Every day de richard levine

Deux bonnes nouvelles ont accompagné le début de la semaine: le vrai temps Normand traditionnel étant revenu tandis que l'on annonçait la réintégration de Denis Lavant qui avait été expulsé dimanche du jury.
En avant-première spéciale Every Day réalisé par le scénariste de la série Nip Tuck, Richard Levine, est une comédie dramatique conventionnelle comme les Américains ont l'art de savoir en pondre au moins une douzaine par couvée annuelle. On y retrouve à chaque fois ou Sandra Bullock , ou Jennifer Anniston qui incarnent à elles seules une certaine idée de l'américaine type: impitoyable/et/ou/servile mais surtout sophistiquée et urbaine.
Cette fois c'est à Hélène Hunt de s'y coller, sans échapper au programme de toute comédie US qui se respecte: elle doit donc subir:
1: un mari volage (Liev Schreiber en sous régime) scénariste d'une série médicale trash (oh, la belle mise en abime qui se prête à un jeu de décryptage autobiographico-narcissique),
2:un père omnipotent et incontinent (Brian Kennedy) et
3:deux enfants dont le fameux ado de 15 ans qui veut déjà s'assumer avec des parents totalement dépassés par les événements...
Bref, Every Day n'est certainement pas un film qui fera date.
Abel de diego luna

Non content d'être déjà célèbre en tant que grand copain de Gael Garcia Bernal, Diego Luna est également le cinéaste d'un joli film sur les relations parentales: Abel. Ce jeune homme de moins de trente ans est déjà l'auteur en tant qu'acteur d'une belle oeuvre, étant passé sous les caméras de ses compatriotes Alfonso Cuaron avant d'apparaître dans les beaux Open Range de Kevin Costner et Milk de Gus Van Sant.
Autour d'un sujet on ne peut plus dramatique, le cinéaste mexicain compose une véritable fable souvent inspirée, notamment grâce à la direction des jeunes acteurs:un petit garçon de neuf ans perd l'usage de la parole le jour où son père quitte le foyer familial. Retrouvant miraculeusement ses sens, l'enfant va à son tour devenir le véritable pater familias de la maisonnée. Luna avoue avoir rêvé de ce film comme d'un Hamlet en herbe. Malgré d'honorables intentions, Abel ne révolutionnera pourtant pas le cinéma comme Kaboom d'Araki qui, après avoir été éjecté de la Compétition cannoise a subi les mêmes foudres deauvilloises.
Two gates of sleep d alistair banks Griffin

Deuxième film en compétition, Two Gates Of Sleep avait déjà beaucoup marqué les spectateurs de la Quinzaine des Réalisateurs. Alistair Banks Griffin est un surprenant réalisateur de 32 ans qui n'est pas sans rappeler pour le culot comme pour le physique le québécois Xavier Dolan. Two Gates Of Sleep est un ovni visuel et symphonique sur la quête mystique de deux frères qui entreprennent un voyage initiatique pour enterrer leur mère en remontant la rivière avec le cercueil. Film étrange et visuel. Aussi beau, hypnotique que long malgré ses 1H18! Tourné sans aucun dialogue, le réalisateur présente un vibrant hommage à un cinéma français et russe des années 60. Pour l'anecdote, j'ai eu la chance de rencontrer le réalisateur en fin de soirée en ville. Je lui ai demandé qu'elles étaient ses références, il m'a parlé d'un certain Robert Bresson et m'a semblé étonné que je puisse lui en parler. Ah, impertinence de la jeunesse! Vanité des vanités. Bref, ce pauvre Bresson nous a néanmoins permis de prolonger la discussion vers l'origine de cette étrange histoire. Selon le jeune homme, il s'agirait là d'une vieille histoire de famille. Comme chaque année, dans chaque festival de chaque pays du monde, il y aura toujours des Two Gates Of Sleep, films aussi ambitieux que clivants, exigeants que radicaux. De là, à ce qu'ils reçoivent à chaque fois tous les Grands Prix...