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ÉDITORIAL DU SAMEDI 5 DÉCEMBRE 2009
ANORMALE ACTIVITÉ

Paranormal activity avait été désigné pour être l'événement de l'année, ayant généré des attentes aussi extraordinaires que le budget dérisoire de cette production familiale. Spielberg lui-même aurait goûté aux joies du web marketing, décrétant qu'il n'avait jamais eu aussi peur de son existence, qu'il n'avait pas été capable de voir le film jusqu'au bout et qu'il n'en n'avait pas dormi de la nuit. Il est vrai que le créateur d'ET n'en est pas à son premier essai pour tester les nouvelles manières de générer l'attente du public, de susciter son désir.

On aurait dû s'y attendre pourtant: Paranormal activity n'étant pas le premier de la liste des films "réalisés avec presque rien et qui rapportent beaucoup trop". Généralement, il s'agit ou de films de genre (Cube) ou bien entendu d'oeuvres réalisées en vidéos et DV. Ainsi, après Le projet Blair Witch, l'étalon film d'horreur reportage, après Cloverfield, le blockbuster assumé du reportage catastrophe fantastique, après REC, la version européenne un peu trash gore et Redacted, le faux brûlot anti-guerre réalisé par un vétéran, voici le plus riquiqui machin-chose documentaire épouvantable du moment. Rien de moins que cela.

En fait, le fameux BUZZ fait désormais partie intégrante du dispositif fictionnel de ce type de productions. De la même manière que les auteurs se doivent de donner en début de séance une source réaliste à leur faux film de famille. Ainsi, tous ces reportages bidons s'ouvrent sur des encarts qui remercient les familles qui ont permis de retrouver la cassette ou la caméra. Les auteurs usent au cinéma d'un moyen similaire à ceux des écrivains de jadis qui, pour mieux nous faire accepter leur histoire délirante, racontaient qu'ils avaient trouvé les documents que nous découvrions dans des bouteilles jetées à la mer ou dans de fabuleuses bibliothèques aujourd'hui disparues. Ce qui change désormais, c'est que ce procédé antique est aujourd'hui utilisé à des fins publicitaires et surtout que c'est la pub du film qui authentifie de la valeur de ce que nous allons voir avant même de le découvrir. Il s'opère ainsi en ce moment une involution formidable en terme de communication: le cinéma et Internet avancent d'un même pas en faisant du film lui-même un objet abstrait. Comme si le film faisait partie d'une gigantesque farce dans laquelle nous nous amuserions à nous faire peur.

Pour ce qui est du film, je n'ai pas grand chose à en penser. Des adolescents par paquets hurlaient dans la salle au moindre effet, au moindre courant d'air. C'était amusant de voir ainsi les spectateurs s'amuser à croire qu'ils avaient vraiment la trouille. Il m'a semblé que le film n'existait pas, qu'il n'était efficace que dans la mesure où il s'évertuait à donner assez d'espace aux spectateurs pour mimer toute la peur vantée par la publicité. Je crois sinon que le film vaut un passage à la télé pour ses 30 dernières secondes.


signature Fred



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