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Sortie de la semaine
À L'ORIGINE de Xavier Giannoli
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mardi
17
novembre
2009
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par Frédéric Mercier
L'histoire vraie d'un escroc timide et taciturne, pris entre ses aspirations utopiques et de pures velléités matérielles. Un film à son image: partagé entre le sacré et le profane. Une oeuvre ambitieuse autour d'un grand vide.
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UN ESCROC PAS ORDINAIRE |
 Depuis sa présentation en mai dernier à Cannes, A l'origine a été amputé de 25 minutes environ. De l'avis de ceux qui avaient eu vu la version originale, le film aurait énormément gagné en vitesse et en tension. Car la tension est présente tout du long de ce film inspiré d'un fait divers que le cinéaste avait découvert dans un journal il y a plus de dix ans: l'histoire d'un escroc qui avait réussi à faire construire une parcelle d'autoroute avec trois bouts de ficelle. En fait, le personnage campé avec brio par François Cluzet est l'homme de circonstances: il est là au bon moment, il est celui que tous attendaient. Il lui suffit d'affirmer appartenir à l'immense société qui jadis avait financé les premiers travaux d'un autoroute, pour redonner espoir à une population sinistrée par l'arrêt des chantiers. Durant toute la première partie, Cluzet n'a pas besoin d'ouvrir la bouche, il n'a qu'à se laisser glisser, emporter par la vague. Tout une communauté s'organise comme par magie autour de lui. D'ailleurs, il ne pérore jamais, il lui suffit juste de dire "faites comme bon vous semble" pour que banquiers, ouvriers, assurances, sociétés anonymes se mettent en mouvement. La population de cette région sinistrée par l'arrêt des travaux autoroutiers semble être restée durant deux ans comme immobile, figée dans la torpeur du chômage, prête à reprendre l'activité au moindre bruit.
Ce n'est donc pas un escroc ordinaire que nous dépeint Giannoli: le faux Philippe Miller est un type effacé, silencieux, réservé. Rien à voir avec le panache des bidonisti de Fellini, la gouaille des faux rois de Huston ou des gouapes à la petite semelle de Dassin. Miller trimballe avec lui son passé, son avenir incertain. Lorsqu' il est accaparé pour la première fois à l'hôtel, on lui donne immédiatement de l'importance, on lui fait confiance, on n'hésite pas à lui glisser une belle commission en liquide et sans aucune garantie. Tout à coup, ce pauvre type qui, a sans aucun doute déjà fait de la prison, se sent exister au regard d'autrui. Giannoli confiait dans le dossier de presse que désormais l'homme n'avait plus peur de mourir mais d'exister. C'est sans doute une des raisons de la névrose de ce drôle de héros que le cinéaste avait réussi à rencontrer et dont il vante aujourd'hui la qualité d'écoute.
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SUR LA CORDE RAIDE |
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Comme un Messie, Miller suscite espoir autour de lui. Arpentant les bureaux d'une entreprise factice, il observe, comme le spectateur, la société s'activer autour d'un rêve commun, d'une promesse de meilleurs lendemains. Il remet en marche une commune et désire désormais aller au bout de son fol projet: construire une parcelle entière d'un autoroute abandonné à cause de manifestations écologistes. Le film est entièrement construit sur des ambivalences et des tensions extraordinaires qui manifestent la fameuse ambiguïté du réel: le projet utopique et la vie matérielle de chacun, son rêve ambitieux et les sous récoltés en escroquant le monde, un chantier et un drame humain. Le film s'organise sur des tensions entre sacré et profane, rêves et matérialité, virtuel et concret, amour absolu et manifestations des corps, la probité d'Emmanuelle Devos et la mythomanie de Miller. Dans son précédent film, Quand j'étais chanteur, Giannoli filmait déjà la rencontre entre la festivité, et ce qu'elle suscite comme rêves, et les problèmes matériels; l'amour et l'orgueil d'un vieux chanteur blessé. Le cinéaste aime allier l'homme à quelque chose de plus grand, qui le dépasse mais qui est entièrement dépendant de sa condition humaine. Dans A l'origine, il filme un vrai rêve alors que ce délire naît de la dérisoire histoire d'un minable escroc névrosé.
Rarement aura-t-on vu pareille empathie pour l'espèce sans pourtant négliger d'en montrer certains aspects moins reluisants. Le cinéaste témoigne une propension à aimer autrui qui confine avec l'abstraction. Plus le film se détend vers un ailleurs, plus le chantier avance, plus l'autoroute avance dans le brouillard, plus ce rêve devient la matérielle image d'un rêve commun, au-delà de nous mêmes. Giannoli réussit ainsi un film original, pas tout à fait naturaliste malgré son ancrage très réaliste, pas tout à fait un reportage sur les chantiers bien que jamais nous n'avions approché de si près ce que peut représenter la mise en marche de grands travaux, pas tout à fait un polar malgré la tension permanente qui pèse sur les épaules d'un héros qui endosse un habit trop grand pour lui et subit de plus en plus de pressions. Pour se plaindre un peu quand même, on regrettera quelques scènes inutilement trop psychologiques, ou le mystère que cet homme voulait conserver ("Votre truc, c'est de faire peur" lui dit Emmanuelle Devos) se dissipe en explications. Ainsi la scène d'aveux avec Devos est totalement ratée, convenue, banale malgré la force et la matière d'une telle situation et deux acteurs merveilleux. Mais c'est, répétons le, peut être le secret de ce film assez sensationnel: allier le plus banal au plus tragique.
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CASTING COMPLET |
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Réalisation Xavier Giannoli Réalisateur Acteurs, rôles, personnages François Cluzet Rôle : Philippe Miller Emmanuelle Devos Rôle : Stéphane Gérard Depardieu Rôle : Abel Stéphanie Sokolinski Rôle : Monika Vincent Rottiers Rôle : Nicolas Brice Fournier Rôle : Louis Roch Leibovici Patrick Descamps Thierry Godard Production Distributeur France EuropaCorp Distribution Producteur Pierre-Ange Le Pogam Producteur Edouard Weil Coordinateur de production Sandie Cabrol Régisseur Grégory Valais Activités sociétés Production Europa Corp. Production Rectangle Productions Production Studio 37 Coproduction France 3 Cinéma Scénario Scénariste Xavier Giannoli Dialoguiste Xavier Giannoli Equipe technique Chef décorateur Francois-Renaud Labarthe Monteur Célia Lafite-Dupont Décorateur David Edouard Créateur de costumes Nathalie Benros 2ème assistant réalisateur Julien Petit 2ème assistant réalisateur Serge Musy Ingénieur du son François Musy Assistant monteur Katia Potok Assistant monteur Agnès Gaudet Directeur de la photographie Glynn Speeckaert Compositeur Cliff Martinez Ingénieur du son Gabriel Hafner Ingénieur du son Renaud Musy 1er assistant réalisateur Arnaud Esterez Directeur de production Médéric Bourlat Directeur de post-production Mélanie Karlin Décorateur Francois-Renaud Labarthe Compositeur Cliff Martinez Ingénieur du son François Musy Ingénieur du son Gabriel Hafner Distribution Attaché de presse Olivier Guigues Attaché de presse Myriam Bruguière Attaché de presse Thomas Percy
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LES COMMENTAIRES DES INTERNAUTES : |
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PHILIPPE MILLER a écrit le 17 novembre 2009 :
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« Saluons le talent de x.Giannoli pour adapter un fait divers inconnu et le transformer en 2h10 de suspens! Scénario idéal avec un Cluzet parfait en escroc dépassé, passionnant. »
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