Retrouvez comme chaque année sur cette page le journal de bord quotidien de notre arpenteur déjanté des planches: Philippe Merlin.
DANS CE DOSSIER
La dette de John Madden ; Kaboom de Greg Araki
Parlons enfin de cinéma à Deauville. Et même d'une très belle première journée que sont venus ensoleiller deux films forts et passionnants. Passons donc vite sur le nouveau dessin anime en 3D du jour: Moi, Bête et Méchant , qui, bien que drôle et enlevé, souffre d'un scénario faiblard et d'une musique omniprésente.
Premier grand film de la compétition donc, La Dette du multi oscarisé John Maddden. Le cinéaste s'intéresse moins au devoir de mémoire sur la Shoah que sur la culpabilité éprouvée à l'idée de se venger de ses bourreaux et sur le mensonge en général au sein du Mossad. La Dette se révèle un thriller percutant qui n'est pas s'en rappeler l'un des chefs-d'oeuvre de Spielberg Munich. Les deux films ainsi s'intéressent de très près aux contradictions des méthodes employées par les services secrets israéliens. Personne ne s'étonnera d'y trouver une Hélène Mirren toujours aussi géniale et à coté de laquelle la jeune Jessica Chastaing tire son épingle du jeu avec conviction.
Toujours aussi dingue, le prolixe et destroy Gregg Araki (The Doom Generation; Nowhere; Smiley) prouve une fois de plus qu'il faut désormais compter sur lui et qu'il ne démériterait pas à se hisser en haut de la liste des plus originaux réalisateurs indépendants. Queer or not, Araki se lance dans des aventures sexuelles bariolées, entre Berverly Hills et Breat Eston Ellis avant de destructurer complètement son scénario à mi-bobine. Il transforme ainsi Kaboom en un récit tout aussi givré que la banquise. Il s'amuse pour notre plus grand plaisir en collectionnant des filles et des garçons sexy en diable et dont on pense qu'ils pourraient tous ensemble s'essayer à milles expériences... C'est donc un petit bijou, visuellement splendide, où les corps et les visages sont sans cesse magnifiés par la caméra virtuose d'Araki. Les strips et trips psychédéliques du film font de belles références à Twin Peaks .A mon sens, Kaboom n'est rien de moins qu'un chef-d'oeuvre, intuition déjà pressentie par les festivaliers de Cannes 2010 qui l'avaient alors découvert en séance de minuit avant de s'insurger que le film n'ait pas alors été projeté en Compétition Officielle. Souhaitons ainsi que le jury d'Emmanuelle Béart répare certaines erreurs commises auparavant. Quoi qu'il en soit, ce déjà "film culte" jouit également d'une superbe BO moderne et fun. Bien évidemment, âmes sensibles, ne pas s abstenir!
« Du Remaniement...Quels sont les films , les auteurs qui sont " attendus" (à défaut de trouver une autre qualification) cette année; je veux dire, j'écoutais à Deauville un réalisateur qui expliquait que le système de valeur américain est en crise. Comment cela se répercute-il dans la sélection de cette année? Est-ce vraiment cette idée qu'il faut retenir du cinéma américain? A mon sens, le cinéma américain a quelque part toujours reposé sur ce postulat. Il serait en crise perpétuelle? Et donc où est l'issue, issue dans laquelle Inception, par exemple, cherche à s'engouffrer en s'y perdant. »