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MARDI 5 JANVIER 2010
SORTIE CETTE SEMAINE
BRIGHT STAR de Jane Campion
par Frédéric Mercier
Grâce soit rendue à Jane Campion de continuer à tourner le cinéma qu'elle aime sans se soucier des modes et des truismes esthétiques de son temps. Bright star est un beau mélo, mais en costumes de cire, sur les dernières années de la vie du grand poète romantique John Keats.
DANS CE DOSSIER

Désir frustré

Les dernières années de la courte vie du grand poète romantique John Keats qui aima une Fanny Brawne, malgré les vissicitudes d'un système social inégalitaire.

Jane Campion a du goût, de l'élégance et des prétentions. Son dernier film très attendu, six ans après le décevant In the cut, a été bien accueilli dans le Grand Théâtre Lumière. Compositions parfaites de tous les plans, harmonies des formes, des poses de chaque acteur éclairé par des lumières divines dérobées à Wermeer, en particulier.

S'inspirant des dernières années de la vie de Keats, la cinéaste distille tout le long de son film des poèmes du grand écrivain romantique. Le film sonne d'abord comme une ode d'amour adressée à travers les siècles et les arts à Keats tant le poète est croqué comme un romantique idéal. Adorable, doux, efféminé, patient et terriblement malade, il est malmené par son meilleur ami, figure archétypale de l'homme mondain de ce début du XIXème siècle.

Mais Campion s'intéresse d'abord aux histoires d'amour et son film est un véritable mélo distingué et sage. Fanny a beau incarner une femme moderne, active et qui n'a pas sa langue dans sa poche, elle ne parvient jamais à franchir les barrières qui frustrent sans cesse son désir, elle ne réussit pas à s'octroyer la liberté d'aimer comme elle l'entend. Elle est sans cesse espionnée et ses gestes tendres, ses égarements trahissent un désir brûlant. D'abord impressionnée par les vers de Keats, elle décide d'en apprendre d'avantage et de suivre des cours de poésie. Elle ne pourra jamais épouser cet homme qui n'a pas un sou. Personne ne lui interdit de vivre son amour, l'impossibilité de cette union est tacite. Sa mère bienveillante sait qu'elle ne la laissera pas épouser cet homme. Campion raconte cette histoire qui donna lieu à une fameuse correspondance amoureuse en inventant de scènes de la vie quotidienne toutes plus lyriques les unes que les autres. Dans ce monde, il fait toujours beau, les plis de la couture sont parfaits, le lyrisme du jardin envahit l'écran, les hommes ne s'appellent jamais par leur prénom. La politesse étouffe la vie et le désir de ses jeunes amants.

Déséquilibré et en cire

Bright star pourrait donc être perçu comme une variation sur le thème du désir frustré qui inspira jadis à Kazan La fièvre dans le sang et à Scorsese l'un de ses chefs-d'oeuvre les plus malheureusement méconnus: Le temps de l'innocence. Campion filme ainsi quelques scènes terribles pour l'intensité de leur charge dramatique comme cet ultime dîner où la mère de famille invite Keats à revenir dans le doux foyer se marier alors qu'elle sait pertinemment que le poète part pour mourir au soleil. Les deux amants se disent adieu bien avant que Keats ne succombe à sa maladie. Camion s'interroge également sur le poids de toute histoire d'amour et d'une relation entre deux êtres, à l'intérieur du processus artistique. Autant, parfois, son désir pour Fanny consume John, autant parfois, il le sauve. Son rapport à son ami, terrible personnage à la caractérisation outrée, est envisagée comme l'une des causes probables du mal qui coûta si tôt la vie au poète.

Malgré ces immenses qualités plastiques et de réflexions, le film distille du sens en permanence, Jane Campion fait souffrir son film, et le spectateur, en dirigeant sans cesse ses acteurs de manière à toujours composer les plans les plus exquis. Le film parait ainsi se figer. Aucun moment de grâce ne surgit tant elle se refuse à donner un peu de durée à ses belles cartes postales animées. Ainsi déséquilibré entre la distance de ses prétentions graphiques et une vraie réflexion sur le romantisme et la poésie, Bright star distille cette frustration dont souffrent ses beaux héros.

Fiche technique

Date de sortie : 22 Juillet 2009
Réalisé par Jane Campion
Avec Abbie Cornish, Ben Whishaw, Paul Schneider (II)
Film américain, britannique.
Genre : Drame, Romance
Durée : 1h 59min.
Année de production : 2006
Distribué par Pathé Distribution

>>  AGORA d'Aljandro Amenabar


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