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SAMEDI 22 MAI 2010
FESTIVAL DE CANNES 2010
COPIE CONFORME d'Abbas Kiarostami
par NASSERA METMATI
Dans un dialogue ouvert à Tokyo entre Akira Kurosawa et Abbas Kiarostami en 1994, le premier disait déjà du cinéaste iranien qu’il fallait voir ses films, qu’il aimait leurs fluidités et leurs simplicités mais qu’ils étaient bien malaisés à décrire. Avec une œuvre de quarante films à laquelle s’ajoute la dernière Copie Conforme, les mots de Kurosawa tiennent toujours...

C’est un Original

Comme l’est la quasi-totalité des réalisations kiarostamiennes, l’idée de l’intrigue, le mobile est volontairement banal presque anecdotique, issue d’une expérience vécue ou réelle. Une femme française dirige une galerie d’art en Toscane. Elle rencontre un écrivain anglais critique d’art lors d’un colloque. En virée dans le village de Lucignano, l’homme et la femme joue le jeu du mari et de l’épouse. Subrepticement, ils créent l’illusion d’un véritable couple.

L’illusion. Le cinéaste nous perd et nous éblouit dans la construction fictive de plusieurs réalités. Le réalisateur de Où est la maison de mon ami ? réinvente sans arrêt des illusions infinies à chaque fois qu’il bâtit une nouvelle œuvre. Après quarante ans de travail, de bifurcation vers un cinéma plus pauvre, on pourrait se dire que l’idée créatrice, la morale intransigeante de la création artistique de Kiarostami changerait. Et non. Que nenni. Ce qu’ il y a de déconcertant est qu’à chaque fois le réalisateur réinvente une parenthèse de cinéma en allant toujours un peu plus loin, tout en gardant intact ses bases, celles qu’il défend urbi et orbi d’un cinéma inachevé qui laisse le spectateur à se comporter en créateur.
Il y a donc pléthore d’éléments, d’idées ainsi qu’un concept d’art cinéma qui reviennent dans le film, qui ont déjà été exploités auparavant, et qui franchissent un nouveau cap. Hormis un cadre inédit hors de l’Iran- triple pied de nez à la République Islamique puisqu’ajouté à cela la femme est le personnage principal sur l’écran ; elle n’est pas séparée de l’homme- la séquence du voyage en voiture dans les sentiers en forme de Z ressemble à un voyage initiatique tel que le proposait le Goût de la Cerise. La voiture, qui capte tout en scope, y représente une seconde maison par delà laquelle tout se reflète. Là où l’auteur dédicace les livres de la galeriste, elle est le lieu privilégié par delà lequel la femme noue une intimité tout du long. Qui arrive à son paroxysme dans l’évocation de souvenirs de l’anniversaire des quinze ans de mariages du vrai/faux ( ?) mari et vrai/fausse épouse...La relation ( ?) mûrit.

L’œuvre continue de mûrir en parallèle, paraît plus vraie que nature alors qu’elle épouse davantage encore la trajectoire inverse ; est-ce que le fait que Kiaro réunit chacun de ses éléments ? Est-ce grâce à l’élévation du regard sur la supériorité de l’art, première fois visible avec un livre, une fontaine, ou une sculpture ? Est-ce dû à l’aisance chahinienne du personnage incarnée par Juliette Binoche qui à la manière de l’amoureux transi Hossein dans Au travers des Oliviers insuffle une légèreté par l’incertitude croissante du personnage qu’il est censé incarner ?

En tant que spectateur, le cinéaste iranien réfléchit aussi à sa propre œuvre en tant qu’objet d’art. Avec un bon regard l’œuvre d’art peut-être original. C’est pourquoi la copie conforme dans le film est aussi meilleure que l’original ; chacun exprime un regard qui est une vérité à laquelle on appose une autre contre-vérité elle aussi une vérité en soi. L’art cinéma reste supérieur.

