éprouvant pour un spectateur que ce voisin pénible qui sans cesse se plaint du peu de crédibilité de ce qu'il voit? Ce voisin trop sérieux qui sans cesse tique sur le détail le plus insignifiant?
Pour mieux nous inclure dans le réel fictionnel, en jouant sur des codes jadis usés par le cinéma anglais aux ambitions naturalistes et sociales, il s'agit d'effacer désormais au mieux "le cinéma" tel qu'il se concevait avant. Exit le classicisme et ses origines théâtrales. Désormais, il faut moins de travellings, moins de mouvements d'appareils: désormais la petite caméra à l'épaule reste plantée sur son socle branlant car c'est l'axe qui doit se mouvoir avec souplesse et heurts sur lui-même. Lorsqu'il y a déplacement, c'est l'appareil qui se promène d'un point précis à un autre sans suivre un itinéraire géométrique défini. La caméra file d'un lieu à l'autre, à l'allure d'un prisonnier pris entre deux murs, mais qui ne doit pas être vu.
Ces procédés sont aujourd'hui représentatifs d'un monde observé à travers les lorgnons de médias voulant tout montrer, tout expliquer pour tout vendre. Je ne sais si de durables oeuvres ont été à ce jour réalisées de cette façon, mais elles sont les images de de notre manière d'appréhender le réel à la fin de la première décennie du XXIème siècle
