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Sortie cette semaine
AGORA d'Aljandro Amenabar
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mercredi
6
janvier
2010
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par Frédéric Mercier
Plutôt une bonne surprise. Si le film n'échappe pas à quelques plongées vertigineuses, et autres codes propres à ce type de grand spectacle; il n'en est pas moins intéressant, porté à la fois par son souffle épique, sa réflexion politique et son actrice principale.
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LA FOI CONTRE L'OBSCURANTISME |
IVème siècle après Jésus-Christ. L'Egypte est sous domination romaine. A Alexandrie, la révolte des Chrétiens gronde. Réfugiée dans la grande Bibliothèque, désormais menacée par la colère des insurgés, la brillante astronome Hypatie tente de préserver les connaissances accumulées depuis des siècles, avec l'aide de ses disciples. Parmi eux, deux hommes se disputent l'amour d'Hypatie : Oreste et le jeune esclave Davus, déchiré entre ses sentiments et la perspective d'être affranchi s'il accepte de rejoindre les Chrétiens, de plus en plus puissants...
Pas mal de monde attendait le retour de l'enfant prodigue espagnol, auteur d'un sinistre Tesis, d'un étrange Ouvre les yeux (adapté à la surenchère hollywoodienne dans le navrant Vanilla Sky du sympathique Cameron Crowe) et du superbe Les autres, ingénieux thriller fantomatique, beau film d'époque mystérieux et envoûtant. Quand on découvrit que le cinéaste passé du coté obscur de la Côte Ouest se lançait dans la réalisation d'un péplum, on crut bon de s'interroger sur son intégrité artistique et son manque d'ambition. Agora vient donc absoudre ces craintes tant le cinéaste traite avec brio ce chapitre méconnu et essentiel de notre histoire commune: la manière dont les chrétiens prirent le pouvoir à Alexandrie, province romaine, tandis que la philosophe Hypatie planchait sur les hypothèses héliocentriques.
Pour réussir un film de cette envergure, astreint à un budget colossal qui nécessite un droit de regard total des producteurs du film, il faut jouer avec brio sur les conventions du genre. C'est chose faite tant le scénario du film propose des variations plutôt ingénieuses sur un thème mainte fois rabattu: le combat héroïque d'un esprit libre qui affronte l'obscurantisme de son époque. Amenabar bâtit donc une tragédie moderne tant il utilise à merveille les enseignements des séries télé des années 2000 (et en particulier, bien entendu, la série Rome) et des fictions polyphoniques façon Guillermo Arriaga. Ainsi Agora ne se concentre pas exclusivement sur le personnage de Hypathie (magnifique et sobre Raquel Weisz) bien que tous les protagonistes importants de l'histoire tournent autour d'elle comme les astres autour du soleil. La figure du cercle, puis de l'ellipse, ouvre et clôt donc cette réflexion sur la temporalité politique se disputant la primauté des affaires humaines sur le temps scientifique nécessitant plus de patience et moins de décisions brutales. Il fait mine de réaliser un péplum en apparence plus sérieux, plus scientifique, plus réaliste en somme parce qu'il privilégie les débats de l'Agora et montre des héros prisonniers de leur condition, qui ne peuvent échapper au doute permanent sur leurs aspirations.
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L'ASTRE WEISZ |
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Autour de l'astre Hypathie gravitent donc un jeune esclave savant qui reniera sa science pour gagner sa liberté, un amant éconduit devenu Consul et un jeune chrétien dévot qui utilisera les circonstances politiques pour faire triompher sa Foi. On le voit bien, le sujet du film est bien le doute qui fait craindre et apeure, thème au combien présent dans la fiction hollywoodienne depuis le 11 septembre. C'est peut être d'ailleurs là où le film peut en fin de compte agacer tant Amenabar aborde le sujet avec un sérieux qui frôle la solennité. Très vite, tout fait sens et éclaire d'une lumière trop crue, trop insistante nos problèmes modernes. Le cinéaste n'hésitant pas à chaque grosse ellipse à montrer Alexandrie de loin, depuis les cieux et donc à démontrer sa proximité, à travers le temps, avec les conflits qui nous ébranlent aujourd'hui.
Mais jusqu'à son final épique, le film ne relâche jamais son souffle. L'insurrection dans la bibliothèque d'Alexandrie fait partie de ces épisodes historiques que l'on rêvait de voir: Amenabar ne surenchérise pas trop dans l'explosion de violence faite au savoir. Le film agace parfois à force de plans majestueux où la technologie refait son apparition et nous éloigne de l'histoire. Le cinéaste ravit aussi par son sens du détail, du petit geste qui trahit un personnage, lui permet un instant de quitter la grande histoire édifiante pour revenir vers le drame humain, mille fois plus intemporel que les salmigondis historico politiques. On a hâte de revenir vers la philosophe, de suivre ses découvertes, de continuer avec elle à nous interroger sur la relativité de notre savoir. Comme ses héros, Amanabar tourne délicatement autour de son actrice qui illumine les hommes et donne vie à son histoire.
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FICHE ET BANDE-ANNONCE |
Date de sortie cinéma : 6 janvier 2010
Réalisé par Alejandro Amenábar Avec Rachel Weisz, Max Minghella, Oscar Isaac
Long-métrage américain, espagnol. Genre : Drame, Aventure, Historique Durée : 2h06 min Année de production : 2008 Distributeur : Mars Distribution
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