Voilà donc du Kiarostami comme jamais. Voilà une conscience. Confondant dans la beauté de la forme, par delà dans une écriture ciselée, qui nous emmène à chaque virgule ajoutée vers une dimension inconnue du cinéma, comme si celui-ci resterait à jamais inépuisable.

Fiche technique complète

Réalisation Abbas KIAROSTAMI
Scénario Abbas KIAROSTAMI
Avec la collaboration de
Caroline ELIACHEFF
Adaptation Massoumeh LAHIDJI
1er assistant réalisateur Marco PETTINI
2ème assistante à la réalisation, interprète
Massoumeh LAHIDJI
Scripte Elisabeth ALEXANDRIS
Casting Fabiola BANZI
Casting figuration Alessandra STANGHINI
Stagiaire mise en scène
Mathilde BARBAGALLO
Coach Faezeh MARDANI
Image Luca BIGAZZI
Opérateur 2ème caméra
Alessandro ABATE
1er assistant opérateur
Salvatore BOGNANNI
Assistants opérateur Paolo CAFIERO
Michel TRIPEPI
Chef machiniste Patrizio MARRA
Machiniste Gianfranco PIOGGIA
Chef électricien Alessandro SAULINI
Electricien Fabio POLICASTRO
Son Olivier HESPEL
Perchman Grégory NOEL
Régisseur général Maria PANICUCCI
Régisseur de plateau Simona CHIOCCA
Assistants régisseur Giulia FRASCHI
Giacomo CARDONE
Décors Giancarlo BASILI
Ludovica FERRARIO
Costumes Sandra BERREBI
Ensemblier Stefano PICCIARELLI
Accessoiriste plateau Francesco SPINA
Stagiaire décorationNicola PACCAGNANI
Chef costumière Sandra BERREBI
Costumière Marzia NARDONE
Habilleuses Martina MERLINO
Elise CRIBIER-DELANDE
Agathe WESOLEK
Chef maquilleur Fabienne ROBINEAU
Coiffeur perruquier
Franck Pascal ALQUINET
Monteuse adjointe
Maria FANTASTICA VALMORI
Bruitage Bertrand BOUDEAU
Enregistrement bruitage
Dominique VIEILLARD
Photographe de plateau
Laurent THURIN-NAL
Making of Irene BUFO
Montage Bahman KIAROSTAMI
Montage son et mixage
Dominique VIEILLARD
Producteurs Marin KARMITZ
Nathanael KARMITZ
Charles GILLIBERT
Angelo BARBAGALLO
Directrices de production
Ivana KASTRATOVIC
Claire DORNOY
MK2
Service juridique Laura VERMOREL
Stéphanie BONMARCHAND
Administration et finances
Caroline BAUREZ, Sophie GOUT
Responsable post-production
Adeline DO PAÇO
Comptable Christelle THONUS
Assistants de production
Stéphanie LE BAILLIF
Gaston FLORES
BIBI FILMS
Producteur délégué Gaetano DANIELE
Assistants de production
Giulia FRASCHI
Giacomo CARDONE
Administrateur de production
Bruno DI BARTOLOMEI
Comptable Alessandro LUZI
ARTÉMIS PRODUCTIONS
Producteur Patrick QUINET
Assistante du producteur & relations presse
Sylvie VAN RUYMBEKE
Administrateur de production
Bernard VANDER DONCKT
Secrétariat Sylvie MORIS
PRODUCTION EXÉCUTIVE BELGIQUE ARTEBIS
Directeur administratif et financier



COMMENTAIRES DES INTERNAUTES

tamimounet
« Bravo à cette mademoiselle. C'est beau;J'aime beaucoup ce cinéaste, j'ai vu le film et vous avez dit en peu de mots mais très bien ce qu'il dit. Vous pourriez m'expliquer encore plus en profondeur sa conception de la théorie de l'art... »
02 juin 2010
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