A l'annonce du Palmarès du dernier Festival de Berlin, les mauvaises langues n'ont pu retenir leur venin soupçonneux, accusant la Présidente Du Jury, Isabella Rossellini, d'avoir attribué l'Ours D'or à un cinéaste iranien qui, d'une certaine manière, remportait la mise pour ses collègues et compatriotes absents. On se souvient entre autre, que Jafar Panahi n'avait pu se rendre dans la capitale allemande, ni siéger à sa place de juré puisqu'il venait d'être emprisonné par les autorités de son pays. On a donc entendu certains critiques mal intentionnés blâmant un film qu'ils n'avaient pas encore vu, juste pour le plaisir, une fois de plus, de se désolidariser de la masse et des louanges. Tare narcissique qui nous avait déjà valu à Cannes un meuglement stérile à la fin de la projection de The Tree Of Life.
Une Séparation est désormais sur les écrans et le choc est bien là: le film est extraordinaire. Il confirme surtout la logique du travail de son auteur, cinéaste citoyen obsédé par les questions du vivre ensemble dans la société de son pays. Une Séparation fait écho à plus d'un titre avec A Propos D'Elly: on y retrouve une même équipe technique, quelques comédiens (qui ont reçu également à Berlin les Prix d'Interprétation féminines et masculines), un intérêt porté pour des personnages de divorcés, des couples mal assortis. Mais surtout, on retrouve ce même cinéma qui s'intéresse à tous les points de vue du discours et des non dits menant à la vérité. Comme dans A Propos D'Elly, Une Séparation tangue au cours d'une scène où l'on ne voit pas exactement ce qui se déroule au bout du plan. Mais là où le précédent film basculait dans la thèse, l'allégorie, voire la fable parfois un tantinet explicative, Une Séparation semble coller à ses personnages sans les faire adhérer à un quelconque programme. Un Saut qualitatif a été effectué qui fait d'Une Séparation une oeuvre qui se libère de son discours tout en épousant, adhérant à toutes les rhétoriques. La caméra, toujours située à bonne distance de ses personnages, tente de comprendre le point de vue de chacun, sans jamais les prendre de haut. Se dessine alors le spectre d'une société irréconciliable, aspirée dans ses propres contradictions culturelles, religieuses et sociales. D'où un fort sentiment d'injustice qui se ressent par le spectateur construisant, au fur et à mesure de la projection, sa propre interprétation de faits qu'il pensait lui même avoir compris. On se souvient que dans A Propos d'Elly, l'héroïne disait à son mari qui lui reprochait d'être responsable de la disparition d'Elly, qu'il ne servait à rien d'ergoter ni d'accuser les autres. Qu'il fallait mieux chercher ensemble des solutions pour soulager la peine de chacun sans attenter à l'honneur des disparus. Ce serait un peu le projet insensé de Farhadi qui, concluant sur la douleur faite aux enfants, tente par le biais du cinéma de trouver une solution pour accorder les violons des hommes et leur trouver un terrain d'entente.